Emmanuel Macron ou le credo de l'entreprise

Le président de la République Emmanuuel Macron à Paris, le 22 mai 2018

Paris (AFP) - Emmanuel Macron multiplie les appels aux entreprises françaises et étrangères pour qu'elles aident l'intérêt général, qu'il s'agisse de défendre l'environnement, embaucher des jeunes de banlieue ou oeuvrer pour les biens communs comme lors du sommet "TechforGood" mercredi.

Ex-banquier d'affaires qui mesure la puissance des grandes entreprises, le chef de l'Etat s'efforce depuis son élection de restaurer l'image de la France auprès d'elles, par une fiscalité plus favorable et un discours ouvertement "business-friendly" (ami des affaires), démultiplié par sa capacité à s'exprimer en anglais.

Parallèlement, il réclame leur soutien pour compléter l'action publique, convaincu de leur capacité à avoir une démarche "citoyenne".

C'est dans cet esprit que le chef de l'Etat organise mercredi "Tech for Good", un appel aux grandes entreprises de haute technologie à mettre leur puissance au service des "biens communs" (éducation, santé, formation...) qui devrait déboucher sur une série d'annonces.

Parmi elles figurent des multinationales critiquées pour leurs pratiques prédatrices, comme Facebook, ou des éminences grises comme Palantir, qui travaille pour des services de renseignement.

Adepte des relations personnelles pour mieux convaincre, Emmanuel Macron les reçoit tous à déjeuner à huis clos, puis certains en tête-à-tête, dont Mark Zuckerberg (Facebook), de retour du Parlement européen où il a dû s'excuser pour le pillage des données de ses utilisateurs après le scandale Cambridge Analytica.

Déjà en décembre, le président de la République avait réuni des grands groupes pour défendre l'environnement, lors du sommet "One Planet", organisé après le retrait des Etats-Unis de l'accord de Paris, obtenant une série d'engagements chiffrés. "Nous faisons du judo" en mobilisant la finance pour cette cause, avait expliqué son entourage.

- "Esprits chagrin" -

En janvier, à la veille du sommet de Davos, il avait reçu au château de Versailles 140 grands patrons pour un sommet baptisé "Choose France" (Choisissez la France) et réussi à obtenir plusieurs engagements d'investissement en France. Certains dirigeants les plus connus ont soutenu leur hôte en proclamant dans de courtes vidéos, rediffusées par l'Elysée, leur attachement à la France.

Et à Davos, devant le gratin de la finance, il avait exhorté les grandes entreprises à faire preuve de vertu fiscale en évitant les techniques "d'optimisation" qui leur permettent, en domiciliant leurs activés dans tel ou tel pays, de réduire leur imposition, sans résultat visible.

En France, il a demandé aux distributeurs et industriels, sans grand succès, d'avoir des pratiques plus favorables aux agriculteurs en attendant la loi sur l'alimentation, elle contraignante.

Dans le cadre de ses mesures pour les banlieues, Emmanuel Macron a de nouveau réclamé aux entreprises une "mobilisation citoyenne" pour qu'elles embauchent des jeunes des quartiers et fait de cet appel une réponse à ceux qui l'accusent de favoriser les riches et les entreprises.

"Je vais réunir dans cette maison en juillet les 120 plus grosses entreprises françaises. Vous allez m'aider et montrer à tous les esprits chagrin que quand on aide les entreprises et les entrepreneurs à réussir dans ce pays, ça peut aussi être efficace et juste, ça existe", a-t-il lancé, "car les gens qui dirigent les entreprises, le soir ils rentrent quelque part chez eux, leurs parents sont soignés dans un hôpital quelque part".