Emmanuel Macron annonce des "Etats généraux" pour une justice dans la tourmente

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Après être resté spectateur des polémiques sur l'état de la justice alimentées par la droite et les syndicats de policiers, Emmanuel Macron prend l'initiative et annonce samedi, à moins d'un an de la fin de son mandat, des Etats généraux de la justice à la rentrée.

Le chef de l'Etat "a décidé de lancer les Etats généraux de la justice", a annoncé l'Elysée dans un bref communiqué soulignant le "profond attachement" du président à "la séparation des pouvoirs".

Il souhaite par ailleurs, précise l'Elysée, que "le Garde des Sceaux rende compte chaque année au Parlement de la politique pénale du gouvernement".

L'annonce a été faite vendredi soir à Chantal Arens, la première présidente de la Cour de Cassation, et à François Molins, le procureur général de la Cour de Cassation, reçus à leur demande.

Lors de l'entretien, rapporte l'Elysée, les deux magistrats "ont exprimé leur très vive préoccupation, bien au-delà des relations entre la police et la justice", et évoqué largement le malaise des juges, en particulier des jeunes entrant dans la profession. "Depuis le début du quinquennat, nous avons fait beaucoup pour la justice, mais il faut reconnaître avec humilité ce qui n'imprime pas", ajoute-t-on dans l'entourage du président.

Les deux magistrats disent samedi avoir voulu "tirer un signal d'alarme" face aux "mises en cause systématiques de la justice, et accueillir "avec optimisme" l’annonce présidentielle.

"La parole présidentielle était attendue et légitime, d'abord dans le rôle classique de garant de l'institution judiciaire", souligne l'Elysée. De même source, ce sont Mme Arens et M. Molins, "les deux plus hauts magistrats de France", qui ont eux-même suggéré au président l'organisation des Etats généraux, ce "qui n'était pas prévu" avant la rencontre.

- Eviter le "pugilat" -

Le 19 mai, des dizaine de milliers de policiers avaient par ailleurs manifesté devant l'Assemblée nationale, en présence notamment du ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, et de nombreux élus LR et RN, mais aussi d'élus de gauche, tels par exemple la maire PS de Paris Anne Hidalgo, ou l'eurodéputé EELV Yannick Jadot.

La critique des lenteurs et d'un laxisme supposé des juges était parmi les principaux mots d'ordre des syndicats policiers à cette occasion. Elle a été reprise à leur compte par le Rassemblement national et de nombreuses voix parmi les Républicains.

Les Etats généraux à venir seront "un paravent pour masquer l’absence de décision et pour sauver une justice gravement malade", a encore commenté samedi le député LR Eric Ciotti: "La justice n’a pas besoin d’être l’otage d’une campagne électorale mais a besoin d’actes".

"Ce que nous ne voulons pas, et on sera très vigilants sur ce point, c’est que ça puisse devenir un lieu de pugilat politique ou électoraliste" à l’approche de l’élection présidentielle de 2022, a souligné de son côté Jérôme Gavaudan, le président du Conseil national des barreaux (CNB), qui regroupe les 70.000 avocats français, tout en accueillant "favorablement" l'annonce présidentielle.

- Ne pas "opposer justice et police" -

L'entourage du Garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti a précisé samedi que les Etats généraux se dérouleront "sur plusieurs semaines à partir de la rentrée de septembre, et sans "autocensure". Tous les acteurs de la justice y seront conviés, "ainsi que les personnels pénitentiaires, les forces de sécurité intérieures et les citoyens".

"En tant que garant de l’institution judiciaire, il était temps qu’Emmanuel Macron ait une parole", juge en tous cas Cécile Mamelin, vice-présidente de l’USM, principal syndicat de magistrats. Et d'ajouter : "Ca doit inclure aussi la justice civile, qui est la justice du quotidien."

Les principaux syndicats de magistrats "demandent au président de la République depuis plusieurs mois de se positionner pour que la séparation des pouvoirs soit respectée", a également rappelé Katia Dubreuil, présidente du Syndicat de la magistrature (SM, classé à gauche).

"Ce dont la justice a besoin", insiste Mme Dubreuil, "c’est d’arrêter les réformes incessantes, et de moyens".

Emmanuel Baudin, secrétaire général de FO-Pénitentiaire, voit dans l'annonce présidentielle "plutôt une bonne chose". Son syndicat avait demandé en mai à Emmanuel Macron d'organiser des états généraux de l’administration pénitentiaire".

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