Elections au Mexique: faire campagne au risque de sa vie sous la menace des cartels

Funérailles d'Armando Perez Luna, candidat à la mairie de Maravatio assassiné en février, le 27 février 2024 à Maravatio dans l'état du Michoacan dans l'ouest du Mexique (Enrique CASTRO)
Funérailles d'Armando Perez Luna, candidat à la mairie de Maravatio assassiné en février, le 27 février 2024 à Maravatio dans l'état du Michoacan dans l'ouest du Mexique (Enrique CASTRO)

"Tu arrêtes, un point c'est tout". Après avoir reçu des menaces, Margarita Galan a retiré sa candidature à la mairie de Maravatio, pour ne pas finir comme trois autres candidats tués dans cette localité de l'ouest du Mexique.

"Tu ne peux pas participer (aux élections)", s'est entendu dire cette jeune femme de 27 ans quand des inconnus l'ont appelée en l'insultant, d'après son témoignage à l'AFP.

A Maravatio et ailleurs au Mexique, le crime organisé fait pression sur les candidats aux élections locales, pour garder son influence après les scrutins du 2 juin, jour où le Mexique choisira également son nouveau président (sans doute une femme).

Depuis septembre, au moins 28 candidats ont été assassinés, d'après l'ONG Data Civica. Maravatio, une ville agricole de 80.000 habitants, a payé le plus fort tribut.

Le 26 février, à trois heures d'intervalle, Miguel Reyes, médecin, et Armando Pérez, transporteur, tous les deux âgés de 58 ans, ont été tués. Egalement candidat à la mairie, Dagoberto Garcia avait été retrouvé mort en novembre.

Les pressions des narcos ou des délinquants touchent tous les partis. Reyes et Garcia étaient membre de Morena, le parti du président sortant de gauche nationaliste Andrés Manuel López Obrador. Pérez militait dans les rangs du PAN (libéral-conservateur).

Margarita Galan, qui dit avoir dû retirer sa candidature après avoir reçu des menaces, défendait les couleurs oranges du Movimiento Ciudadano.

- "Ce n'est pas normal" -

 

Cinq candidats restent en lice pour la mairie de Maravatio.

Cette semaine, le nouveau candidat du parti de gauche au pouvoir Morena, Mario Pérez, a réuni ses partisans. Deux hommes dans une voiture le regardent à distance. De nuit, ils baissent la vitre, observent fixement le meeting, sans la présence d'aucun policier.

"Ce n'est pas normal", soupire un membre de l'équipe de campagne. "Ce genre de choses nous rend nerveux. Cela n'était jamais arrivé".

A la fin de la réunion, Pérez prend des photos avec ses partisans et les deux suspects disparaissent dans la nuit.

Dentiste de 34 ans, Pérez évite le thème de l'insécurité en public. Il n'a pas demandé de protection aux autorités, au contraire de 36 candidats dans l'Etat du Michoacan.

Avant de se retirer, le candidat glisse à l'AFP qu'il veut offrir des perspectives d'avenir aux jeunes "pour ne pas qu'ils aillent voir ailleurs".

Une de ses partisanes, Liz Monroy, professeur de 45 ans, reconnaît qu'elle a peur de se montrer en public et que la politique est pour elle synonyme d'"insécurité".

Maravatio se trouve en plein terrain d'affrontement entre le cartel Jalisco Nueva Generación, l'un des plus violents du Mexique, et de Los Correa, un groupe local.

Au total, 14 bandes organisées se disputent le trafic des méthamphétamines et le marché de l'extorsion au Michoacan, connu pour ses avocats exportés aux Etats-Unis lors du pic de consommation du guacamole en février pendant le Super Bowl.

Dans cet Etat, le crime organisé fait feu de tout bois avec la coupe illégale des arbres, fixe les prix des aliments et jusqu'à la date de la récolte des fruits, dénoncent les dirigeants locaux.

- "Imposer des candidats" -

Les cartels, les bandes ou les gangs cherchent aussi à "imposer des candidats" aux élections, indique le procureur pour les délits électoraux, Victor Serrato. En tout, 39 candidats ont porté plainte, principalement pour menaces ou extorsion, ajoute-t-il.

Le mode opératoire est peu ou prou le même: "les criminels choisissent un candidat" et font savoir aux autres qu'ils "n'ont pas le droit" de se présenter.

"Dans une localité, les délinquants ont convoqué tous les partis, sauf un, et leur ont fait savoir: ici c'est un tel qui va gagner", raconte Antonio Plaza, 47 ans, candidat à un mandat de député au Congrès local du Michoacan.

Malgré les menaces, des candidates comme María Salud Valencia ne renonce pas.

Enseignante de 60 ans, disposant d'une protection officielle, elle reconnaît qu'elle a "peur, mais j'ai du courage" pour gagner la mairie de Nuevo Urecho.

"S'ils me tuent, que cela soit pour défendre mes concitoyens", affirme-t-elle lors d'une visite à Morelia, la capitale du Michoacan -- où cinq assassinats ont été enregistrés jeudi.

Vendredi, les cadavres de quatre personnes ont été retrouvés démembrés à Acapulco. L'une des victimes était un candidat à un mandat local, Anibal Zuniga Cortes, d'après le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI). Jeudi soir c'est Lucero Lopez Maza, candidate à la mairie de Concordia, qui a été tuée dans le Chiapas (sud).

axm/st/tmt/rr