Ehpad: Orpea tente de convaincre ses actionnaires qu'il a tiré les leçons de la crise

Cadres débarqués, mesures correctrices, nouveaux administrateurs: secoué depuis janvier par un scandale mettant en cause ses pratiques, le groupe de maisons de retraite Orpea a tenté jeudi de convaincre ses actionnaires qu'il avait tiré les leçons de cette crise.

Les actionnaires d'Orpea se sont réunis en assemblée générale à Paris pour la première fois depuis la publication du livre-choc "Les Fossoyeurs" qui a sérieusement écorné le modèle, les pratiques et l'image d'un groupe présent dans 23 pays et qui gère plus de 350 établissements pour personnes âgées dépendantes en France.

Si le scandale n'a pas empêché Orpea de réaliser un chiffre d'affaires flatteur de 2,3 milliards d'euros au premier semestre, en hausse de 11,7% par rapport à la même période en 2021, le groupe espère tourner la page de la crise après cette AG qui s'est déroulée dans le calme. Signe d'un retour à l'ordinaire, la vente d'ici la fin de l'année de 32 maisons de retraite au Pays-Bas pour 125 millions d'euros a été annoncée en fin de journée par communiqué.

Dans la matinée, le président du conseil d'administration, Philippe Charrier, a assuré devant une salle à moitié pleine que le groupe allait "repartir de l'avant", "en corrigeant" ce qui devait l'être. Création d'un "dispositif de médiation", d'un "comité d'éthique" en France, "refonte des instances de représentation du personnel" : de premières mesures correctrices ont déjà été mises en place, a-t-il assuré.

"Nous avons obtenu des informations encourageantes" sur les priorités du groupe, a commenté auprès de l'AFP Louise Schreiber, responsable de la recherche développement durable pour les actifs cotés du fonds d'investissement Mirova, actionnaire d'Orpea.

– "Intraitable" –

La reconstruction d'Orpea se fera sous l'impulsion de son nouveau directeur général, Laurent Guillot. Arrivé le 1er juillet, il rejoindra un conseil d'administration profondément renouvelé.

Outre sa nomination, les actionnaires ont approuvé à plus de 99% celle de l'ancien PDG de la SNCF Guillaume Pepy, qui prendra la présidence du conseil d'administration. "Je serai transparent et je serai intraitable sur les questions éthiques et humaines", a-t-il assuré dans une vidéo diffusée pendant l'assemblée.

Les actionnaires ont également voté à plus de 99% en faveur des nominations de trois autres nouveaux administrateurs : Isabelle Calvez, directrice des ressources humaines du Groupe Veolia, John Glen, président du conseil d'administration de Bic jusqu'en mai, et David Hale, directeur général de Guerbet.

Dans un discours, M. Guillot a salué le "profond renouvellement" du conseil et remercié les "personnalités expérimentées et réputées" qui ont accepté de le rejoindre pour "participer à la refondation" de l'entreprise.

Pour l'Unsa-Sams (Syndicat autonome métiers de la santé), ce renouvellement est toutefois "insuffisant". Dans un tract distribué par quelques militants avant l'assemblée, le syndicat demande "un complet renouvellement des instances et une représentation forte des salariés".

L'union fédérale de la santé privée CGT voit dans ce renouvellement un "simple cache-misère". "Rien n'a changé dans les établissements", déplore-t-elle en réclamant la mise sous tutelle du groupe.

– Pas d'indemnités de départ –

Les actionnaires étaient invités également à se prononcer sur la rémunération des dirigeants du groupe.

Ils ont rejeté à 99,6% la rémunération variable de 563.666 euros pour l'année 2021 de l'ancien directeur général Yves Le Masne, comme l'avait recommandé le conseil d'administration.

Ce type de recommandation s'observe "de plus en plus dans les sociétés qui rencontrent des difficultés notoires", a relevé auprès de l'AFP Lionel Lesur, avocat associé au cabinet Franklin. Elle paraissait "indispensable" dans le cadre de "l'exercice de contrition qu'Orpea devait faire".

Yves Le Masne avait été limogé fin janvier après les révélations "Des Fossoyeurs".

Par la suite, la justice a ouvert une enquête: Orpea est soupçonné de maltraitance institutionnelle et d'infractions financières.

Les actionnaires ont approuvé la politique de rémunération de M. Le Masne au titre de 2022 qui ne prévoit ni variable, ni indemnités de départ.

"Toutes les personnes qui ont commis des malversations ont quitté notre société pour faute lourde sans aucune forme d'indemnisation", a précisé M. Charrier. Cette mesure a été appliquée à douze dirigeants du siège.

Les actionnaires ont également approuvé la rémunération exceptionnelle sous forme d'actions de M. Charrier, qui a assuré la direction générale d'Orpea après le scandale et jusqu'à l'arrivée de M. Guillot. Elle avait été proposée par le conseil d'administration pour "récompenser" sa "mobilisation exceptionnelle".

vac/gbh/lum

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