Emma Watson, Daniel Radcliffe, Timothée Chalamet : quand le militantisme cache l'hypocrisie

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Cet article est à retrouver dans le "Carnet des médiologues", où vous pouvez retrouver Régis Debray et sa bande chaque semaine.

On avait commencé à ressentir un léger malaise quand Timothée Chalamet avait publiquement regretté avoir joué dans le dernier film de Woody Allen, A rainy day in New York. Il avait - un geste généreux - reversé le cachet du film à trois associations (Times’up - mouvement contre le harcèlement fondé dans la foulée de #MeToo -, le centre LGBT de New-York et RAINN (rape, abuse and incest national network)). On ne savait pas bien à quoi s’en tenir à propos de Woody Allen, on avouait encore qu’on avait aimé vieillir avec ses films, on n’osait dire qu’il n’avait pas été condamné, que les poursuites avaient été abandonnées. On se demandait bien pourquoi le jeune Timothée se réveillait indigné un beau matin, sans qu’un fait nouveau soit venu effacer l’enthousiasme qu’il avait manifesté quand il avait signé son contrat pour tourner avec le cinéaste.

Woody Allen, montrant bien là sa perversité, avait remarqué que la déclaration de repentir de Timothée avait été faite quelques jours avant la publication de la liste des nominations aux Oscars, liste dans laquelle le nom de T. Chalamet était effectivement apparu (pour un autre film). C’est sans doute ancien monde d’accorder une place exagérée à la fidélité, ou même à la simple reconnaissance pour ceux qui vous ont permis d’accéder à la notoriété. Ces petites trahisons dont on tire intérêt et bonne conscience sont de toutes les époques et tous les pays, dira-t-on. Justement, c'est ce relent de maccarthysme qui était déplaisant. Hollywood avait déjà montré une aptitude à la délation, une capacité d'adaptation à l'idéologie ou à la morale du temps, on n'était pas pressé de les retrouver.

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