Élections américaines 2020: les résultats peuvent-ils être modifiés par le recomptage?

Lucie Oriol
·Journaliste au HuffPost
·4 min de lecture
À Denver, dans le Colorado, la juge élection Bonnie Carr vérifie des bulletins le 3 novembre 2020:  (Photo by Marc Piscotty/Getty Images) (Photo: Marc Piscotty via Getty Images)
À Denver, dans le Colorado, la juge élection Bonnie Carr vérifie des bulletins le 3 novembre 2020: (Photo by Marc Piscotty/Getty Images) (Photo: Marc Piscotty via Getty Images)

ÉTATS-UNIS - S’il n’a pas encore perdu la guerre, il n’entend certainement pas laisser échapper cette bataille. L’attente des résultats de l’élection présidentielle américaine continue de s’étirer alors que quelques États, dont certains décisifs, terminent le dépouillement. Donald Trump, qui à l’aune des projections, ce jeudi 5 novembre, semble perdre du terrain, fourbit ses armes sur le plan judiciaire. Le président sortant a lancé des procédures en justice dans le Michigan et la Pennsylvanie pour faire cesser le dépouillement, et entend demander un recomptage des voix dans le Wisconsin.

Dans ce dernier État qui pèse 10 grands électeurs, c’est Joe Biden qui est donné gagnant avec 49,6% des voix (1.630.542 bulletins), contre 48,9% (1.610.007) pour Donald Trump, et 99% des bulletins dépouillés. Le républicain sortant va cependant devoir patienter un peu avant que ce recompte ait lieu. De fait, selon les lois du Wisconsin, sa campagne ne sera en mesure d’exiger un recomptage que le premier jour ouvré après la validation des résultats. Il faut par ailleurs que la différence de résultats entre les deux candidats soit inférieure à 1%.

C’est le cas actuellement, puisque Joe Biden distance Donald Trump de 0,7%, avec 20.535 voix supplémentaires. Néanmoins, cette marche reste très haute à franchir en cas de recomptage pour le candidat républicain, ainsi que le montre l’histoire électorale américaine de ces vingt dernières années.

Très peu de marge pour Trump

Une analyse conduite en 2019 par l’organisation FairVote a ainsi montré qu’entre 2000 et 2019, sur les 31 recomptages demandés -sur 5778 scrutins- seuls trois avaient donné lieu à un renversement du résultat final. Cette organisation non-partisane fondée en 1992 et qui lutte pour une meilleure représentativité aux élections américaines, précise à cet égard que pour ces trois scrutins, la marge entre les deux candidats lors du premier décompte était alors de 0,05%.

Ces trois exemples concernent l’élection gouvernorale de 2004 dans l’État de Washington, l’élection de l’inspecteur d’État dans le Vermont en 2006, ainsi que les élections sénatoriales dans le Minnesota en 2008. À chaque fois, ce sont moins de 0,050% des voix (moins de 500 bulletins) qui ont fait la différence. Quant aux opérations de recomptage partiel, note FairVote, elles donnent encore moins lieu à des changements de résultats.

“Même si des marges étroites aboutissent à des recomptages automatiques ou demandés lors de l’élection présidentielle, les électeurs et les médias doivent aborder ces recomptages avec prudence. Il y a fort à parier que si nous recomptons les mêmes bulletins de vote, nous arriverons à un résultat très similaire. Compte tenu des recomptages électoraux passés avec des inversions de résultats, nous ne devrions pas nous attendre à des inversions de résultats à moins que la marge de victoire ne se situe au maximum à 0,1%” détaille l’organisation.

En 2016, l’élue écologiste Jill Stein avait déjà demandé un recomptage des voies dans ce même État, où Hillary Clinton était donnée perdante. Résultat, la démocrate avait empoché 713 voix supplémentaires, mais Donald Trump avait également récupéré 844 bulletins, augmentant sa marge de 131 voix. C’est d’ailleurs souvent le cas dans les opérations de recomptage. Sur les 31 menées ces vingt dernières années, dans deux tiers d’entre elles, les candidats ont augmenté leur nombre de voix.

D’autres choix juridiques

Des analyses qui ont sans doute éclairé le choix de la campagne de Donald Trump, au regard de ses recours en Pennsylvanie et dans le Michigan. Dans ces deux États, les conservateurs ont fait le choix d’attaquer notamment sur le manque d’observateurs républicains ou l’impossibilité pour ces derniers d’assister aux dépouillements.

En Géorgie, où le président sortant et Joe Biden sont au coude à coude, la campagne de Trump assure que les bulletins arrivés par mail après l’heure limite ont été comptabilisés, ce que dément le président du Bureau des élections. Selon les lois en vigueur en Géorgie, les bulletins arrivés après la limite doivent être stockés à part avant d’être détruits.

Autant de procédures qui repoussent encore un peu plus le moment où Donald Trump concèdera éventuellement une défaite.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.