Dans les Ehpad, l’État ne lutte pas assez contre la maltraitance pour la Défenseure des droits

Retirement home residents sit at the lunch table in a public EHPAD (Establishment for the Housing of Elderly Dependant People) of Saint-Sulpice-La-Pointe, southwestern France on January 4, 2023. - This public EHPAD strives to provide good service at an affordable rate but risks having to close beds despite an enrollment waiting list, due to cost of living increases, particularly for energy. (Photo by Charly TRIBALLEAU / AFP)
CHARLY TRIBALLEAU / AFP Retirement home residents sit at the lunch table in a public EHPAD (Establishment for the Housing of Elderly Dependant People) of Saint-Sulpice-La-Pointe, southwestern France on January 4, 2023. - This public EHPAD strives to provide good service at an affordable rate but risks having to close beds despite an enrollment waiting list, due to cost of living increases, particularly for energy. (Photo by Charly TRIBALLEAU / AFP)

SANTÉ - Les signalements pour « maltraitance » et « atteinte aux droits » sont en hausse dans les Ehpad, dénonce ce dimanche 15 janvier la Défenseure des Droits. À la veille de la remise d’un rapport de suivi sur ces établissements de santé, c’est une preuve selon que la réponse des pouvoirs publics face à la situation dans ces maisons de repos n’est « pas à la hauteur ».

« Nous constatons toujours des atteintes aux droits des résidents en Ehpad (...). La réponse des pouvoirs publics n’est pas à la hauteur des atteintes dénoncées, ni de l’urgence », estime Claire Hédon dans un entretien au Journal du dimanche (JDD). Lundi 16 janvier, elle doit présenter un rapport de suivi de 64 recommandations émises en mai 2021 pendant la crise du Covid.

« Nous avons constaté une hausse des signalements. Le Défenseur des droits avait instruit plus de 900 réclamations en lien avec les personnes âgées en Ehpad durant les six ans précédant le rapport de 2021. Nous en avons reçu 281 de plus depuis », poursuit la Défenseure des droits.

Trop peu d’améliorations

Le suivi que présentera son rapport a été élaboré à partir des réclamations reçues et des « réponses apportées par les ministères et les organismes publics aux recommandations que nous leur avions adressées », précise Claire Hédon. Il s’agit dans 43 % des cas de « maltraitance », dans 30 % de « limitation de visites » et dans 12 % de « restrictions à la liberté d’aller et venir ». Ces manquements concernent aussi bien le privé que le public, selon elle.

Or « dix-huit mois après le premier rapport, le bilan s’avère extrêmement préoccupant : 9 % de nos préconisations se sont traduites par une action, 55 % ont fait l’objet d’annonces mais peinent à se matérialiser, et 36 % restent sans réponse », déplore-t-elle. La recommandation principale du rapport est de fixer « un ratio minimal d’encadrement », comprenant « au moins huit soignants et animateurs pour dix résidents en Ehpad », car « en France, le rapport est de 6 pour 10, là où les pays du nord sont à 10 ».

« Si on ne progresse pas là-dessus, de fait on est maltraitant. On nous signale encore des alitements forcés de personnes âgées, deux jours par semaine, des résidents, qui faute de moyens humains restent en pyjama toute la journée, détaille Claire Hédon. Ils n’ont parfois droit qu’à une douche tous les 15 jours, dînent à 17 h 30 pour s’adapter aux emplois du temps du personnel. »

Des confinements intempestifs encore trop réguliers

Autre point noir, les confinements intempestifs dans des établissements suite à quelques contaminations. « La vie est revenue à la normale pour l’ensemble de la population, sans restriction liée au Covid » mais « certains établissements reconfinent les résidents, dans leur chambre ou à leur étage » dès qu’ils ont quelques cas positifs, selon elle.

Ils « restreignent les droits de visite, interdisent les sorties, obligent à laisser la porte ouverte des chambres pour surveiller le respect des distances », énumère la Défenseure des droits. Interrogée sur la crise de recrutement des métiers du grand âge, elle estime que si l’on rétablit « un taux d’encadrement normal dans les Ehpad, les aides-soignants reviendront y travailler ».

En janvier 2021, la publication d’un livre enquête sur les conditions de vie en Ehpad, « Les Fossoyeurs », du journaliste Victor Castanet, avait fait imploser Orpea, mastodonte du secteur des maisons de retraite privées. Le livre avait créé une véritable onde de choc au sein du secteur et parmi les services publics. Mais visiblement pas assez pour noter de véritables améliorations un an plus tard, à en croire la Défenseure des droits.

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