Elections municipales 2020 : une abstention record, les grandes villes pour les écologistes, les moyennes pour LR… Ce qu'il faut retenir du second tour

Il a été reporté, puis incertain, avant d'être finalement confirmé. Après plus de trois mois d'attente en raison de l'épidémie de coronavirus, le second tour des élections municipales s'est tenu dimanche 28 juin dans les 4 820 communes qui n'avaient pas élu leur conseil municipal mi-mars. >> Résultats, réactions, analyses... Suivez le second tour des municipales 2020 dans notre direct Mais la crise sanitaire semble avoir une nouvelle fois écrasé les enjeux politiques. Le taux d'abstention est encore plus fort que lors du premier tour : il atteint 59%, selon une estimation Ipsos/Sopra Steria pour France Télévisions, Radio France et les chaînes parlementaires*. Franceinfo vous résume ce qu'il faut avoir en tête après ce nouveau dimanche d'élections. >> Municipales : retrouvez tous les résultats du second tour Plus d'un électeur sur deux ne s'est pas déplacé Le net reflux de la crise sanitaire n'a pas poussé vers les isoloirs les 16 millions d'électeurs appelés à voter. Le taux d'abstention a encore battu un record, plus de trois mois après celui du premier tour. Il atteint 59%, selon une estimation Ipsos/Sopra Steria pour France Télévisions, Radio France et les chaînes parlementaires*. Jamais la participation n'aura été aussi faible lors d'élections municipales en France. Emmanuel Macron a d'ailleurs "marqué sa préoccupation pour le faible taux de participation aux élections municipales" qui n'est "pas une très bonne nouvelle", a indiqué l'Elysée à l'AFP. Comparé au premier tour (44,66% d'abstention), le taux d'abstention est en hausse d'une quinzaine de points. Par ailleurs, et même si le contexte est difficilement comparable, c'est beaucoup plus qu'en 2014, où 37,87% des électeurs avaient boudé les urnes au second tour. Une percée historique des écologistes "Une espérance autour d'un beau projet", "une vague verte" qui "se lève enFrance"... Chez EELV, on a facilement trouvé les mots, dimanche soir, pour saluer des résultats qui semblent d'ores et déjà historiques. Il faut dire que le mouvement écologiste a clairement franchi un pas en remportant plusieurs grandes villes.A commencer par Lyon où Grégory Doucet a mis un point final au règne de Gérard Collomb en arrivant largement en tête du second tour avec 53,5%, selon notre estimation. Un revirement historique pour la capitale des Gaules, dirigée depuis 2001 par l'ancien ministre de l'Intérieur et proche d'Emmanuel Macron. A Marseille, Michèle Rubirola reléguerait l'héritière du sortant Jean-Claude Gaudin, Martine Vassal (LR), environ dix points derrière elle, selon les mêmes sources. Séisme politique aussi à Bordeaux, qui bascule également dans l'escarcelle des écologistes : le candidat vert Pierre Hurmic est donné en tête avec 46,8% des voix, devant Nicolas Florian, le maire sortant, soutenu par LR et LREM (43,2%). Strasbourg passe aussi au vert, avec la candidate Jeanne Barseghian largement en tête avec 42,5% des suffrages, toujours selon notre estimation. A Annecy, l'écologiste François Astorg l'emporte lui aussi d'une courte tête (d'une trentaine de voix) face au maire sortant, Jean-Luc Rigaut. En plus de Grenoble, où Eric Piolle garde son siège, EELV a aussi ravi plusieurs villes moyennes comme Poitiers (Vienne) avec Léonore Moncond’huy (soutenue par le PCF et Génération·s) qui a battu le socialiste Alain Claeys, lequel briguait un troisième mandat. Ou Besançon (Doubs) avec la victoire d'une courte tête d'Anne Vignot face à son adversaire Ludovic Fagaut (LR). L'écologiste Emmanuel Denis a aussi revendiqué la victoire à Tours (Indre-et-Loire) face au maire sortant, Christophe Bouchet (UDI soutenu par LR).

