Enfance violente, délinquance et erreur judiciaire: le parcours chaotique de Marc Machin, jugé pour viol

·6 min de lecture
Marc Machin en 2012.  - PIERRE VERDY / AFP
Marc Machin en 2012. - PIERRE VERDY / AFP

C’est une vie faite d’errances et de drames qui se tient une nouvelle fois devant les juges ce lundi après-midi. A l’issue de ce procès devant la cour d’assises de Paris, Marc Machin pourrait retourner en prison, cette fois-ci pour le viol de Diane*. Le 20 avril 2018, la jeune femme fait la fête dans un bar parisien avec ses collègues. Vers 4h du matin, elle rentre chez l’un d’entre eux, rue Saint-Maur dans le XIe arrondissement, pour poursuivre la soirée. Après quelques verres, les deux amis se couchent et l’hôte prévient Diane qu’il doit partir tôt le lendemain matin pour Saint-Malo. Il ajoute qu’en partant, il laissera les clés de l’appartement sous le paillasson afin qu’un de ses amis puisse entrer récupérer des affaires.

Vers 10h30, Diane est réveillée par des bruits. Engourdie, elle quitte le lit et tombe nez à nez avec un homme cagoulé et ganté, un couteau dans les mains. Il la menace, effleure sa gorge à plusieurs reprises avec la lame et la contraint à lui faire une fellation.

Tétanisée, la jeune femme refuse avant de s’y soumettre, terrorisée à l’idée qu’il la tue. Elle le supplie ensuite de lui laisser la vie sauve et lui propose de partir avec sa carte de crédit et son code secret. L’homme s’en empare et prend la fuite avec un paquet de cigarettes à moitié vide et quelques pesos (monnaie colombienne) trouvés dans l’appartement, l’équivalent de 3 euros.

Multirécidiviste

Diane s’empresse de se rendre au commissariat pour déposer plainte. Rapidement, les enquêteurs constatent que son agresseur a effectué un retrait de 100 euros avec la carte de crédit dérobée à la victime. Il apparaît sur les images de vidéosurveillance du distributeur mais, le visage toujours masqué, il n’est pas identifiable. Il est finalement confondu par son ADN prélevé sur les vêtements de Diane. Un profil qui n’est pas inconnu du fichier national des empreintes génétiques (FNAEG): celui-ci correspond à Marc Machin, qui compte déjà 18 mentions à son casier judiciaire, a été condamné en 2002 puis en 2010.

Surtout, à 39 ans, l’homme est connu pour avoir été victime d’une erreur judiciaire lui faisant passer à tort six ans, six mois et deux jours derrière les barreaux. Entre 2001 et 2008, il a été condamné et incarcéré pour le meurtre de Marie-Agnès Bedot, retrouvée morte sous le Pont de Neuilly. Il a finalement été relâché puis acquitté après les aveux du véritable coupable, un ancien SDF ayant réitéré son crime au même endroit six mois seulement après le premier. Une répétition qui n’a pourtant, à l’époque, pas remis en doute la culpabilité de Marc Machin.

"Ça a été un enfer, un calvaire. Il n’y a rien de pire. Être victime d’une erreur judiciaire, c’est horrible", explique-t-il.

Climat familial violent

Une étape traumatisante pour un homme qui traîne déjà derrière lui de lourds déboires. Marc Machin a grandi dans un climat familial empreint de violences. A 2 ans, première fracture d’une longue série, il est placé en famille d’accueil avec son frère mais séparé de sa sœur. Deux ans plus tard, leur mère les récupère, mais au cours d’une dispute avec leur père, policier, elle se saisit de son arme de service et le vise, sans réussir à le toucher. Tout cela sous les yeux de Marc Machin. Les trois enfants sont à nouveau séparés et placés dans des foyers puis dans des familles d’accueil différentes. C’est dans ce contexte que Marc Machin, encore enfant, est victime de sévices sexuels commis par un adolescent.

De ses 7 ans à ses 13 ans, il vit une parenthèse d’affection chez ses grands-parents paternels mais celle-ci se brise à la mort de sa grand-mère en 1994. Il retourne alors vivre chez son père mais entame une adolescence délinquante, ponctuée de fugues et de violences.

"Il est légitime de penser que ces faits ont concouru à la manière dont il s’est construit", analyse le psycho-criminologue qui l’a examiné dans le cadre de l’instruction du viol de Diane.

"Malheureux et seul"

L’expert met "le fait criminel [le viol, ndlr] pour lequel Marc Machin est détenu en perspective de l’ensemble de son parcours. La commission de ce fait s’inscrit dans un tout, il fait suite à un long processus", établit-il, selon ses propos retranscrits dans l’Ordonnance de mise en accusation que BFMTV.com a pu consulter. Le psycho-criminologue relève que l’accusé a grandi sans aucune éducation aux valeurs. Il s’est construit "dans un mode 'je fais ce que je veux, quand je veux, comme je veux'", note-t-il. Une construction en solitaire qui le rend inapte à identifier les limites fixées par la société.

"Sa première agression sexuelle commise à 17 ans révèle l’immensité du problème de développement et de construction affective et morale. Malheureusement, son interpellation pour l’affaire du Pont de Neuilly a mis fin au suivi médico-judiciaire adapté".

N’ayant jamais réussi à se réinsérer socialement et professionnellement après ses multiples passages en prison, Marc Machin passe, depuis les années 2010, de foyer en foyer, jusqu’à atterrir dans un hôtel social à quelques centaines de mètres seulement de l’appartement dans lequel il est accusé d’avoir violé Diane. Devant le juge d’instruction en 2018, il explique que ce soir du 20 avril il cherchait un endroit où dormir.

"J’avais une chambre d’hôtel mais je n’y dormais pas. J’y passais seulement tous les 2-3 jours pour me laver. La fameuse nuit j’étais extrêmement fatigué, j’avais arrêté la cocaïne depuis longtemps mais ce soir-là j’en avais pris et j’avais bu une bouteille de champagne, quelques bières. J’errais, je cherchais un endroit où me reposer. Quitte à être seul et malheureux, j’ai fait le choix… j’ai préféré être à la rue", raconte-t-il.

"Un prédateur né"

C’est alors qu’il remarque un couple entrer dans un immeuble. Il se faufile derrière eux, les suit jusqu’au quatrième étage et se planque dans la cage d’escalier. Le matin, il voit l’homme sortir de l’appartement et cacher la clé sous son paillasson. Il s'en saisit, passe dans sa chambre d’hôtel pour récupérer sa cagoule et ses gants et retourne à l’appartement avec l’intention de le cambrioler. Il affirme qu’il pensait que le logement était vide. Un élément que l’accusion remet en doute dans la mesure où il n’avait pas vu la femme en resortir également.

Aujourd'hui encore, Marc Machin est décrit comme un homme irascible et violent. "Il a une agressivité qui peut ressortir à n’importe quel moment et il a beaucoup de pulsions. C’est un prédateur né", décrit sa soeur qui dit avoir été violentée par lui à plusieurs reprises dans son enfance. Le directeur d'un des hôtels sociaux qu'il a fréquentés se souvient de lui comme de "la plus grande équation qu'il a jamais eu à traiter compte-tenu de ses handicaps sociaux et relationnels". Le verdict de son procès aux assises est attendu le 14 octobre.

*Le prénom a été modifié

Article original publié sur BFMTV.com

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles