Elections européennes : « Les macronistes ont dans leur groupe des partis qui s’allient avec l’extrême droite », dénonce Raphaël Glucksmann

C’est la tête de liste PS/Place Publique aux européennes, Raphaël Glucksmann, qui était l’invité de la matinale de Public Sénat, ce jeudi matin. Le candidat a d’abord réagi à l’actualité en Nouvelle-Calédonie, où on compte quatre morts et où le gouvernement a décrété l’Etat d’urgence.

Nouvelle-Calédonie : Glucksmann dénonce la méthode du « coup de menton » du gouvernement, « qui tend les choses et qui conduit au chaos »

« Il faut rétablir l’ordre républicain et mettre fin aux violences. […] Il faut aussi une solution politique. Ça passe par la suspension de la révision constitutionnelle. Il faut renouer avec l’esprit des accords de Matignon de Michel Rocard, avec l’esprit des accords de Nouméa de Lionel Jospin, qui a prévalu y compris pendant le premier quinquennat d’Emmanuel Macron, qui est un esprit de concorde, un esprit de consensus, d’abord élaboré sur place », soutient Raphaël Glucksmann.

Il note au passage que « quand le ministre de l’Intérieur a repris ce dossier, les choses se sont tendues. Ce dossier est traditionnellement traité à Matignon ». Il dénonce la méthode du gouvernement, faite de « coups de menton », « une méthode qui tend les choses et qui conduit au chaos ».

« Nous serons les leaders du front de la résistance à cette vague d’extrême droite »

A moins d’un mois du scrutin des européennes, prévu le 9 juin, le candidat, qui bénéficie d’une dynamique dans cette campagne, entre dans la dernière ligne droite. Alors que le camp macroniste cherche à se présenter en rempart face à l’extrême droite, il les accuse d’être au contraire en contradiction, au regard de leurs actes, sur cette question. D’autant que le dirigeant d’extrême droite hollandais, Geert Wilders, a annoncé mercredi qu’un accord avait été trouvé pour un gouvernement de coalition avec la droite aux Pays-Bas.

« Cela devrait interpeller l’ensemble des démocrates européens. C’était déjà le cas en Suède. Les libéraux, donc le groupe d’Emmanuel Macron, ont fait un accord avec l’extrême droite. Là, ça se passe aux Pays-Bas, avec le parti de Geert Wilders, parti pro Poutine, islamophobe », dénonce Raphaël Glucksmann, pour qui « il faut être clair, ferme. Et nous, le groupe socialdémocrate, nous sommes le seul grand groupe au Parlement européen qui est clair. Nous ne ferons jamais alliance avec l’extrême droite et nous serons les leaders du front de la résistance à cette vague d’extrême droite qui balaie le continent européen » (voir la vidéo).

« Les macronistes ont dans leur groupe des partis qui s’allient avec l’extrême droite »

« Je note que les libéraux ne sont pas clairs. Les macronistes ont dans leur groupe des partis qui s’allient avec l’extrême droite », continue la tête de liste PS/PP, qui souligne que lors de l’accord en Suède, « le parti libéral suédois n’avait pas été sanctionné par le groupe Renew ».

« Ils doivent exclure des partis qui scellent des accords avec l’extrême droite, sinon, pourquoi surjouer le barrage à chaque élection en France, vouloir réinstaller en permanence ce match entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, Attal et Bardella, quitte à kidnapper les élections à chaque fois, et ensuite travailler au Parlement européen avec des partis qui font des alliances de gouvernement avec l’extrême droite. On est dans la tartufferie la plus absolue », dénonce Raphaël Glucksmann.

Débat Attal/Bardella sur France 2 : « Le service public, c’est le service du public. Ce n’est pas le service du gouvernement »

Un duel entre la majorité présidentielle et le RN qui va être entretenu par le débat prévu le 23 mai sur France 2, entre le premier ministre Gabriel Attal et le candidat d’extrême droite, Jordan Bardella, regrette le candidat, qui s’en étonne.

« Gabriel Attal est candidat à l’élection européenne ? Il veut dire quoi ce débat en fait ? Pourquoi on choisit que ce serait un face-à-face entre les macronistes et l’extrême droite, la droite et l’extrême droite ? Dans tous les sondages, on est à touche-touche avec la liste Hayer. Au nom de quoi on restaure ce duel-là ? […] Est-ce que c’est le rôle du service public d’organiser un tel débat, aussi proche de l’élection ? Le service public, c’est le service du public. Ce n’est pas le service du gouvernement. J’ai bien compris que les stratèges de l’Elysée veulent absolument nous faire gober que cette élection serait un match entre la droite et l’extrême droite », dénonce Raphaël Glucksmann, dont la liste talonne celle de la majorité présidentielle de Valérie Hayer dans les sondages. Regardez :

« Il faut un choc d’investissement dans le renouvelable, mais vouloir sortir du nucléaire est une illusion »

Pour faire entendre sa voix, outre le social, le candidat mise beaucoup sur l’écologie. Selon le coprésident de Place Publique, « c’est même le cœur » du programme qu’il a présenté mercredi à la presse. « Je veux un protectionnisme écologique aux frontières de l’Union européenne. Ça passe par des barrières à l’entrée » de l’Union européenne, affirme ainsi Raphaël Glucksmann. « Si nous ne protégeons pas notre production, nous n’aurons plus de production. Or un continent qui ne produit plus dans les secteurs stratégiques est un continent de vassaux », met-il en garde.

Dans sa vision de l’écologie et de la transition énergétique, le nucléaire a sa place. Point qui le distingue de la liste des écologistes de Marie Toussaint. « On ne fait pas de la sortie du nucléaire un objectif. L’objectif, c’est la décarbonation de notre production, et ensuite il y a les moyens », avance-t-il. « Il faut un choc d’investissement dans le renouvelable. Mais vouloir sortir du nucléaire, à mon avis c’est une illusion, ça ne peut pas être un objectif en soi », ajoute le candidat, pour qui il faut « acter la prolongation, en fonction bien sûr de la sécurité, des centrales, et on met en place l’EPR, qui vient d’être activité. Et on cesse la fermeture de centrales ».

« Il faut terminer l’Europe »

Enfin, selon cet Européen convaincu, il faut pour mener à bien sa vision de l’Europe un changement des institutions européennes, qui permettra dans les faits un saut fédéral. « Il faut terminer l’Europe » lance Raphaël Glucksmann. Pour éviter les distorsions de concurrence, « il faut l’harmonisation. Ce qu’il faut, c’est plus d’Europe ». « On a besoin de règles de cohérence fiscale ». « Rendre l’Europe puissante et souveraine, ça passe par changer les institutions », « il faut donc passer à la majorité qualifiée » entre Etats membres, soutient la tête de liste. Pour Raphaël Glucksmann, c’est le moyen de « rendre l’Europe plus efficace ».