Les enfants victimes de violence ou de traumatisme vieillissent plus vite, selon une étude

Johanna Amselem
·3 min de lecture
Les enfants victimes de violence ou de traumatisme vieillissent plus vite, selon une étude
Les enfants victimes de violence ou de traumatisme vieillissent plus vite, selon une étude

Selon une étude menée à l’Université d’Harvard, les enfants qui ont subi des traumatismes montrent des signes de vieillissement plus rapides au niveau des cellules et du cerveau.

Les enfants maltraités gardent des séquelles toute leur vie. C’est le constat d’une étude publiée par l'American Psychological Association. Les spécialistes ont constaté que les enfants victimes de traumatismes liés à des abus ou des actes de violence montrent des signes biologiques de vieillissement plus rapide que les autres enfants. Pour parvenir à ces résultats, l'étude a examiné trois signes de vieillissement : la puberté précoce, le vieillissement cellulaire et les changements dans la structure du cerveau.

L’équipe médicale a constaté que l'exposition aux traumatismes pendant l’enfance était associée aux trois signes : “L'exposition à l'adversité pendant l'enfance est un puissant prédicteur des conséquences pour la santé plus tard dans la vie, non seulement les problèmes de santé mentale comme la dépression et l'anxiété, mais aussi concernant les problèmes de santé physique comme les maladies cardiovasculaires, le diabète et le cancer”, a déclaré Katie McLaughlin, Ph.D, professeure agrégée de psychologie à l'Université Harvard (Etats-Unis) et auteure principale de l'étude. Les conclusions de cette étude ont été publiées dans la revue Psychological Bulletin. Et d’ajouter ensuite : “Notre étude suggère que vivre la violence peut faire vieillir le corps plus rapidement au niveau biologique, ce qui peut aider à expliquer ce lien”.

Dans le cadre de cette étude, les scientifiques ont examiné deux catégories de traumatismes : ceux liés aux abus et la violence et ceux liés à la privation, comme la négligence physique ou émotionnelle ou la pauvreté. Cette méta-analyse a regroupé les données de près de 80 études comprenant plus de 116 000 participants. Ils ont constaté que les enfants qui souffraient de violence ou d’abus étaient plus susceptibles d’être concernés par la puberté précoce et de présenter des signes de vieillissement accéléré au niveau cellulaire, et notamment des télomères. Ces structures, qui protègent les extrémités des chromosomes, raccourcissent au fil des années jusqu'à complètement disparaître. Les enfants qui ont connu la pauvreté ou la négligence ne présentaient aucun de ces signes de vieillissement précoce.

Une prise en charge précoce

Dans une autre analyse, les chercheurs ont examiné 25 études regroupant plus de 3 253 participants. Ils ont alors analysé comment l’exposition aux traumatismes pendant l’enfance affectait le développement du cerveau. Ainsi, ils ont constaté que les traumatismes étaient associés à une réduction de l'épaisseur corticale, un signe de vieillissement car le cortex s'amincit avec l'âge. Généralement, la violence causait l'amincissement du cortex préfrontal ventromédial tandis que la privation était plus souvent associée à l'amincissement du frontopariétal. Les scientifiques affirment que ces vieillissements accélérés pourraient être la conséquence d'adaptations évolutives. En effet, dans un environnement violent, le développement plus rapide des régions du cerveau aide les enfants à identifier les menaces et à y répondre plus rapidement.

Pour éviter ces conséquences désastreuses à l’âge adulte, il est alors nécessaire d’intervenir le plus rapidement possible auprès des enfants victimes de violence. En France, le gouvernement va créer une commission sur les violences sexuelles faites aux enfants. Une instance “dotée d’un budget propre, sera composée de magistrats, de médecins, de psychologues et de sociologues”.