Dupont de Ligonnès: son ami estime qu'il a "pallié un manque psychologique par une solution finale terrible"

Justine Chevalier
·3 min de lecture
Bruno de Stabenrath, ami de Xavier Dupont de Ligonnès. - BFMTV
Bruno de Stabenrath, ami de Xavier Dupont de Ligonnès. - BFMTV

Il a voulu raconter l'homme qu'il a connu et les liens qui les unissaient. Bruno de Stabenrath, qui a rencontré Xavier Dupont de Ligonnès au lycée à Versailles en 1977 et avec qui il avait gardé un lien fort, publie L'Ami impossible*. Depuis neuf ans, et la découverte du corps de la femme et des quatre enfants du couple dans leur maison de Nantes, il a cherché à comprendre la trajectoire de son ami d'enfance, qu'il estime toujours en vie.

"J'ai voulu comprendre pourquoi un homme dérape, explique Bruno de Stabenrath sur BFMTV. Je ne voulais pas le résumer à ses crimes. Je n'ai connu que Xavier de Ligonès. Et il y a Xavier Dupont de Ligonnès, c'est un peu ce criminel que tout le monde recherche et que tout accuse. (...) C'est un autre personnage que je ne reconnais plus."

Une dérive qui débute en 2003

Xavier Dupont de Ligonnès et Bruno de Stabenrath, tous deux issus du mileu catholique versaillais, se sont connus sur les bancs du lycée en 1977. "C'était le meilleur des camarades, se souvient-il. Xavier est parfaitement normal, il était parfaitement normal jusqu'à la veille des crimes. Il n'avait pas un comportement de sociopathe ou de psychopathe. C'était un garçon assez équilibré."

En lisant les dizaines et dizaines de lettres écrites par Xavier Dupont de Ligonnès, tout au long de sa vie, ou en s'entretenant avec d'autres amis du père de famille, comme Emmanuel Teneur avec qui ce dernier a dîné la veille de sa disparition, Bruno de Stabenrath date le début de la dérive de son ami à 2003. "Il avait des problèmes de couple, d'argent, comme tous les Français", note-t-il.

"Sa dérive commence en 2003 quand il quitte Pornic pour arriver à Nantes, détaille Bruno de Stabenrath. A partir de 2003, il est en perdition totale. Il va partir en Floride sur l'héritage d'Agnès. Pendant trois mois avec la famille, il va dépenser de l'argent. C'est un piètre homme d'affaires. Tout part à vau-l'eau."

"Solution finale"

De quoi expliquer un passage à l'acte du père de famille? Pour son ami d'enfance, il est possible de trouver des réponses dans les valeurs catholiques de Xavier Dupont de Ligonnès, un homme "en totale désespérance" mais élevé dans "la foi et l'espérance". "Il aurait pu faire une dépression, un burn out, mais dans le mental, dans la psychologie de Xavier, il ne va pas craquer, poursuit Bruno de Stabenrath. Il a pallié ce manque psychologique par une solution finale terrible."

Bruno de Stabenrath estime que Xavier Dupont de Ligonnès est vivant mais surtout coupable. Il évoque notamment la fameuse lettre de ce dernier envoyée à sa famille et à celle de son épouse, après avoir tué sa femme et ses enfants, pour expliquer leur disparition. Il indiquait alors être un agent infiltré de la DEA, l'agence américaine de lutte contre les drogues, et avoir été exfiltré lui et sa famille pour être protégés. Malgré cette culpabilité, Bruno de Stabenrath ouvrirait sa porte si Xavier Dupont de Ligonnès venait sonner chez lui.

"On a besoin de comprendre, de vérité et de justice", conclut-il.

* L'ami impossible, aux éditions Gallimard, 15 octobre 2020

Article original publié sur BFMTV.com