Dure Estrémadure

Libération.fr

Dans une dictature, où les maîtres étrangers ont asservi les indigènes : entre terre et enfer, le roman de Jesús Carrasco

Mourir c’est retourner à la terre, redevenir poussière, comme on le lit depuis des siècles dans la Génèse. L’homme du potager n’attend pas la mort pour revenir à la terre, il se couche en chien de fusil entre les rangs de tomates, les travées de haricots et les carrés d’aubergines. Eva Holman le découvre là, immobile et mutique, avec sa veste rapiécée, le visage couvert d’anciennes cicatrices. Elle devrait le dénoncer, mais elle ne le fera pas. Le deuxième roman de l’Espagnol Jesús Carrasco, après le très remarqué Intempérie (1), traduit dans une vingtaine de langues, aime les ellipses. Le récit se construit avec minutie à travers les fragments, les souvenirs en lambeaux.

S’il fallait l’inscrire dans un genre, la Terre que nous foulons serait une uchronie. Le territoire dans lequel le roman se déroule est une région précise de l’Estrémadure. Le contexte historique est inventé, ou plutôt extrapolé : après une brève conquête militaire, l’Espagne est annexée par un empire qui semble s’étendre sur une grande partie de l’Europe et du nord de l’Afrique. Les nouveaux maîtres portent des noms germaniques, ils ont imposé leur loi et asservi les populations. Eva Holman a peu de contacts avec ces indigènes. Dans la grande propriété offerte par l’Empire pour services rendus, elle prend soin de son mari Iossif, un ancien haut gradé devenu impotent, tout juste capable de lui lancer des insultes. L’arrivée de Leva, l’homme du potager, va progressivement changer son regard, malgré la quasi-absence de communication orale. Remettre en cause ses certitudes sur le bon droit de l’Empire, ouvrir ses yeux sur les souffrances des vaincus.

Arbres abattus. Deux pôles se partagent le livre. Un Sud ensoleillé, pays d’oliviers et d’amandiers. Et un Nord de neige et de conifères. Dans des camps, des prisonniers réduits en esclavage abattent les arbres jusqu’à ce qu’il n’en (...)

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