Emmanuel Macron au Cameroun : derrière les partenariats, l’épineuse question de la gouvernance

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© Ludovic Marin, AFP
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Emmanuel Macron se rend lundi au Cameroun, première étape d'un voyage de quatre jours en Afrique dédié à la sécurité alimentaire, aux investissements français ainsi qu'à la gouvernance. Il y rencontrera Paul Biya, au pouvoir depuis quarante ans, dans un contexte d'incertitude politique quant à sa succession.

Trois mois après sa réélection, Emmanuel Macron effectue, lundi 25 juillet, sa première visite officielle en Afrique centrale avec un voyage au Cameroun, puis il se rendra au Bénin et enfin en Guinée-Bissau.

Un voyage qui marque une nouvelle étape de la politique africaine du président français, après un premier quinquennat dominé par la lutte antiterroriste au Sahel et le développement des relations avec l'Afrique anglophone.

Cette tournée débutera donc à Yaoundé, la capitale camerounaise, où Emmanuel Macron doit s'entretenir mardi avec Paul Biya, 89 ans, devenu, après quarante ans de pouvoir sans partage, un des plus anciens présidents du continent africain.

Les discussions porteront sur de nouveaux partenariats agricoles pour combattre la crise alimentaire, la lutte contre le terrorisme, mais aussi sur la gouvernance et l'État de droit. Un sujet sensible, qui a déjà fait l'objet d'âpres négociations entre les deux dirigeants.

Négociations et couacs diplomatiques

Le 7 octobre 2018, Paul Biya était reconduit pour un septième mandat, remportant une victoire écrasante sur son adversaire, Maurice Kamto. Pour avoir contesté ces résultats dans la rue, le candidat d'opposition, ainsi que plusieurs de ses soutiens, furent arrêtés, en janvier 2019, puis finalement libérés après neuf mois de détention. En sous-main, l'affaire avait fait l'objet de plusieurs échanges entre Emmanuel Macron et Paul Biya.

Cette amnistie, concernant une centaine de prisonniers au total, avait été annoncée cinq jours avant la rencontre entre les dirigeants français et camerounais lors d'un sommet à Lyon.

Quelques mois après cet épisode, le 22 février 2020 au Salon de l'agriculture, un militant camerounais avait interpellé Emmanuel Macron sur la situation dans la région anglophone, où les autorités combattent une insurrection séparatiste, accusant le pouvoir d'y mener un génocide. Le président français avait promis de mettre le "maximum de pression" sur Paul Biya pour faire cesser les violations des droits de l'Homme.

Une sortie peu appréciée par le gouvernement camerounais, qui avait affirmé entendre "rester maître de son destin". Dans le même temps, plusieurs centaines de personnes avaient manifesté devant l'ambassade de France à Yaoundé réclamant "des excuses" de la France.

"Si elles reflètent toutes deux l'autoritarisme de la gouvernance camerounaise, la question des prisonniers politiques et la gestion du conflit séparatiste sont deux problématique bien distinctes", souligne Thierry Vircoulon, chercheur associé au Centre Afrique de l'Ifri (Institut français des relations internationales).

"Maurice Kamto n'est pas le premier prisonnier politique dont la France ait obtenu la libération ; François Hollande était déjà parvenu à faire sortir Michel Thierry Atangana, un ingénieur qui avait passé dix-sept ans en prison. Mais sur la question des séparatistes, c'est une autre histoire ; Emmanuel Macron s'est heurté à un mur. Car à l'âge de Paul Biya, on ne change pas de logiciel : il a vécu la centralisation du pouvoir et n'a pas l'intention d'en céder une partie aux anglophones".

Renforcer le partenariat stratégique

L'Élysée l'affirme, le voyage d'Emmanuel Macron sera l'occasion de faire un nouveau point sur ce conflit qui perdure et en particulier sur les engagements pris par le gouvernement. Mais "il ne s'agit en aucun cas de s'ériger en donneur de leçon ou de promouvoir un modèle", fait-on savoir.

