Injections, thanatopraxie... les méthodes utilisées jusqu'à l'inhumation d'Elizabeth II

Le cercueil d'Elizabeth II sous les voûtes de Westminster Hall, mercredi 14 septembre.  - Alastair Grant
Le cercueil d'Elizabeth II sous les voûtes de Westminster Hall, mercredi 14 septembre. - Alastair Grant

Elizabeth II est morte jeudi 8 septembre, à Balmoral en Écosse, et sera inhumée lundi prochain, le 19 septembre, dans le caveau de la chapelle Saint-Georges du château de Windsor, en bordure de Londres. Dans l'intervalle, sa dépouille aura donc été transportée sur plus de 800 kilomètres et, surtout, onze jours se seront écoulés.

Une situation atypique qui interroge, bien que la question soit des plus délicates: comment assurer le bon état de conservation d'un corps lors d'une période aussi longue? René Deguisne, président de l'Institut français de thanatopraxie, répond à BFMTV.com.

Un délai exceptionnel

Pour commencer, un tel temps de latence entre la mort du défunt et sa mise en terre - ou ici au tombeau - est hors du commun, comme nous le confirme le spécialiste qui s'appuie sur l'exemple français: "Il y a des délais légaux: six jours ouvrables entre la mort et la sépulture. Dix jours c'est exceptionnel. Dans ce cas-là, on devra demander une dérogation à la préfecture ou au département".

Partons du fait que dans le cas des funérailles de leur monarque, les autorités britanniques n'ont pas fait face à ce genre de difficultés. Quant aux procédés employés pour protéger le corps de la reine après sa mort, elles n'en ont pas dit très long. À peine sait-on, grâce à la presse britannique, que le cercueil royal est doublé de plomb. La première des protections est de ne pas trop exposer le corps à l'air.

René Deguisne, sceptique sur ce point précise: "On parle de plomb mais on devrait surtout parler de cercueil hermétique. C'est en tout cas un cercueil métallique qui va mettre le corps à l'abri de l'air et de l'humidité".

Liquides conservateurs et drainage

Au-delà de cette précaution matérielle, c'est le travail des pompes funèbres qui sera ici décisif. "On va procéder à des soins de thanatopraxie, d'abord par injection artérielle de liquides conservateurs, à base de formol. Ces liquides vont fixer les tissus", pose le président de l'Institut français de thanatopraxie, qui ajoute que l'opération est peu ou prou la même qu'on attende cinq ou dix jours à ceci près que dans cette dernière option, le professionnel devra se servir de produits "plus concentrés".

L'opération consiste donc à injecter ce liquide dans les vaisseaux sanguins, et notamment les artères, afin de ralentir les effets de la décomposition.

L'expert peut alors lancer la seconde phase, celle du drainage. "On va enlever une partie des liquides physiologiques présents dans le corps", poursuit ainsi René Deguisne. Celui-ci justifie cette ultime intervention en rappelant que "notre corps est constitué de presque 70% d'eau". Une donnée qui unit la reine et le commun des mortels.

Avec ces opérations, selon notre expert, la situation est assez semblable pour une conservation sur cinq ou six jours, que sur onze. Après cela, la reine reposera dans le mémorial George VI, peu connu du grand public, situé dans la chapelle Saint-Georges au château de Windsor.

Elle sera au côté de ses parents, de sa soeur et de son défunt mari Philip, dont la dépouille doit être déplacée pour les rejoindre, puisqu'il repose actuellement dans le caveau royal, sous la chapelle.

Article original publié sur BFMTV.com