Emmanuel Macron est-il trop intelligent pour être un grand président?

Philippe Bilger
Le Président Emmanuel Macron sur le perron du palais de l'Elysée, le 12 novembre 2019.

J’ai souvent dit de mon ami tellement regretté, Thierry Lévy, la plus belle langue du barreau, qu’il était trop intelligent pour être un grand avocat classique.

Je me demande si la question ne mérite pas d’être posée à propos d’Emmanuel Macron même si à son sujet, d’autres interrogations moins amènes sont assez souvent formulées.

Qu’on ne vienne pas, selon une habitude trop répandue chez certains, scruter à la loupe mes billets passés en aspirant à me mettre en contradiction avec tel ou tel d’entre eux sur Emmanuel Macron, alors que je n’ai jamais caché que ma subjectivité libre et ajustée à l’actualité n’était ni celle d’un essayiste ou d’un journaliste, encore moins celle d’un historien. Je me suis toujours donné le droit de changer d’avis parce que la réalité d’un homme ou d’un pays n’est pas fixe.

Je tiens d’autant plus à cette explication que, en même temps que l’univers médiatique avec ses débats, les mille échanges de la vie quotidienne, l’humus des entretiens familiers, des perceptions de chacun, avec une banalité qui, dominante parce que souvent exprimée, est très signifiante, enseignent beaucoup au citoyen qui aime s’abreuver à toutes les sources.

Aussi, alors qu’il m’arrive de devoir défendre le président de la République fustigé parfois d’une manière que j’estime injuste, je suis confronté à des analyses émanant de gens de bonne foi, non gangrenés par une hostilité systématique, qui ne laissent pas de m’inquiéter parce qu’au fond elles me semblent plausibles.

Je me sens relativement à l’aise pour soutenir que le président n’a pas été élu seulement par les forces d’argent, le capitalisme bancaire et la France d’en haut, ce qui ferait de lui un responsable assujetti et dépendant, pour sa politique, d’injonctions qui ne seraient pas inspirées que par l’intérêt général.

En revanche, un reproche récurrent lui est fait et demeure contre vents, marées, prise de conscience et contrition. Il trouble parce que même l’esprit le plus objectif à son égard l’a parfois...

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