Egypte : dix ans plus tard, la révolution laisse un goût amer aux habitants

Dans les champs de canne à sucre de la région de Louxor, en Egypte, c’est la saison des récoltes. Elle dure trois mois, durant lesquels les ouvriers, affairés du lever du jour au coucher du soleil, gagnent à peine de quoi tenir jusqu’au lendemain. Pour tenter de se construire un avenir, beaucoup de jeunes Égyptiens doivent se résoudre à quitter les régions rurales où ils ont grandi. Les deux fils de Martha Abdelmassih, qui vit sur la rive est du Nil, travaillent sur les bords de la mer Rouge dans des stations balnéaires, pendant que son mari est au Koweït. "Pendant longtemps, le gouvernement a donné du travail aux gens, des postes aux fonctionnaires, explique-t-elle. Maintenant, tout ça, c’est fini." Les jeunes désertent les zones rurales La plupart prennent la route de Louxor, du Caire ou d’Alexandrie. Les plus aventureux s’envolent vers les pays du Golfe, reviennent pour se marier et fonder une famille puis repartent durant de longs mois, afin d’envoyer de l’argent à leurs proches. Dans un atelier de poterie, ils ne sont plus que trois, et tous ont largement dépassé la cinquantaine. Quand viendra leur retraite, personne ne pourra prendre la relève. "Avant, on avait tout un groupe de jeunes avec nous, mais la poterie, ça ne rapporte pas assez, témoigne Georguis Youssef. Aujourd’hui, ils sont tous partis loin d’ici." Le Covid n’a pas épargné l’Egypte, où les conséquences économiques sont dramatiques. Le tourisme représentait en effet 10 milliards d’euros de revenus en 2019. Ancien responsable de lingerie dans un hôtel, Ibab Habasheh ne perçoit plus qu’un cinquième de son salaire, soit 50 euros. Selon les statistiques officielles, "un tiers des Egyptiens vivent avec moins d’un euro et demi par jour", indique le journaliste de France Télévisions Dominique Derda.