"Embarrassant" mais "nécessaire": comment la police se défend face aux accusations de #DoublePeine

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Manifestation Nous Toutes en l'honneur des victimes de féminicides - Zakaria Abdelkafi - AFP
Manifestation Nous Toutes en l'honneur des victimes de féminicides - Zakaria Abdelkafi - AFP

"Au départ, c'était pour dénoncer une situation particulière, je ne pensais pas recevoir autant de témoignages." La militante féministe Anna Toumazoff se dit surprise une semaine après avoir publié un premier thread sur Twitter pour dénoncer le mauvais accueil rencontré par une victime de viol au commissariat de Montpellier. Depuis, elle reçoit chaque jour de nouveaux récits.

"J'ai décider de parler du cas de cette personne, qui fait partie de l'entourage de mon entourage, pour que ça soit un peu visible sur les réseaux sociaux et que ça atteigne la mairie de Montpellier, la préfecture, le commissariat", explique Anna Toumazoff à BFMTV.com.

Ce qu'elle entend alors dénoncer, c'est la situation d'une jeune fille de 19 ans qui a porté plainte pour viol le 9 septembre dernier. La veille, alors qu'elle attendait le tramway, un homme lui a proposé de la raccompagner. La jeune femme finit par accepter. Arrivée en bas de chez elle, l'homme la suit dans son hall d'immeuble puis la viole. La procédure va être classée sans suite le 21 septembre par le parquet de Montpellier.

Afflux de témoignages

Dans ses différents posts, Anna Toumazoff dénonce également l'attitude des policiers du commissariat central de Montpellier qui ont pris en charge la victime. Des messages qui lui ont valu des centaines de réactions et un afflux de témoignage dénonçant les officiers. "Il est arrivé la même chose à ma soeur, explique l'une d'elle dans un message posté par la militante. La policière lui demande si elle a bu, ou a pris des substances, et que c'est donc de sa faute, et si elle a pris du plaisir, et a joui."

"Même commissariat, ma petite soeur a été suivie dans son hall et a subi une tentative de viol, s'est fait tabasser, raconte une autre internaute. Je l'ai amenée le lendemain pour porter plainte et ON NE NOUS A PAS RECUES."

"En France, la police demande aux victimes de viol si elles ont joui." C'est par cette sévère conclusion que la militante Anna Toumazoff a fini par lancer sur les réseaux sociaux un hashtag #DoublePeine, pour dénoncer une mauvaise prise en charge des victimes, repris depuis par le collectif féministe Nous Toutes.

"Sans grande surprise, nous avons reçu en 24 heures plus de 1000 témoignages de situations qui relèvent d'une double peine", écrit le collectif dans un communiqué.

Des questions "embarrassantes" mais "nécessaires"

Les policiers du commissariat central ont reçu le soutien de leur hiérarchie. Dans un communiqué, le préfet de l'Hérault a "condamné avec fermeté les propos diffamatoires tenus" par Anna Toumazoff. Il évoque des "mensonges" et des "fausses informations" visant à "discréditer l'action" des policiers et indique se réserver le droit d'agir en justice".

"La lutte contre les violences, et plus généralement, contre les violences faites aux femmes est un objectif prioritaire pour les pouvoirs publics", martèle-t-il.

"Nos collègues sont meurtris", abonde Philippe Lavenue, secrétaire régional Occitanie du syndicat Alliance Police, qui a publié un tract de soutien aux polciiers montpeliérains.

Le policier reconnait que pour les victimes, certaines questions posées par les policiers "peuvent paraître incongrues". "Mais elles sont nécessaires à la manifestation de la vérité, poursuit-il. On ne remet pas en cause la parole des victimes mais nous avons besoin d'éléments pour consolider l'affaire, et si la personne est effectivement coupable des faits reprochés, pour qu'elle soit condamnée. Ces questions sont embarrassantes mais nécessaires."

Deux sondages, deux conclusions différentes

Depuis plusieurs années, et la libération de la parole sur les faits de violences sexuelles et intrafamiliales plus généralement, les policiers sont formés à l'accueil de ces victimes. Dans les écoles de police, des modules sont proposés aux futurs officiers. Des brigades de protection des familles - 200 environ en zone police et une dans chaque groupement en zone gendarmerie - existent. Des files d'attente dédiées pour ces victimes ont été mises en place dans les commissariats. Des travailleurs sociaux supplémentaires en renfort avaient été promis au terme du Grenelle des violences conjugales qui s'est achevé en 2019.

"Le groupe qui s'occupe des affaires de violences intrafamiliales sont des policiers volontaires et qui ont reçu une formation spécifique", insiste Philippe Lavenue.

Au début de l'année, le ministère de l'Intérieur a publié les résultats d'un audit mené auprès de femmes victimes de violences conjugales. Sur les 2072 victimes interrogées, 90 % se disaient satisfaites de l’accueil reçu dans les commissariats et gendarmeries, 95 % disaient aussi n’avoir eu aucune difficulté pour faire enregistrer leur plainte et 75% étaient satisfaites des délais d’attente de leur prise en charge sur place.

Là encore la perception était toute autre pour les associations féministes. Dans un sondage réalisé par Nous Toutes, 66% des répondantes ont fait état d’une mauvaise prise en charge par les forces de l’ordre lorsqu’elles ont voulu porter plainte pour des faits de violences sexuelles.

Article original publié sur BFMTV.com

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