LREM rate ses premières municipales Après un mauvais premier tour, le parti au pouvoir espérait avoir un maximum de conseillers dans les différentes communes à l'issue des premières municipales de LREM. C'est raté : malgré des alliances, les "marcheurs" ont peu brillé. "Ce soir, nous éprouvons une déception", a réagi Sibeth Ndiaye, la porte-parole du gouvernement.La seule vraie satisfaction de ce second tour, c'est Le Havre, la ville de cœur d'Edouard Philippe, qui a réussi sa mission : même s'il n'a pas été investi par LREM (il a obtenu son soutien), le Premier ministre a largement battu le député communiste Jean-Paul Lecoq, avec près de 59% des voix.A voté ! #Municipales2020 pic.twitter.com/9gmfxBCGPQ — Edouard Philippe (@EPhilippePM) June 28, 2020 "Les résultats sont nets, a déclaré Edouard Philippe.On est heureux, on va fêter cette victoire, saluer l'engagement de tous ceux qui ont été candidats", a-t-il poursuivi, tout en saluant son adversaire. Les Républicains prennent les villes moyennes Grâce au jeu des alliances, LR voulait remporter un maximum de villes. Le parti de droite s'en sort bien. Même s'il laisse s'échapper Paris, Marseille, Lyon ou Bordeaux, il peut se targuer de garder Nice avec Christian Estrosi. Ou encore Limoges (Haute-Vienne), où le maire sortant, Emile-Roger Lombertie, a réussi à conserver son siège. En revanche, le parti perd Perpignan et Nancy notamment.Les socialistes sauvent les meubles Après les débâcles de la présidentielle et des européennes, où le parti n'a pas dépassé la barre des 6%, les municipales signent un début de retour du PS. Olivier Faure, le premier secrétaire du parti, s'est ainsi félicité d'un "immense élan qui se lève dans toute la France et qui permet de voir des socialistes, des écologistes, qui se retrouvent et qui sont en train de gagner de formidables victoires".A commencer par Lille (Nord) où Martine Aubry a battu l'écologiste Stéphane Baly d'une courte tête. Autre exemple avec Nancy (Meurthe-et-Moselle) qui bascule à gauche. Le socialiste Mathieu Klein (PS, PCF, EELV) a renversé le maire sortant Laurent Hénart (soutenu par le Mouvement radical, LREM et le MoDem) avec 55,2% contre 44,8% selon notre estimation Ipsos/Sopra Steria. Autre satisfaction : Montpellier. Le candidat socialiste Michaël Delafosse (PS-PCF-EELV) est arrivé largement en tête du second tour (48,9%), selon une estimation d'Ipsos/Sopra Steria. Il était pourtant arrivé en deuxième position au second tour, derrière Philippe Saurel (divers gauche), deuxième, ce soir (33,1 %). Mohed Altrad (divers) recueille 18 % des voix. V de la victoire aussi au Mans, où le socialiste Stéphane Le Foll, ancien porte-parole du gouvernement sous la présidence de François Hollande, garde son fauteuil avec 63,14 % des voix, sur fond d'abstention record. "On devra être à la hauteur de la confiance donnée", a-t-il déclaré. Le Rassemblement national prend sa première ville moyenne En lice dans plus de 120 communes, le RN lorgnait particulièrement sur Perpignan (Pyrénées-Orientales). Mission acccomplie : Louis Aliot a remporté l'élection avec 52,7% des suffrages (selon une estimation Ipsos/Sopra Steria) contre le maire Les Républicains sortant, Jean-Marc Pujol (47,3%). Ce dernier, au pouvoir depuis 2009, était pourtant soutenu par un "front républicain". "Ce front dit républicain est tombé à Perpignan, et demain, il pourrait tomber ailleurs", a réagi Louis Aliot.Les ministres macronistes s'en sortent bien Tourcoing (Nord), le fief de Gérald Darmanin, étant acquis dès le premier tour. La République en marche cherchait surtout à ne pas perdre Le Havre, la ville d'Edouard Philippe, lors de ce second tour. C'est donc chose faite.Des recours attendus Un second tour plus de trois mois après le premier, des maires en campagne pendant le confinement, la crise sanitaire comme argument, des projets mis à la poubelle... Certains candidats n'ont pas attendu l'annonce des résultats à 20 heures pour dire qu'ils avaient bien l'intention de déposer des recours. Interrogé à ce propos, le constitutionnaliste Jean-Philippe Derosier a reconnu qu'il y avait "des vraies raisons de se plaindre parce que la sincérité du scrutin est mise à mal". Notamment parce que "la déconnexion entre les deux tours pose véritablement problème. Il y aura eu plus de trois mois entre les deux. Un candidat déçu peut très bien invoquer une sorte de concurrence déloyale." D'autant plus quand les résultats sont serrés, comme à Lille ou Annecy.

Un scrutin marqué par l'épidémie de Covid-19 Masque sur le visage et gel hydroalcoolique à disposition : les électeurs qui ont fait le déplacement se sont une nouvelle fois pliés aux dispositifs sanitaires mis en place pour "préserver la santé des électeurs, des candidats et des membres du bureau de vote", comme le demandait le ministère de l'Intérieur. Dans les bureaux de vote, on a cherché à accueillir le public dans les meilleures conditions possibles.Assesseur en temps de COVID #Municipales2020 #coronavirus pic.twitter.com/DfUCptDRf2 — Mathieu Perraut (@PerrautM) June 28, 2020On vous attend nombreux au bureau 31, que j’ai la fierté de présider ! #Municipales #Paris12 pic.twitter.com/ERAJbhazbg — Eléonore Slama (@Eleonore_S) June 28, 2020Les bureaux de vote devaient être organisés de manière à respecter la distanciation physique, c'est-à-dire avec un mètre de distance entre chaque personne. Le nombre de personnes simultanément présentes était également limité. Une "dérogation à l'obligation d'estampiller la carte électorale après la signature de la liste d'émargement" a aussi été mise en place pour "éviter les contacts". Avant d'aller voter, certains électeurs ont également glissé un stylo dans leur poche pour limiter les risques de contamination. Des bureaux de vote avaient de leur côté prévu des stocks, comme ici dans l'Yonne.Les électeurs sont invités à venir avec leur propre stylo. Mais des stocks sont prévus dans les bureaux de vote, en cas d’oubli, pour que chacun en utilise un différent #Municipales2020 #auxerre pic.twitter.com/2WNNwvosbl — Sophie Bardin (@SophieBrdn) June 28, 2020