Elizabeth Sombart joue Beethoven à Auschwitz

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Ce mercredi 27 janvier, on commémore la journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste. À cette même date a été libéré, en 1945, le camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau, l’un des plus meurtriers des nazis avec plus d’un million de victimes, juives pour la plupart. Parmi les 7 000 survivants : un garçon de 10 ans qui faisait partie d’une chorale à l'intérieur du camp. La pianiste française Elizabeth Sombart raconte son histoire à travers un film tourné au cœur de ce camp d’extermination où elle joue du Beethoven sur le quai d’accueil des déportés.

Apporter la musique là où on ne l’attend pas, c’est la mission de la pianiste Elizabeth Sombart depuis plus de 20 ans. Hôpitaux, prisons, orphelinats, camps de réfugiés, la spécialiste française de Beethoven a donné plus de 3 000 concerts dans des lieux de souffrance, mais encore jamais dans un ancien camp de concentration.

« J’avais été extrêmement choquée très jeune d’apprendre que dans les premières lois nazies en 1933, la musique de Beethoven a été interdite à tous les musiciens juifs. Ils n’avaient pas le droit de jouer de musique d’un compositeur aryen. »

Otto Dov Kulka, le miraculé du chœur d'enfants d'Auschwitz

À Auschwitz, un chef de chœur a bravé les interdits en faisant répéter des enfants - en cachette dans les latrines - l’Ode à la joie de Beethoven : « C’était une protestation et une résistance de l’esprit face aux crimes et à la violence de masse, explique Elizabeth Sombart. Une magnifique manifestation des valeurs universelles qui peuvent survivre même aux actes les plus inhumains jamais accomplis de la main de l’homme. Otto Dov Kulka, qui habite maintenant à Jérusalem, avait 10 ans à cette époque-là, aujourd’hui il en a 87. Il ne savait pas que ce maître de chœur leur faisait chanter du Beethoven. Il n’a su que c’était l’Ode à la joie que des années après. Et il disait : Beethoven m’a sauvé la vie. »

Otto Dov Kulka est un miraculé. Le seul rescapé de 285 enfants, arrivés à Auschwitz à l'automne 1943 et assassinés dans les chambres à gaz six mois après. Tous faisaient partie d'une chorale d'enfants qui servait de vitrine culturelle au sein du plus grand camp de concentration et d'extermination du Troisième Reich. Le répertoire était imposé : des airs folkloriques entraînants pour distraire gardiens, officiers et délégations internationales de la Croix-Rouge.

La force de Beethoven, la musique face à la barbarie

« Nous avons aussi d’autres témoignages absolument foudroyants. C'est le seul camp où il y avait, par exemple, un orchestre de femmes dirigé par la nièce de Gustav Mahler qui a retranscrit à la main la 5e symphonie de Beethoven. Quelques soient les lois, les interdictions, il y a quelque chose dans la force de la musique de Beethoven, dont Victor Hugo disait : "Ce grand sourd entendait l’infini". »

Être dans l’ombre, une lumière, dans ce film tourné à l'intérieur du camp d'Auschwitz, Elizabeth Sombart renoue avec l'humanisme de Beethoven, pour redonner à la musique sa vraie place face à la barbarie.

« Beaucoup de gens disent qu’Auschwitz est un cimetière à ciel ouvert, un endroit de silence. En réalité, ce que j’ai ressenti, c’est un cri perpétuel. Quelque chose qui n'a plus de mots et peut-être que la musique peut décrire. »

Être dans l’ombre, une lumière - un film tourné au camp d'Auschwitz. La pianiste française Elizabeth Sombart vient d'enregistrer les six concertos pour piano de Beethoven, une première, avec le Royal Philharmonic Orchestra de Londres, gravés sur trois albums sortis chez Signum Classics en décembre dernier à l'occasion du 250e anniversaire du compositeur allemand.

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