En Bourse, l'emploi US l'emporte sur la guerre commerciale

par Marc Angrand

PARIS (Reuters) - Les Bourses européennes ont terminé en légère hausse vendredi, profitant en fin de séance de l'élan donné par Wall Street après le rapport mensuel sur l'emploi américain, qui fait baisser le dollar et les rendements obligataires, occultant en partie le durcissement du conflit commercial entre les Etats-Unis et la Chine.

À Paris, le CAC 40, qui a cédé jusqu'à 0,39%, a clôturé sur un gain de 0,18% (9,45 points) à 5.375,77 points. A Londres, le FTSE 100 a gagné 0,19% et à Francfort, le Dax a progressé de 0,26%. L'indice EuroStoxx 50 a pris 0,22%, le FTSEurofirst 300 0,12% et le Stoxx 600 0,2%.

Sur la semaine, le Stoxx 600 a pris 0,64% et le CAC 40 0,98%.

Au moment de la clôture en Europe, Wall Street évoluait dans le vert, le Dow Jones s'adjugeant 0,55% et le Nasdaq Composite 1,18%.

Quant à l'indice mondial MSCI, qui regroupe 47 marchés développés et émergents, il affichait alors une hausse de 0,76%.

Les marchés sont donc loin d'accuser le coup de la nouvelle étape franchie par les Etats-Unis et la Chine dans leur bras de fer commercial: Washington applique désormais des droits de douane de 25% sur 34 milliards de dollars (29 milliards d'euros) de produits importés de Chine, et Pékin a répliqué avec des mesures équivalentes.

Ces décisions ayant été largement anticipées, l'impact sur les marchés est relativement limité. En Europe comme à Wall Street, la volatilité est d'ailleurs en baisse sur la journée.

Les commentaires des analystes, économistes et stratèges sont néanmoins le reflet d'une certaine préoccupation.

"En imposant des droits sur 34 milliards d'importations américaines en provenance de Chine et en suscitant une riposte immédiate de la Chine, le président Donald Trump rapproche le monde d'une guerre commerciale en bonne et due forme", estime ainsi Holger Schmieding, chef économiste de Berenberg.

"L'escalade des tensions commerciales constitue un risque majeur pour nos prévisions positives concernant l'économie et les marchés mondiaux."


LES SALAIRES AMÉRICAINS AUGMENTENT MOINS QU'ATTENDU

Sur le marché des changes, le dollar cède 0,41% face à un panier de devises de référence permettant à l'euro (+0,37%) de remonter à 1,1732, après un pic à 1,1767, son plus haut niveau face au billet vert depuis le 14 juin, date de la dernière réunion de politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE).

L'explication à la faiblesse de la devise américaine se trouve dans les statistiques mensuelles de l'emploi aux Etats-Unis: le taux de chômage est reparti à la hausse et surtout, le salaire horaire moyen a augmenté moins qu'attendu (+0,2% sur un mois, +2,7% sur un an, un dixième de point sous le consensus dans les deux cas), ce qui a occulté des créations d'emplois toujours dynamiques et une remontée du taux de participation.

Ce reflux des pressions salariales pourrait priver la Réserve fédérale d'un argument en faveur de l'accélération de la remontée de ses taux d'intérêt.

"La hausse du chômage et le ralentissement de la croissance des salaires ne constituent pas un contexte idéal pour une hausse de taux et les marchés s'attendent désormais à ce que la remontée graduelle des taux de la Fed ne soit pas accélérée", explique David Lamb, de FEXCO Corporate Payments.

"Même si la hausse du chômage est perçue comme un effet secondaire de l'amélioration du taux de participation, le ralentissement de la hausse des salaires est réellement préoccupant."

Les rendements des emprunts d'Etat américains sont eux aussi en repli, à 2,5529% pour le deux ans et 2,8327% pour le dix ans.

Les obligations souveraines européennes ont emboité le pas aux Treasuries, le rendement à dix ans allemand revenant à 0,296%, au plus bas depuis cinq semaines, alors qu'il avait atteint 0,315% en début de séance.


DEUTSCHE BANK ENTOURÉE

Aux valeurs en Europe, Deutsche Bank a gagné 2,51%, la plus forte hausse de l'EuroStoxx 50, après les informations du magazine Wirtschaftswoche selon lesquelles la première banque allemande suscite l'intérêt de JPMorgan Chase et d'Industrial and Commercial Bank of China (ICBC), ce qu'a démenti JPMorgan.

Parmi les progressions les plus marquées à Paris, Eurazeo (+4,91%) a été porté par la recommandation d'achat de HSBC, qui salue le changement de modèle de la société d'investissement.

Les cours du pétrole évoluent en ordre dispersé: le Brent reste orienté à la baisse, autour de 77 dollars, mais le brut léger américain (West Texas Intermédiate, WTI) est reparti à la hausse sur des achats de couverture. Les fondamentaux restent toutefois peu porteurs, les informations selon lesquelles l'Arabie saoudite a augmenté sa production de 500.000 barils par jour le mois dernier étant venues s'ajouter aux préoccupations liées au commerce international.


(Édité par Wilfrid Exbrayat)