Elles sont passées à la contraception naturelle

Wassila Djellouli
Journaliste lifestyle

Jugées marginales, qualifiées d’inconscientes, les femmes qui n’utilisent ni pilule ni stérilet, suscitent souvent des réactions enflammées. Il faut dire que pour beaucoup, ces moyens de contraception sont un puissant étendard de liberté acquise. D’autres au contraire voient dans leur prescription systématique une nouvelle forme d’injonction. Rencontre avec celles qui leur ont préféré la contraception naturelle…

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“Sous pilule, j’ai pris 20 kilos. De plus je n’arrivais pas à la prendre régulièrement, mes règles apparaissaient à n’importe quel moment, ce n’était pas pour moi, trop contraignant”, déclare Émilie, auteure d’emilievousdittout.blog, qui s’est alors documentée sur les contraceptions naturelles. Malgré les mises en garde de plusieurs gynécologues qui lui conseillaient de continuer à prendre la pilule, son choix s’est porté sur la méthode Ogino-Knauss. Surnommée “méthode du calendrier”, cette dernière consiste à s’abstenir de faire l’amour quelques jours avant et quelques jours après sa période d’ovulation.

Une technique quelque peu risquée tant le cycle féminin peut être capricieux, comme l’a constaté très vite Émilie, tombée enceinte neuf mois après le début de l’expérimentation. Même constat chez Nadia, 34 ans, qui avait décidé d’utiliser la méthode Ogino après son mariage, confortée par la régularité supposée de ses cycles : un mois et demi plus tard, elle découvrait sa grossesse !

Heureusement, d’autres méthodes de contraception naturelle permettent de s’appuyer sur des indices plus concrets pour reconnaître le moment de l’ovulation  : la méthode Billings consiste par exemple à surveiller l’aspect de la glaire présente dans le col de l’utérus. Les femmes qui la pratiquent prélèvent généralement avec le pouce  un peu de glaire au fond de leur vagin. Si celle-ci s’étire entre le pouce et l’index de plus de 5 cm, ce serait un signe de fécondité.

Une blogueuse emballée par la symptothermie

Mais d’autres préfèrent assurer leurs arrières en ajoutant à cette vérification celle de leur courbe de température. Suivant les préceptes de la symptothermie, elles prennent en plus leur température tous les matins avant le lever à horaire régulier, une hausse de 2 à 3 dixièmes de degrés pendant trois à quatre jours consécutifs étant un marqueur d’ovulation. Une méthode qui a “changé [l]a vie de Célia”, auteure de celiajade.com, qui souffrait auparavant de “bouffées de chaleur très incommodantes”, avec la pilule et qui avait très peur du stérilet.

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Aujourd’hui, je n’ai aucun problème quant à mon cycle et je ne suis jamais tombée enceinte en trois ans de pratique”, explique celle qui dit aussi avoir “redécouvert [s]on corps et [s]a féminité”. “Je me suis rendue compte à quel point mes ovaires avaient été dans le coma pendant tant de temps. Sous pilule, le cycle naturel de la femme est tout simplement inexistant […] La symptothermie permet à la femme de faire l’apprentissage de sa fertilité au lieu de l’infantiliser“, déclare la blogueuse, visiblement emballée.

Dr Olivier Chevallier, gynécologue à Paris 16, met cependant en garde sa patientèle contre cette méthode qu’il qualifie de “contraignante et relativement peu fiable”. Pour lui, elle ne peut être indiquée que “chez une femme ayant des cycles parfaitement réguliers de 28 jours, avec une ovulation prouvée au 14ème jour”, et en se pliant à une “vérification de température au moins 2 ou 3 fois” par cycle. “On pourrait penser qu’il est inutile de reprendre sa température tous les mois mais il peut y avoir des exceptions à la date parce qu’il y a eu des contrariétés, un stress etc”. Il faut donc selon lui “être extrêmement prudent” tant “un oubli ou une défaillance de l’auto-surveillance est vite arrivé”.

Quand l’homme accepte de faire sa part, ou la méthode du retrait

Mais le docteur qui se dit “favorable à tout choix libre et indépendant de la femme”, ne rejette pas pour autant toutes les méthodes naturelles. Certaines seraient même de son point de vue “intéressantes”, notamment “lorsqu’il s’agit d’un couple qui veut prendre ensemble la responsabilité de la contraception”. “Dans certains couples, l’homme veut s’investir dans la contraception, et accepte de ne pas avoir de rapport ou d’utiliser la méthode du retrait au moment de la période de fécondité”, raconte le gynécologue parisien. C’est d’ailleurs cette dernière méthode qu’Émilie a finalement décidé d’adopter après sa grossesse, avec nettement plus de succès qu’avec Ogino : “après mon retour de couche, mon mari a utilisé la méthode du retrait, c’était lui qui gérait et non plus moi, c’était mieux, cela a super bien marché, et çela marche encore…”.

Malgré ces témoignages encourageants, la Fédération Nationale des Collèges de Gynécologie Médicale (FNCGM), inquiète de la montée des méthodes naturelles et de ses ratés, rappelle l’existence d’autres alternatives pour ceux qui seraient effrayés par la pilule ou le stérilet. Parmi eux, “l’anneau vaginal, le patch contraceptif, le nexplanon, ou encore le DIU au cuivre ou hormonal”. Mais là encore, ces méthodes ne sont pas totalement sans risque et induisent quelques désagréments réels ou redoutés. En la matière, chacun a donc tout intérêt à mesurer les conséquences de ses choix sur sa santé, sa vie de couple et son avenir. Et il s’agira souvent de peser longuement le pour et le contre…

Wassila Djellouli