Elections aux Pays-Bas sur fond d'escalade verbale avec Ankara

par Toby Sterling
Les Néerlandais renouvellent mercredi leurs députés dans un contexte de vive tension avec la Turquie, qui a replacé l'immigration et le nationalisme au coeur des débats de la campagne électorale. Le nationaliste Geert Wilders, qui souhaite "désislamiser" les Pays-Bas, espère que les échauffourées du week-end entre des Néerlandais d'origine turque et les policiers, et les accusations de "fascisme" lancées par Ankara contre les Pays-Bas, aideront sa formation d'extrême droite, le Parti pour la liberté (PVV), à se hisser en tête du scrutin. /Photo prise le 13 mars 2017/REUTERS/Yves Herman

par Toby Sterling

AMSTERDAM (Reuters) - Les Néerlandais renouvellent mercredi leurs députés dans un contexte de vive tension avec la Turquie, qui a replacé l'immigration et le nationalisme au coeur des débats de la campagne électorale.

Le nationaliste Geert Wilders, qui souhaite "désislamiser" les Pays-Bas, espère que les échauffourées du week-end entre des Néerlandais d'origine turque et les policiers, et les accusations de "fascisme" lancées par Ankara contre les Pays-Bas, aideront sa formation d'extrême droite, le Parti pour la liberté (PVV), à se hisser en tête du scrutin.

Le PVV n'a pratiquement aucune chance de former le prochain gouvernement, étant donné la fragmentation du paysage politique néerlandais. Les autres partis ont exclu de constituer une coalition avec ce parti qu'ils jugent raciste, mais si le PVV terminait en première position, sa victoire propagerait une onde de choc à travers toute l'Europe, où des scrutins importants sont prévus dans les mois qui viennent.

En France, les sondages placent d'ores et déjà Marine Le Pen, candidate du Front national, en tête des intentions de vote pour le premier tour de la présidentielle, fixé au 23 avril. En Allemagne, où des élections sont prévues en septembre, le parti eurosceptique et anti-immigration AfD (Alternative für Deutschland), fondé en 2013, a de bonnes chances d'obtenir pour la première fois des sièges au Bundestag, même s'il est en recul dans les derniers sondages.

Après le référendum du 23 juin dernier au Royaume-Uni en faveur du "Brexit", puis l'élection de l'eurosceptique Donald Trump à la Maison blanche, l'Europe saura bientôt si la vague anti-establishment actuelle risque ou non de constituer une menace pour la survie de l'Union européenne.

Aux Pays-Bas, dans l'immédiat, la question est de savoir si les tensions diplomatiques avec la Turquie auront un impact positif sur Geert Wilders ou plutôt sur le Premier ministre Mark Rutte, dont le gouvernement a interdit à des ministres turcs de tenir aux Pays-Bas un rassemblement en vue du référendum du 16 avril en Turquie.

A en croire un sondage de l'institut Maurice de Hond rendu public dimanche soir, une très large majorité des électeurs néerlandais (86%) approuvent la ligne de fermeté suivie par Mark Rutte dans la crise avec la Turquie.

"Lorsque le pays est confronté à une crise de ce genre, les gens ont tendance à se ranger derrière le gouvernement", écrit le politologue Hans Gosling dans les colonnes du journal néerlandais Trouw.

L'ORIGINAL ET LES "COPIES"

Selon un sondage rendu public lundi, et réalisé juste après les incidents du week-end, le parti conservateur VVD de Mark Rutte et le PVV de Geert Wilders sont en nette progression. Le VVD pourrait obtenir 27 des 150 sièges du parlement, avec 18% des suffrages, tandis que le PVV se hisserait à 16%, ce qui lui permettrait de contrôler 24 sièges.

Le VVD gagne ainsi trois points, autrement dit cinq sièges, par rapport au précédent sondage, effectué juste avant l'escalade verbale du week-end. Le PVV progresse pour sa part de deux sièges.

La dernière moyenne des sondages situait le VVD de Mark Rutte à 16,2%, suivi par le PVV à 13,4%. Il était talonné par le CDA (chrétiens-démocrates, conservateurs) à 12,5%, qui suit une trajectoire à la hausse.

La ligne dure défendue par Mark Rutte vis-à-vis d'Ankara illustre les efforts des partis traditionnels pour apaiser les inquiétudes des électeurs sur l'immigration et les dissuader de voter pour la formation de Geert Wilders. Ainsi, dimanche, le dirigeant du CDA a-t-il exhorté les immigrants turcs à renoncer à leur double nationalité et à s'intégrer davantage à la société néerlandaise.

Lundi, Mark Rutte a agité la menace Wilders pour battre le rappel des électeurs.

"Il y a un vrai risque que le 16 mars, nous nous réveillions dans ce pays avec un Geert Wilders à la tête du plus important parti, ce qui adressera un signal au reste du monde", a-t-il dit à la presse à Rotterdam. Aussi a-t-il appelé les électeurs à faire barrage à "l'erreur populiste" le jour du scrutin.

"Nous l'avons déjà vu avec le Brexit, nous l'avons vu avec Trump, alors que la veille, nous pensions encore que cela n'arriverait pas", a-t-il souligné.

Quatre points seulement séparent les quatre partis en tête dans les intentions de vote, ce qui signifie que l'un ou l'autre peut sortir vainqueur de ces législatives et qu'il devra convaincre au moins trois autres formations de constituer une coalition avec lui.

"On sait déjà à quoi ressemblera le nouveau gouvernement, en gros", estime Rens Vliegenthart, de l'Université d'Amsterdam.

A l'en croire, une coalition de centre droit devrait voir le jour au terme de longues tractations menées par le VVD et le CDA avec les centristes de D66, et, peut-être, pour la première fois, avec la Gauche verte, dirigée par le jeune Jesse Klaver, qui a 30 ans.

Mais compte tenu de l'escalade verbale du week-end entre les Pays-Bas et la Turquie, les sondages risquent fort de se tromper, si l'on en croit les politologues.

Selon le professeur Joop van Holsteijn, de l'Université de Leyde, Geert Wilders pourrait être le principal bénéficiaire de la crise avec Ankara. Nombre de partis tiennent dans cette crise un discours analogue à celui du PVV, mais, avertit-il, il se pourrait bien que mercredi, dans les urnes, les électeurs votent pour l'original, Geert Wilders, et non pour ses "copies".

(Eric Faye pour le service français)

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