Emmanuel Macron confirme des "discussions" avec les Taliban sur les opérations humanitaires

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Le président français Emmanuel Macron a annoncé samedi que la France avait déjà évacué 2 834 personnes d'Afghanistan et menait des "discussions" avec les Taliban et le Qatar pour poursuivre l'évacuation d'Afghans menacés par le changement de régime à Kaboul.

Le sort de l'Afghanistan au centre des préoccupations. L'arrivée des Taliban au pouvoir dans le pays et le retour sur le devant de la scène du groupe État islamique après un attentat sanglant à Kaboul étaient l'objet de toutes les attentions à la conférence régionale qui s'est tenue samedi 28 août à Bagdad.

À l'issue de ce rendez-vous auquel il participait, le président français Emmanuel Macron a donné une conférence de presse, déclarant que des discussions "fragiles et provisoires" étaient engagées avec les Taliban en Afghanistan, avec l'aide du Qatar, sur d'éventuelles opérations d'évacuation au-delà du 31 août pour les Afghans désireux de quitter leur pays.

Le chef de l'État a souligné que ces pourparlers humanitaires étaient l'une des conditions de toute discussion politique ultérieure avec les Taliban.

Ces derniers ont pris de facto le pouvoir en Afghanistan après leur entrée dans Kaboul le 15 août, à l'issue d'une offensive éclair à travers le pays parallèlement au retrait militaire des États-Unis annoncé au printemps par le président américain Joe Biden.

Les Taliban ont déclaré que toutes les forces étrangères devraient avoir quitté l'Afghanistan le 31 août, devenue ainsi la date butoir pour ces évacuations malgré un nombre important de candidats au départ.

Protéger les rapatriés

La France a déjà évacué 2 834 personnes, dont 142 Français, 17 Européens et près de 2 700 Afghans par l'intermédiaire d'une quinzaine de vols depuis le 17 août, a dit Emmanuel Macron samedi.

"Nous sommes en train de mener des discussions. Elles demeurent extrêmement fragiles et provisoires", a déclaré le président français devant les journalistes à Bagdad. "Mais oui, il y a des discussions qui se sont entamées avec les Taliban sur le sujet des opérations humanitaires et de la capacité à protéger les rapatriés, les Afghanes et les Afghans qui sont en risque."

Ces discussions sont menées avec le Qatar, qui pourrait "rouvrir des ponts aériens" avec l'Afghanistan, alors que l'émirat du Golfe accueille déjà depuis plusieurs années des représentants des Taliban pour des négociations avec l'ancien pouvoir afghan et les États-Unis.

Ces ponts aériens "permettraient des opérations d'évacuation dans un cadre forcément différent (de celui en vigueur jusqu'au 31 août, NDLR) mais dans un cadre forcément et systématiquement négocié avec les Taliban", a dit Emmanuel Macron.

"Ceci très clairement est une condition pour nous de toute forme d'engagement politique (...) à l'égard des Taliban", a ajouté le président français.

L'Irak, "pays essentiel à la stabilité du Moyen-Orient"

En participant à cette conférence régionale de Bagdad, Emmanuel Macron veut montrer que la France conserve un rôle dans la région, poursuit la lutte contre le terrorisme et soutient les efforts de médiation de l'Irak, "pays pivot, essentiel à la stabilité du Moyen-Orient", explique l'Élysée.

Le président français se rendra dimanche au Kurdistan irakien, où il entend saluer la lutte des Kurdes contre le groupe État islamique, puis à Mossoul, symbole de la victoire contre le groupe radical, qui l'a occupée de 2014 à 2017.

La situation en Irak est cependant différente de celle en Afghanistan. L'armée se battait il y a quatre ans encore avec la coalition internationale contre l'organisation État islamique, avant de déclarer "victoire" fin 2017.

Quatre ans plus tard, des cellules jihadistes continuent de mener ponctuellement des attaques. Le dernier attentat suicide d'envergure revendiqué par le groupe État islamique a fait plus de 30 morts à Bagdad en juillet.

Le groupe jihadiste "dispose toujours de dizaines de millions de dollars et il va sans doute continuer à rétablir ses réseaux en Irak et en Syrie", note Colin Clarke, directeur de recherche du Soufan Center, un think tank de géopolitique basé à New York.

Il est "l'ennemi juré" des Taliban, explique Rasha al-Aqeedi, chercheuse au Newlines Institute aux États-Unis, mais leur "victoire" en Afghanistan pourrait "galvaniser" l'organisation terroriste, la poussant à "montrer qu'elle est toujours bien présente" en Irak.

Encore 2 500 militaires américains en Irak

Quelque 2 500 soldats américains sont toujours déployés en Irak. Ils se cantonneront officiellement à un rôle de "conseillers" des forces de sécurité irakiennes dès 2022. Et pour Rasha al-Aqeedi, si le niveau de l'armée irakienne "n'est pas idéal", "les Américains pensent que cela suffit pour qu'ils puissent à terme quitter l'Irak sans craindre que le pays ne revive ce qu'il s'est passé en 2014", lors de la débandade des soldats irakiens face aux jihadistes.

Ensuite, l'Irak compte de nombreuses et très controversées factions paramilitaires pro-Iran regroupées au sein du Hachd al-Chaabi, une organisation créée pour épauler l'armée dans sa lutte contre le groupe État islamique. Depuis, le Hachd al-Chaabi a été intégré à l'État, mais ses détracteurs l'accusent de ne répondre qu'à Téhéran et d'assassiner et d'enlever des militants antipouvoir.

Les relations de l'Irak avec son grand voisin iranien devaient également être évoquées lors de la conférence de samedi, autant que les tensions entre Téhéran et Riyad.

Bagdad a déjà accueilli ces derniers mois des rencontres à huis clos entre représentants des deux puissances régionales. À présent, l'objectif pour l'Irak est de passer du statut de "messager" à celui de "meneur", relève le chercheur Renad Mansour de Chatham House.

Avec AFP

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