Emily Dickinson, Virginia Woolf, Françoise Sagan... 5 portraits de génies littéraires au cinéma

Olivier Pallaruelo
En salle ce mercredi 3 mai, "Emily Dickinson" brosse le bouleversant portrait de celle qui fit partie des plus grands poètes américains, mais aussi du monde. L'occasion de vous suggérer quelques œuvres autour de ces femmes écrivains de génie.

Le cinéaste britannique Terence Davies est décidément très à l'aise dans les films en costumes; surtout ceux se déroulant au XIXe siècle. Il l'avait ainsi brillamment démontré avec l'extraordinaire Chez les heureux du monde en 2000; adaptation de l'oeuvre d'Edith Wharton qui offrit sans doute à Gillian Anderson le meilleur rôle de sa carrière sur grand écran. Avec Emily Dickinson : a Quiet Passion, en salle ce mercredi 3 mai, Davies livre un magnifique et bouleversant portrait d'Emily Dickinson, qui fait partie des plus grands poètes américains, mais aussi du monde.

Indépendante, réfractaire aux conventions sociales, d'une incroyable modernité, dans une société du milieu du XIXe siècle largement pieuse et fortement patriarcale, Emily Dickinson -incarnée par une Cynthia Nixon totalement habitée par le rôle- écrivit toute sa vie durant un poème par jour. "Des poèmes d'une immense rigueur et d'une immense dignité. Des méditations profondes  toute en retenue sur la mort, la fugacité de la vie et de la beauté" explique Terence Davies. Qui se désole : "elle n'a été reconnue qu'à titre posthume et je trouve cela profondément injuste. Je me demande toujours comment les grands artistes supportent cet état de fait. En tout cas, elle mérite d'être célébrée à jamais" dit-il.

La sortie du film de Terence Davies est l'occasion de vous suggérez quelques oeuvres mettant en scène de fameuses femmes écrivains / poétesses.

The Hours (2001)

Superbement mis en scène par Stephen Daldry, hanté par une bande originale signée par le grand compositeur Philip Glass, The Hours évoque le destin de trois femmes à différentes époques au cours du XXe siècle, liées entre elles par le roman Mrs Dalloway. La plus connue des oeuvres de l'immense femme écrivain Virginia Woolf, incarnée à l'écran par une Nicole Kidman transfigurée par le rôle de cette femme souffrant de troubles bipolaires, au point de se suicider par noyade en 1941, à l'âge de 59 ans.

 

Un ange à ma table (1990)

Second film mis en scène par Jane Campion, couvert de prix à travers le monde dont le Grand Prix du Jury remporté à la Mostra de Venise en 1990, Un ange à ma table évoque la douloureuse, poignante et surtout authentique histoire de la femme écrivain néo-zélandaise Janet Frame dans les années 1920-30, à travers à travers l'adaptation de ses trois autobiographies To the Is-land, An angel at my table et The Envoy from Mirror City. Née dans un milieu ouvrier pauvre, elle fut diagnostiquée par erreur schizophrène et internée durant huit ans pour subir d'atroces électrochocs. Elle dut sa libération à la notoriété que lui apportèrent ses récits, alors même qu'elle devait subir, in Fine, une lobotomie partielle.

 

Les soeurs Brontë (1979)

Mis en scène par André Téchiné, superbement photographié par Bruno Nuytten (le futur réalisateur de Camille Claudel) qui sera nommé aux César pour travail, le film est porté par l'impeccable trio d'actrices que sont Isabelle Adjani, Marie-France Pisier et Isabelle Huppert. Il est évidemment une évocation de la vie des célèbres soeurs écrivains britanniques, poétesses et romancières : Charlotte, Emily et Anne, qui signèrent les oeuvres Jane Eyre, Les Hauts de Hurlevent et La Recluse de Wildfell Hall. Des oeuvres admises plus tard au panthéon de la littérature. La destinée tragique des soeurs (Charlotte sera la seule à connaître le succès de son vivant), tout autant que leur précocité, ont beaucoup contribué à leur renommée. Depuis leur disparition et même du vivant de leur père qui leur a survécu, la famille fait l'objet d'un culte s'étendant bien au-delà de l'Angleterre.

 

Mrs Parker et le cercle vicieux (1994)

Réalisé par Alan Rudolph, Mrs Parker et le cercle vicieux n'est peut-être pas un chef-d'oeuvre, mais il reste un film à voir. Ne serait-ce que pour la composition de Jennifer Jason Leigh, saluée par une nomination au Golden Globe de la Meilleure actrice dans un rôle dramatique. L'actrice prête ses traits à Dorothy Parker, célèbre poétesse, critique littéraire et théâtrale, scénariste américaine des années 1920, connue pour son humour caustique, ses mots d'esprit et le regard acéré qu'elle porta sur la société urbaine du XXe siècle.

Dorothy Parker était au centre d'un groupe littéraire new-yorkais, l'Algonquin Round Table, "The Round Table Vicious Circle" ou "Cercle Vicieux", surnommé ainsi car les réunions se tenaient autour d'une grande table ronde, à l'Hôtel Algonquin, situé sur la 44e rue à New York. Très engagée politiquement, Dorothy Parker compta parmi les défenseurs de Sacco et Vanzetti. Dans les années 1950, elle est une des victimes du maccarthysme et inscrite sur la liste noire du cinéma. Sa fin est pathétique : elle mourut à 73 ans, seule avec son chien et une bouteille d'alcool, dans une chambre d'hôtel.

Sagan (2008)

Ce qui devait être initialement un téléfilm en deux parties de 90 min passa finalement par la case cinéma grâce à Europacorp. Réalisé par Diane Kurys, qui s'était d'ailleurs déjà intéressée dans le passé à une autre femme écrivain célèbre (George Sand dans Les Enfants du siècle), le film est un très beau portrait de l'auteure anticonformiste de Bonjour Tristesse, grâce à l'interprétation saisissante et exceptionnelle de Sylvie Testud dans le rôle-titre.

 

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