Emmanuel Macron alerte sur le racisme et assure que le régime de la collaboration a des "héritiers"

Emmanuel Macron lors d'un discours le 5 décembre 2022.  - Christophe Simon
Emmanuel Macron lors d'un discours le 5 décembre 2022. - Christophe Simon

Le sigle désignant le Conseil national de la refondation, voulu et créé par Emmanuel Macron, fait directement référence au Conseil national de la résistance. Et le président de la République s'en est souvenu ce lundi au cours de son déplacement à Aix-en-Provence où il se déplaçait pour animer une réunion de "son" CNR consacrée à l'éducation dans un établissement scolaire de la ville.

En prélude à ce rendez-vous au collège Jas-de-Bouffan, Emmanuel Macron s'est ainsi rendu à la mi-journée dans un site à la forte résonance historique: le Camp des Milles. Il s'agissait d'y commémorer les 10 ans de la création d'un mémorial dans cette ancienne tuilerie aixoise, devenue un camp d'internement et de déportation pendant la Seconde Guerre mondiale et sous l'égide de Vichy.

Il y a notamment averti: "Le régime de la collaboration continue de recruter des adorateurs et dispose toujours d'héritiers".

Après avoir relevé la présence du ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, à ses côtés, celui-ci a fixé l'objectif gouvernemental, à savoir se "battre encore et toujours contre ceux qui aujourd’hui encore portent des messages racistes, antisémites, anti-religieux".

"Sachons ouvrir les yeux"

Emmanuel Macron a d'abord déclaré: "Ce passé advenu permet aussi d'écrire l'avenir. Car il ne tient qu'à nous de résister à ceux qui falsifient l'histoire, feignent d'adopter la République tout en trahissant ses valeurs".

"Ici, aux Milles, la France a été telle qu'elle ne doit plus jamais être. Si nous sommes ici 80 ans après la déportation des juifs du Camp des Milles, c'est pour dire que notre Nation doit être la voix de l'humanisme, de l'État de droit, du refus de la haine, le régime de la collaboration continue de recruter des adorateurs et dispose toujours d'héritiers", a-t-il ajouté.

"Sachons ouvrir les yeux devant la montée de la xénophobie et de l'antisémitisme. Tendons l'oreille aux résurgences du racisme", a-t-il encore appelé.

Macron fustige "les crimes de l'Etat français" de Pétain

"Ne soyons jamais dupes des habits neufs que ces mêmes idéologies de division adoptent pour nous leurrer et répétons avec force contre les silences, les omissions, les compromissions que les victimes étaient les juifs, que leur seul crime était d'être juif, que leur assassinat n'avait d'autre mobile que la haine des juifs", a ajouté Emmanuel Macron.

Ce dernier a d'ailleurs souligné nommément la responsabilité des dirigeants français de l'époque dans l'horreur: "Le camp des Milles, ce furent les crimes de l'État français". Le chef de l'Etat a encore estimé que "la France aux mains de Pétain et Laval s'(y) (était) perdue" en "raturant les principes de 1789".

Un "glissement délibéré vers le crime"

"C'est aux Milles que (la République) connut, comme au Vél-d'Hiv, l'un de ses plus complets parjures", a posé le président de la République devant ce site "nous rappelant qu'il y eut sur notre sol des camps". Emmanuel Macron a relevé que le Camp des Milles était la preuve que "la déportation s'est (aussi) organisée" dans la zone que "le régime du maréchal Pétain administrait alors en son nom".

"Le camp des Milles n'était pas un accident de l'histoire mais le fruit d'un glissement délibéré vers le crime", a poursuivi Emmanuel Macron, avant de noter que "les juifs furent les victimes délibérées de l'État français".

"Ici se sédimente chaque renoncement, chaque faute, chaque crime des autorités françaises", a-t-il continué.

Saluant l'action du mémorial - dont il a jugé qu'il "restitu(ait) un climat politique", démontant "les ressorts de l'entreprise génocidaire", il a à nouveau fait le lien avec notre temps: "Il dit pourquoi les mêmes causes produisent les mêmes effets dans d'autres lieux à d'autres époques". "L'antisémitisme, le racisme, toute forme de rejet porte en elle l'anéantissement de toute humanité, comme la nuée porte en elle l'orage", a-t-il conclu.

Article original publié sur BFMTV.com