Emploi et chômage: les chiffres de Hollande passés au crible

Jean-Philippe CHOGNOT
Le président François Hollande, lors de l'émission "Dialogues Citoyens" le 14 avril 2016

Chômage des jeunes, créations d'emplois, prévisions pour 2016... Lors de son intervention télévisée jeudi, François Hollande, qui s'est engagé à faire baisser le chômage avant 2017, a jonglé avec les chiffres. En voici quelques-uns passés au crible.

- La France dans la moyenne européenne sur le chômage des jeunes: FAUX -

Jeudi soir dans l'émission "Dialogues citoyens", François Hollande a contesté que le chômage des moins de 25 ans soit supérieur de cinq points à la moyenne européenne.

"Non, ce n'est pas vrai", a répété François Hollande lors de l'émission sur France 2.

Mais selon Eurostat, le taux de chômage des jeunes s?est établi en février à 19,4% dans l'Union, contre 24,6% en France (681.000 personnes), soit une différence de plus de cinq points. L'écart est moins grand avec la zone euro où le taux s'élève à 21,6%.

Tout en admettant l'erreur du président, la ministre du Travail Myriam El Khomri a fait valoir, vendredi matin, que "le chômage des jeunes a diminué en 2015". Cette affirmation est vraie au sens de Pôle emploi (-22.300 jeunes chômeurs en métropole, -4,1%), mais fausse au sens de l'Insee ("4.000, "0,6%).

- 100.000 créations nettes d'emplois en 2015 : PLUTÔT VRAI -

"En 2015, nous avons créé 100.000 emplois nets de plus. Pour la première fois depuis cinq ans, l'économie française a créé davantage d'emplois qu'elle n'en a supprimé", a assuré le président.

Selon les chiffres de l'Insee, les entreprises du secteur privé ont créé, en net, 82.300 postes salariés en 2015, après trois années de destructions. Si l'on ajoute les salariés agricoles et les non-salariés, le secteur privé a même créé 114.000 emplois.

Au total, secteur public compris, la France a créé 158.000 emplois l'année dernière.

Cette hausse, plus forte que celle de la population active, a permis de faire baisser légèrement le taux de chômage, qui s'établissait à 10,0% fin 2015 en métropole (-0,1 point). Cette diminution se situe toutefois dans la marge d'erreur de l'indicateur (+/-0,3 pt).

L'indicateur de Pôle emploi, en revanche, a continué de voir le chômage augmenter, avec 88.200 chômeurs supplémentaires en 2015. L'écart entre les deux statistiques s'explique par le fait qu'ils ne mesurent pas le chômage de la même manière.

- 150.000 à 160.000 créations nettes en 2016 : POSSIBLE -

"En 2016, nous pensons que nous pourrons créer 150.000, 160.000 emplois nets supplémentaires", a affirmé François Hollande.

Pour l'heure, les prévisions de l'Insee, publiées en mars, ne vont pas au-delà du 1er semestre 2016: l'organisme s'attend à 63.000 créations nettes, tous secteurs confondus. Cela marquerait un léger ralentissement par rapport aux deux semestres de 2015.

Plusieurs organismes se sont, quant à eux, risqués à des prévisions pour l'année entière. C'est le cas de l'Unédic, le gestionnaire de l'assurance chômage, qui tablait en février sur 103.000 créations en 2016.

De son côté, l'OFCE s'attend à environ 230.000 créations sur l'année. L'institut de recherche lié à Sciences Po se base toutefois sur une prévision de croissance (1,6%) plus optimiste que celles du gouvernement (1,5%), de la Commission européenne (1,3%) et du FMI (1,3%).

- Inversion de la courbe du chômage avant 2017 : INCERTAIN -

Le président a confirmé jeudi soir qu'il ne serait pas candidat à un second mandat s'il échouait à inverser la courbe du chômage. Il a précisé qu'il prendrait sa décision "à la fin de l'année".

"Je demanderai à être jugé sur la question du chômage", a-t-il insisté.

Mais l'Insee et l'Unédic n'attendent pas de baisse significative. L'Institut de la statistique voit son taux baisser de 0,1 point en métropole sur le premier semestre, à 9,9% au lieu de 10%. L'Unédic, quant à elle, s'attend à une baisse similaire sur l'ensemble de l'année.

L'OFCE est plus optimiste: l'observatoire voit le chômage redescendre à 9,5% en fin d'année (-0,5 pt), un niveau inédit depuis 2012.

Il précise toutefois qu'une partie de cette baisse (-0,15 pt) sera due à la mise en place du plan de 500.000 formations supplémentaires pour les demandeurs d'emploi, dont les bénéficiaires ne seront plus comptabilisés dans la population active.