Élections américaines : Richard Nixon, le seul président des États-Unis à avoir démissionné en plein mandat

Lucile Descamps
·5 min de lecture
Richard Nixon est le premier président américain - et le seul à ce jour - à avoir démissionné en cours de mandat, à cause du scandale du Watergate.
Richard Nixon est le premier président américain - et le seul à ce jour - à avoir démissionné en cours de mandat, à cause du scandale du Watergate.

Difficile de penser à l’histoire des présidents américains sans évoquer Richard Nixon, le seul à avoir démissionné au cours de son mandat. Si son bilan à la tête du pays est aujourd’hui réhabilité, son nom reste à jamais associé au scandale du Watergate.

Le nom du président Richard Nixon est désormais indissociable de celui du Watergate. Car c’est ce scandale qui l’a fait rentrer dans l’Histoire en faisant de lui le premier président américain à démissionner en cours de mandat - et le seul encore à ce jour.

Pourtant, avant que cette affaire d’État n’éclate, ce Californien d’origine s’était démarqué de bien d’autres façons. D’abord, en servant dans la Marine durant la Seconde Guerre mondiale. Il s’est ensuite lancé dans une carrière politique dont la destination finale ne pouvait qu’être la Maison Blanche. Membre du Congrès puis sénateur, il a ensuite été choisi par le président Dwight Eisenhower pour être son vice-président, poste qu’il a occupé durant ses deux mandats, entre 1953 et 1961, rappelle le site de la Maison Blanche.

Un bilan en cours de réhabilitation

Lorsque le Parti républicain a choisi Richard Nixon pour le représenter à l’élection présidentielle de novembre 1960, l’ascension fulgurante du Californien s’est fracassée contre le mur Kennedy. Mais ce n’était qu’un simple contre-temps, puisque il a réussi à s’imposer en 1968 face à Hubert H. Humphrey.

En tant que président américain, Richard Nixon s’est notamment attelé à calmer les tensions avec la Russie et la Chine et à trouver un accord avec le Viet Nam. Sur le plan national, il est notamment connu pour avoir créé l’Agence de protection de l’environnement, avoir agi contre la pauvreté - avec la mise en place d’un revenu minimum pour les familles vivant sous un certain seuil - et même tenté de créer un système d’assurance-maladie, précise l’Express.

Mais de ce bilan - qui fait aujourd’hui l’oeuvre d’une certaine réhabilitation - on ne retiendra finalement pas grand chose. Car Nixon est avant tout l’homme du Watergate.

Le soir du 8 août 1974, Richard Nixon a annoncé sa démission, effectivement dès le lendemain.
Le soir du 8 août 1974, Richard Nixon a annoncé sa démission, effectivement dès le lendemain.

L’affaire d’abord minimisée

Ce nom, avant d’être celui d’un scandale, est celui du bâtiment qui abritait les locaux du comité national du Parti démocrate, à Washington. Un jour de juin 1972, en pleine campagne pour la présidentielle, cinq hommes, qui s’étaient introduits clandestinement dans les bureaux, ont été arrêtés. Ces cambrioleurs un peu particuliers étaient venus pour installer du matériel d’écoute et prendre en photo des documents.

Sur le coup, l’affaire n’a pas été prise très au sérieux : la Maison Blanche a nié fermement toute implication, minimisant les faits, se moquant même de cette mauvaise idée. Et, à la fin de l’année 1972, Richard Nixon a été réélu très largement, avec 60% des suffrages populaires et près 97% des voix des grands électeurs.

Mais, alors que cette histoire semblait oubliée, deux journalistes du Washington Post, Bob Woodward et Carl Bernstein, qui avaient continué de mener l’enquête, ont fait une série de révélations, rappelle Le Figaro. En fouillant dans le passé des cambrioleurs du Watergate - et grâce aux informations du directeur adjoint du FBI, dont l’identité est restée secrète jusqu’en 2005 - ils ont découvert que l’un des mis en cause avait travaillé à la CIA, et que cette équipe de malfrats était reliée à des membres du comité de réélection de Richard Nixon.

Malgré les menaces en tout genre qui ont fleuri contre les journalistes, les révélations se sont alors succédé, notamment concernant l’existence d’un groupe appelé “les plombiers”, en charge d’opérations clandestines pour Nixon. Face à l’ampleur de l’affaire, une commission d’enquête spéciale a été mise en place au Congrès en 1973. De quoi mettre au jour d’autres faits compromettants impliquant directement l’entourage proche du président américain : corruption, destruction de preuves, faux témoignages, obstruction à la justice et aux investigations de la commission, mais aussi mise en place d’un système d’espionnage...

Les enregistrements qui ont fait tomber Nixon

À ce moment-là, même si l’étau se resserrait autour de Richard Nixon et que certains témoins avaient même évoqué son implication directe pour tenter d’étouffer l’enquête, le président continuait de nier. Mais l’enquête a pris un nouveau tournant durant l’été 1973, lorsque la commission d’enquête a découvert que le Républicain avait fait installer un système de micro dans toute la Maison Blanche. Après un très long bras de fer avec le procureur, l’accusé a été obligé de céder et de fournir les cassettes à la justice. Mais, tentant une énième - et dernière - pirouette, il a donné des enregistrements incomplets. Une conversation, qui avait eu lieu quelques jours après l’entrée par effraction au Watergate, était notamment en partie effacée.

Finalement, le 5 août 1974, au pied du mur, Richard Nixon a fourni l’intégralité des enregistrements, qui dévoilaient bel et bien qu’il avait personnellement tenté de détourner l’enquête, faisant ainsi obstruction à la justice, et montraient au passage qu’il avait menti depuis deux ans, non seulement à la commission d’enquête, mais aussi aux Américains.

Face à une procédure d’impeachment devenue inévitable, Richard Nixon a préféré démissionner. “Je n’ai jamais été un lâche. Quitter la Maison Blanche avant la fin de mon mandat va à l’encontre de tous les instincts de mon corps. Mais en tant que président, je dois mettre les intérêts des États-Unis en premier”, a-t-il expliqué dans son discours, le soir du 8 août 1974. Le lendemain midi, il quittait la Maison Blanche.

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