Emplois fictifs: début du procès visant l'ex-ministre Michel Mercier

Le procès de l'ancien ministre de la Justice Michel Mercier, de son épouse et de l'une de ses filles pour des emplois parlementaires présumés fictifs s'est ouvert lundi au tribunal judiciaire de Paris.

L'ancien garde des Sceaux et deux membres de sa famille sont poursuivis pour des "détournements de fonds publics" remontant aux mandats passés de M. Mercier dans le Rhône, où il fut sénateur et président de conseil général.

Michel Mercier, son épouse Joëlle et sa fille Delphine étaient présents pour l'ouverture de ce procès qui doit se tenir jusqu'au 10 novembre.

Les trois prévenus contestent les faits qui s'échelonnent de 2005 à 2014, à une époque où les emplois parlementaires familiaux n'étaient pas encore interdits. Ils le sont depuis l'été 2017 et la retentissante affaire Fillon.

Durant la première journée d'audience, M. Mercier s'est attaché à prouver la réalité du travail effectué par sa fille, qui vivait à Londres mais a été son assistante parlementaire d'août 2012 à avril 2014.

Cette historienne de l'art, diplômée de l'Ecole du Louvre, était sa "conseillère culturelle" et l'aida à affiner ses positions en la matière, a assuré l'ancien garde des Sceaux de 75 ans. "Elle me renseignait sur comment utiliser les moyens technologiques dans la culture (...) Je voulais être un peu moins mauvais dans certains domaines", a-t-il dit.

Comment expliquer l'absence de traces écrites de ce travail? Michel Mercier, se présentant comme un "sénateur d'un milieu rural", a fait valoir qu'il était réfractaire à la technologie et aux ordinateurs qu'il n'utilisait jamais, lui qui fut aussi maire pendant 24 ans de Thizy, une commune de 2.500 habitants.

"Je n'ai jamais reçu de notes écrites de qui que ce soit", poursuit M. Mercier: "Je voulais de l'oral, rien que de l'oral. C'était ma façon de faire".

Ouverte en août 2017 après un article du Canard enchaîné, l'enquête du parquet national financier (PNF) avait conduit M. Mercier à renoncer au siège qui lui était alors promis au Conseil constitutionnel.

Les investigations, qui ont duré plus de trois ans, se sont d'abord concentrées sur l'emploi d'assistante parlementaire occupé par Delphine Mercier auprès de son père.

L'enquête s'est ensuite intéressée aux activités de l'épouse du sénateur centriste. Là encore, les investigations n'auraient pas permis de trouver des éléments attestant du travail de secrétariat ou de représentation accompli par Joëlle Mercier entre 2005 et 2009, en tant qu'assistante parlementaire de son mari.

M. Mercier, qui risque en théorie jusqu'à dix ans d'emprisonnement, aurait également chargé son épouse d'organiser différents évènements culturels destinés à favoriser sa réélection au Sénat mais financés par le conseil général du Rhône, qu'il a présidé de 1990 à 2013.

A ce titre, il comparaîtra également pour "prise illégale d'intérêts", le département du Rhône s'étant porté partie civile.

tbm/lbx/alc