Élection américaine: Trump dénonce une "fraude", mais ces élus républicains n'y croient pas

Jade Toussay
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Chris Christie, ancien gouverneur républicain du New Jersey et conseiller de Donald Trump, a lui-même estimé que le président "jetait de l'huile sur le feu" sans apporter de preuves tangibles. (Photo: zz/Dennis Van Tine/STAR MAX/IPx)
Chris Christie, ancien gouverneur républicain du New Jersey et conseiller de Donald Trump, a lui-même estimé que le président "jetait de l'huile sur le feu" sans apporter de preuves tangibles. (Photo: zz/Dennis Van Tine/STAR MAX/IPx)

ÉLECTIONS AMÉRICAINES - Même parti, opinions divergentes. En évoquant une “victoire volée” et des “fraudes” lors du comptage des voix jeudi 5 novembre, Donald Trump s’est de nouveau mis à dos plusieurs des membres de son propre parti.

C’est peu dire que Donald Trump ne fait pas l’unanimité chez les républicains. Son mandat entier a été marqué par des scissions, au point que certains ont même créé une organisation dont l’unique but était de le battre lors de l’élection présidentielle.

Mais alors que le vainqueur se fait toujours attendre, les accusations de “fraude” du président sortant ont de nouveau fait tiquer plusieurs membres du parti, pour la plupart identifiés comme des opposants. Plus d’une dizaine d’élus ont ainsi accusé Donald Trump de saper les fondements de la démocratie américaine en exigeant l’arrêt du dépouillement.

“Compter tous les bulletins est le fondement même de notre démocratie”, a ainsi tweeté le sénateur Mitt Romney. “Ce processus est souvent compliqué et, pour les candidats dans la course, frustrant. S’il y a des fraudes supposées, elles donneront lieu à une enquête et seront résolues devant les tribunaux. Ayez confiance en notre démocratie, notre Constitution et dans le peuple américain”, a réclamé l’ancien rival de Barack Obama (en 2012) sans citer Donald Trump.

Quelques heures plus tard, il a osé un message encore plus explicite, affirmant que “le président est dans son droit quand il demande un recomptage” des votes, mais “il a tort de dire que l’élection a été truquée”.

Mais d’autres élus ont été plus directs. Comme Mitt Romney, ils ne s’opposent pas à une action en justice sur le principe, mais ils ont unanimement reproché au président d’avancer de façon catégorique des affirmations... sans aucune preuve.

“Nous voulons que tous les votes soient pris en compte, oui tous les votes légaux, évidemment. Mais, si vous avez des doutes sur de possibles fraudes, présentez DES PREUVES et allez devant les tribunaux. ARRÊTEZ de propager de fausses informations... Cela devient insensé”, a réagi le représentant de l’Illinois Adam Kinzinger tandis que l’ancien gouverneur de l’Arizona (État républicain qui aurait basculé démocrate lors de cette élection, selon les résultats partiels), affirmait “qu’aucun républicain ne devrait être d’accord” avec la déclaration “inacceptable” de Donald Trump jeudi soir.

John Bolton, ancien conseiller à la sécurité du président, a lui aussi déploré la tournure que prenaient les choses, y voyant une crise à venir au sein du parti: “Nous les républicains sommes confrontés à un test de personnalité. Tous les candidats ont le droit d’exercer des recours électoraux s’ils apportent des preuves pour conforter leurs dires. Ils ne doivent en aucun cas mentir”, a-t-il taclé, avant de se fendre d’une remarque particulièrement visée et acerbe.

“Le premier président républicain était surnommé Abe L’honnête pour une raison”, assène-t-il, en référence à Abraham Lincoln, l’une des références fétiches de Donald Trump.

Ménager la chèvre et le chou pour les ténors républicains

Même du côté des proches du président, une voix dissonante s’est fait entendre en la personne de Chris Christie, ancien gouverneur du New Jersey et proche conseiller de Donald Trump: “Nous n’avons pour l’instant vu aucune preuve. Ce genre de choses ne fait que jeter de l’huile sur le feu sans informer. Et nous ne pouvons pas permettre un embrasement sans information”, a lâché Chris Christie, sans nommer le président.

La décision de Donald Trump de finir l’élection devant les tribunaux est contestée au point que ce vendredi soir, elle aurait donné lieu à des tensions au sein de la Maison Blanche où se trouve Donald Trump. Selon CNN, la majorité de l’entourage du président l’encouragerait à renoncer aux poursuites, contredite par un petit nombre.

De là à ce que tout le parti lâche le président sortant, la marge est encore très grande. Le cercle restreint du président, parmi lesquels des ténors comme Lindsey Graham, Kevin McCarthy (président de la minorité républicaine à la Chambre des représentant) ou encore Ted Cruz ont endossé les accusations de Donald Trump, sous-entendant à leur tour que des fraudes avaient eu lieu.

“Je peux vous dire que le président est en colère et je suis en colère, et les électeurs devraient être en colère”, a déclaré Ted Cruz au présentateur Sean Hannity, dont l’émission sur Fox News est l’une des préférées du milliardaire.

Mais comme le soulignent de nombreux médias américains, plusieurs autres élus républicains ont préféré garder le silence, déclinant les invitations à réagir après son discours controversé de jeudi, d’ailleurs censuré par plusieurs chaînes d’informations.

Ainsi, après avoir refusé de s’exprimer en plateau, le président de la majorité républicain au Sénat Mitch McConnell s’est fendu ce vendredi d’un tweet sibyllin.

Il y reprend la rhétorique de Donald Trump sur “les bulletins en règle légaux qui doivent être comptés” et pas “les bulletins illégaux” mais il appelle également “toutes les parties à respecter le processus”. “Les tribunaux sont là pour faire appliquer les lois et résoudre les litiges”, a-t-il écrit. Il n’admet donc pas qu’il y a eu des fraudes.

De même, le sénateur Marco Rubio, rival de Trump aux primaires de 2016 mais devenu adhérent du trumpisme comme quasiment tout son parti depuis quatre ans, ne critique pas directement le président, préférant rappeler une série de principes démocratiques.

Une stratégie comme une autre pour éviter de s’attirer les foudres d’un Donald Trump, qui, même s’il n’est pas réélu, pourrait conserver de l’influence chez les électeurs républicains, comme en témoigne son score loin d’être négligeable au vote populaire.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.