Enfance chaotique, stimulation sexuelle... Existe-t-il un profil type du pyromane?

Un passant regarde un feu de forêt à Gignac (Hérault), le 26 juillet 2022. - SYLVAIN THOMAS / AFP
Un passant regarde un feu de forêt à Gignac (Hérault), le 26 juillet 2022. - SYLVAIN THOMAS / AFP

Mais que se passe-t-il dans la tête d'un pyromane? Depuis le début du mois de juillet, plusieurs incendies ravagent les massifs forestiers français. Et que ce soit à Landiras (Gironde), sur les Monts d'Arrée (Finistère), en Ardèche et dans l'Hérault, les enquêteurs ont à chaque fois indiqué que la piste criminelle était privilégiée. En plus d'être liés à l'activité humaine, comme pour 9 feux de forêt sur 10 en France, ces feux auraient donc tous pour point commun un déclenchement volontaire.

Parmi les profils suspectés, celui du pyromane intrigue. Contrairement à l'incendiaire, qui allume un feu pour des motivations matérielles ou politiques, le pyromane ne répond à aucun critère de rationalité. Particulièrement difficile à appréhender, le pyromane et sa psychologie sont encore difficilement connus, bien que quelques experts judiciaires en France tentent chaque année d'en percer les mystères. Et les conditions ne rendent pas simples les enquêtes de police, du fait des flammes détruisant toutes traces ADN.

"En général, ils agissent seuls. Cet aspect de leur vie est très privée, secrète", détaille pour BFMTV Jean-Pierre Bouchard, psychologue et criminologue. Lui qui a interrogé de nombreux pyromanes dans sa carrière leur reconnaît néanmoins un point commun: "c'est cette fascination et ce plaisir pour le feu".

Une possible stimulation sexuelle

Parmi les différents profils de pyromanes évoqués par les psychologues, on retrouve d'abord ceux qui sont stimulés, sexuellement ou non, par l'idée du feu.

"Cela peut paraître étonnant pour la population générale, mais dans les cas que j'ai pu voir, certains parlaient bien de plaisir intense à mettre le feu. Il était comme un partenaire qui fait plaisir, voire un partenaire érotique. L'un d'entre eux me disait même que le feu lui procurait plus de plaisir que sa propre femme et ses partenaires sexuels", déclare Jean-Pierre Bouchard.

En Australie, où 62.000 feux se déclenchent chaque année, le profil des pyromanes est particulièrement étudié. Paul Read, criminologue climatique à la faculté de médecine de l'université Monash de Melbourne, met néanmoins en garde dans les colonnes du Sydney Morning Herald contre une interprétation excessive de cette fascination sexuelle pour les flammes. "Vous n'allez pas trouver des pyromanes dansant autour du feu (...). C'est du non-sens".

Jouer au héros

Pour expliquer ces actes qui semblent dépasser tout entendement logique, les experts soulignent également un important besoin de reconnaissance. Dans l'Hérault, un sapeur-pompier volontaire a été interpellé mardi soir, soupçonné d'être responsable de huit feux qu'il a potentiellement aidé à éteindre.

"Certains s'approchent de l'enquête voire y participent. Le pompier-pyromane est un classique. C'est extrêmement rare mais c'est arrivé car il s'agit d'un moyen de se rapprocher du feu", déclare Jean-Pierre Bouchard.

En Australie toujours, un cas particulièrement évocateur et médiatisé est emblématique de ce profil. Il s'agit de Brendan Sokaluk, un ancien sapeur-pompier volontaire qui en 2009 a allumé un feu qui a causé la mort de 10 personnes.

La journaliste Chloe Hooper, dans son livre L'incendiaire, a tenté de percer les mystères de l'homme. Ainsi, elle révèle qu'après avoir mis le feu à une plantation d'eucalyptus, Brendan Sokaluk est monté sur son toit pour admirer les flammes, avant d'aller promener son chien dans la zone en flammes. Mais c'est surtout son rôle actif dans les opérations de secours qui a amené à son arrestation.

Plusieurs photos disponibles sur le site australien ABC News le montrent en train d'aider un secouriste à remorquer sa voiture incendiée sur un camion, la même qu'il a utilisée pour déclencher son feu. Il a aussi été surpris en train d'aider ses voisins à éteindre les flammes qui menaçaient leur maison, et a échangé à de nombreuses reprises avec les enquêteurs. Au total, 160 témoins l'ont identifié sur les lieux de l'incendie.

Des parcours de vie chaotiques

Certains antécédents familiaux et personnels peuvent-ils mener un individu à la pyromanie? C'est du moins ce que pensent les spécialistes australiens. "Le profil des pyromanes et des incendiaires est toujours le même. Dans la moitié des cas il s'agit d'enfants, et il y a une minorité de personnes âgées. Les personnes les plus dangereuses sont celles ayant entre 30 et 60 ans. 90% d'entre elles sont des hommes", analyse Paul Read dans le Sydney Morning Herald.

Pour le criminologue climatique, parmi les pyromanes "psychosexuels", les personnes interpellées ont en commun une personnalité étrange et une intelligence limitée, venant d'une famille à problèmes et marginalisée. De même, ces "fous du feu" sont bien souvent mis en cause dans d'autres méfaits, et pas uniquement liés aux incendies.

Enfin, l'enfance et son déroulé semblent revêtir la pierre angulaire dans la fabrique d'un pyromane. Psychologue clinicienne à Paris, Johanna Rozenblum indique ainsi à BFMTV que la pyromanie est "un trouble mental assez rare, qui se déclare durant l'enfance, principalement chez les garçons. C'est notamment le cas chez ceux qui ont eu une éducation répressive et maltraitante, avec une carence dans la possibilité à exprimer leurs émotions".

Paul Read confirme ce constat. "Venir d'un milieu défavorisé est la première caractéristique. Il y a également le rôle prépondérant de l'éducation, comme le harcèlement à l'école. (...) Dans la plupart des cas étudiés, les jeunes pyromanes ont été victimes d'abus physiques ou sexuels. Les plus âgés de maltraitance durant l'enfance, un profil aggravé par une histoire de violence personnelle et d'usage de drogues".

Brendan Sokaluk, le pompier-pyromane australien, n'a-t-il pas arrêté l'école à 11 ans après avoir été violemment harcelé? Après son arrestation, il a également été diagnostiqué autiste, avec une personnalité borderline.

Reste à savoir si un traitement est possible pour ces personnes. Johanna Rozenblum évoque un nécessaire suivi psychologique. Mais face à ce trouble mental, elle n'exclut pas un traitement psychiatrique et médicamenteux en parallèle.

Article original publié sur BFMTV.com

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