Emotion et appel à bouger les lignes après le suicide d'une lycéenne transgenre à Lille

Elia VAISSIERE, Renaud LAVERGNE
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"On n'accuse pas, on veut juste que les choses changent": le suicide d'une lycéenne transgenre mercredi à Lille suscitait vendredi émotion et appel à un sursaut de l’Éducation nationale sur les questions de genre.

Son ministre, Jean-Michel Blanquer, a défendu son bilan lors d'un déplacement à Marly-la-Ville (Val-d'Oise): "nous avons fait énormément sur la lutte contre le harcèlement, qui inclut l'enjeu du harcèlement contre les élèves LGBT". Il a néanmoins reconnu qu'il fallait "que nous réussissions beaucoup mieux à lutter contre cela".

L'émotion, après un emballement jeudi des réseaux sociaux, s'est cristallisée au lycée Fénelon, dans le centre-ville, où était scolarisé en terminale Fouad, - son prénom de naissance.

Dans la matinée, une quarantaine de ses amis se sont rassemblés devant l'entrée pour rendre hommage à cette élève de 17 ans qui vivait en foyer, observant une minute de silence, suivie d'applaudissements.

"c’est très dur, on ne s'y attendait pas", confie en pleurs, Anouk Dupont, 17 ans. "On n'accuse pas, on veut juste que les choses changent", ajoute-t-elle.

Décrite comme "pétillante avec beaucoup de maturité et de recul", Fouad "avait fait son coming-out voici un an et commencé sa transition", raconte sa copine Zya.

Mais elle était aussi en proie à "un mal-être, et la difficulté de vivre dans une société qui ne veut pas évoluer", souligne Anouk, avec, selon Anabelle, "des problèmes personnels, familiaux". Pour ces amies en tout cas, elle n'était en butte à aucun harcèlement au lycée.

"Fouad était pleinement reconnue au sein du lycée", "elle y avait sa place", a déclaré le proviseur Paul Marcheville, qui a réuni en début d'après-midi les élèves pour un hommage et une minute de silence dans la cour.

- "Eduquer" -

Exprimant sa "grande tristesse", la rectrice est revenue devant la presse sur l'évènement pointé par les réseaux sociaux pour mettre en cause l'établissement: la réaction de la direction lorsque Fouad est arrivée en jupe pour la première fois, le 2 décembre.

Dans une vidéo de ces échanges avec la CPE, filmée par Fouad selon ses amies, l'adulte affirme comprendre son "envie de liberté".

"Ca je le comprends très bien! Et tout ça c'est fait pour t'accompagner au mieux, c'est ça que tu comprends pas! Parce qu'encore une fois il y a des sensibilités qui ne sont pas les mêmes", ajoute la CPE sur un ton sec.

"Mais c'est eux qu'il faut éduquer", répond Fouad. "Je suis d'accord" répond l'adulte, avant que Fouad ne conclue: "Je ne vois pas le problème".

Aux yeux de la rectrice, Valérie Cabuil, "il y a peut-être ce réflexe" de la CPE "de la protéger, de dire +si tu arrives comme ça et que personne n’est prévenu, ça ne va pas être bien pour toi+. Je pense qu’au bout du compte l’idée a été quand même d’accompagner".

"Ensuite, dans l’après-midi-même, il (Fouad, ndlr) a été rappelé, il y a eu beaucoup de discussions dans l’établissement et on a vraiment vu avec lui comment gérer au mieux sont retour dans l’établissement habillé avec sa jupe", a poursuivi la rectrice. Avant de s'excuser d'avoir parlé de l'élève au masculin.

- Pour "tous et toutes les Fouad" " -

L'épisode a suscité un élan de solidarité chez les élèves "venus en jupe dans les jours suivant, y compris des garçons. Elle a pu revenir en jupe, c'était une vraie victoire pour elle", raconte pour sa part Zya.

Pour autant, ces élèves n'accablent pas la direction: "elle a manqué de tact et de pédagogie, ce n'était pas adapté, mais on ne peut pas accuser le lycée", résume Zya.

La rectrice, souligne, elle, la nécessité "d’avoir un programme de formation continue encore plus construit sur ces sujets".

"Il est temps que les lycées se rendent compte qu'on est en 2020", les personnels doivent garantir l'émancipation et s'abstenir de tout acte qui pourrait mener au pire", a de son côté réagi le syndicat lycéen FIDL.

"Les personnels doivent être formés aux sujets LGBT" , a fait écho le Collectif éducation contre les LGBTphobies, dénonçant une "inaction" du ministère qui "pèse lourdement sur tous et toutes les Fouad".

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