Le but affiché de cette visite est avant tout de nouer de nouveaux partenariats agricoles avec le Cameroun, première économie d'Afrique centrale, alors qu'une crise alimentaire, provoquée par la guerre en Ukraine, menace le continent.

Les investissements des entreprises françaises seront également au programme dans un contexte de forte concurrence, puisque le pays continue de renforcer ses liens avec la Chine, son premier fournisseur, et a récemment signé un accord militaire avec la Russie.

"À Travers ce voyage, Paris veut s'assurer de la fidélité du partenaire camerounais dans un contexte de perte d'influence dans son ancien pré carré africain, comme l'illustre les exemples malien, centrafricain et dans une certaine mesure guinéen et burkinabè", analyse Nicanor Tatchim, docteur en communication politique à l'université Paris-Est Créteil. Le spécialiste du Cameroun rappelle que le partenariat avec le pays est essentiel pour Paris, du fait de son rôle stratégique dans l'approvisionnement de la sous-région et notamment du Tchad, où la France possède une base militaire.

Pour la chercheuse camerounaise Larissa Kojoué, il ne fait aucun doute que ce voyage reflète un changement de ton vis-à-vis du pouvoir camerounais.

"À son arrivée à l'Élysée, Emmanuel Macron voulait incarner une forme de rupture dans la politique africaine de la France, notamment vis-à-vis de ses anciennes colonies", analyse l'enseignante en science politique à l'université de Buea, dans le sud-ouest du pays. "Il avait adopté une position assez critique vis-à-vis des autorités camerounaises, mais depuis on a le sentiment qu'il a adouci son discours, rattrapé par la relation systémique entre Paris et le continent, qui fait passer les intérêts économiques avant l'État de droit".

L'ombre de la succession de Paul Biya

Larissa Kojoué s'interroge également sur le message de cette visite, alors que le pays est plongé dans une période d'incertitude politique quant à la succession qui se profile dans le pays.

"La plus belle victoire politique de Paul Biya est d'avoir réussi à faire croire qu'il n'y avait rien après lui, pour rester au pouvoir toutes ces années. Il a méthodiquement écarté toutes les personnes susceptibles de porter un autre projet politique, y compris dans son propre camp. Aujourd'hui, le nom de son fils, Franck Biya, circule comme potentiel successeur. Qu'il le veuille ou non, Emmanuel Macron, en se rendant au Cameroun en visite officielle, conforte forcément le président dans sa position."

"La venue du président français inquiète une partie de la population au Cameroun comme dans la diaspora, au regard du timing", souligne Nicanor Tatchim. "Une élection présidentielle sera organisée en 2025. Le régime étant en fin de règne, certains voient dans l'arrivée d'Emmanuel Macron une volonté de préparer l'après Biya".

À l'approche de la visite, le député d'opposition Jean-Michel Nintcheu a publié un communiqué reflétant cette inquiétude. Fustigeant le rôle de la France "dans le maintien des régimes dictatoriaux et parfois dynastiques à la tête des États africains", il y affirme que le peuple camerounais "n'acceptera pas que lui soit imposé qui que ce soit à la magistrature suprême sans que celui-ci ne soit librement et démocratiquement élu".

"La France n'organise aucune transition, ni au Cameroun ni ailleurs mais, dans ces situations politiques, notre rôle est de continuer à entretenir des liens étroits avec nos interlocuteurs", a affirmé de son côté Franck Paris, le conseiller Afrique d'Emmanuel Macron.

Alors que Maurice Kamto, le leader du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), avait appelé le dirigeant français à rencontrer l'opposition camerounaise durant son voyage, l'Élysée a fait savoir que de tels entretiens n'étaient "pas dans les usages".

Le conseiller d'Emmanuel Macron a néanmoins précisé que des contacts avec ces mouvements en amont ou en aval étaient possibles.

Après son entretien avec Paul Biya, Emmanuel Macron rencontrera des représentants de la jeunesse, ainsi que des membres de la société civile, dans le souci de s'adresser "à l'ensemble des volets de la société camerounaise".

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