Déchets alimentaires éparpillés dans une forêt française : "Ça aurait pu faire de gros dégâts"

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Des centaines d'emballages plastique de produits alimentaires périmés - de la tapenade, des fruits pourris, des surgelés invendus - ont été découverts par des promeneurs et des cyclistes les 16 et 20 ao[ut dans le Nord, notamment dans une forêt peuplée des cerfs et de sangliers. Les photos et les vidéos des déchets ont suscité de vives réactions et une enquête de police a été ouverte. Le coupable ? Un volontaire d'une association caritative qui récupère des invendus des supermarchés.

Deux promeneurs ont fait la première découverte le 16 août, près de la ville d'Estrun, le long de canaux. Là, la gendarmerie dit avoir ramassé 1 000 boites et emballages.


Photos de dizaines de pots de tapenade, postées sur Faecbook le 16 août.


Vidéo des pots de tapenade déversés le long d'un canal dans le Nord, postée le 16 août.


"Voir autant de tapenade dans le Nord... c'est vraiment étrange"


Contacté par notre rédaction, Clark Didier Vilcot, habitant des environs, raconte comment il a fait sa découverte :

Je faisais une sortie en VTT entre Bouchain et Flesquières et le long des berges de l'Escaut et du canal de Saint-Quentin, j'ai vu ce dépôt de boîtes. C'était de la tapenade d'olive noire, ce qui m'a surpris parce que la tapenade n'est pas une chose que l'on consomme beaucoup dans le Nord. En voir aussi grande quantité est vraiment étrange...Lors des ballades en nature il est fréquent de tomber sur des gravats de chantier (placo, tôle amiante...) mais de la nourriture, ce n'est pas courant.


Another dump site found



Deux jours pus tard et vingt kilomètres plus loin, un membre de l'association Mormal Forêt Agir découvrait lui aussi un tas de produits périmés dans la forêt de Mormal. L'association a alerté de cette découverte sur sa page Facebook. Il y avait une forte similarité avec les produits trouvés près d'Estun, avec un important stock de tapenade notamment. Selon la police, l'équivalent d'un mètre cube et demi était éparpillé au sol. L'association a également remarqué que la plupart des produits provenaient d'ensignes Leclerc et Carrefour.

Photo postée par l'association Mormal Forêt Agir sur sa page Facebook le 18 août. (Crédit : Association Mormal Forêt Agir/Facebook)


Photo montrant la quantité importante de sandwiches de marque distributeur Carrefour. (Source: Association Mormal Forêt Agir/Facebook)


Le président de l'association Mormal Forêt Agir, Benoit Tomsen, a alerté la police et l'enseigne de distribution :

"Carrefour a réagi tout de suite en disant qu'ils allaient mener l'enquête. On leur a donné tout, toutes les photos qu'on avait faites, les codes barres, les numéros de référence, pour pouvoir remonter la trace".



Depuis 2016, les supermarchés français sont tenus de donner leurs invendus alimentaires. Selon l'AFP, Carrefour et Leclerc ont condamné ces actes de pollution et ont entrepris leurs propres enquêtes internes. Carrefour a ajouté qu'il s'engageait à couvrir les couts de l'opération de nettoyage.

La police d'Avesne-sur Helpe a rapidement pu retracer l'origine des produits en s'appuyant sur leurs codes barres. Ces produits, invendus, avaient été donnés à une association caritative de Valenciennes, laquelle les avait reçu trop tard pour les distribuer à ses bénéficiaires avant leur date d'expiration. Elle devait les donner à une ferme pour qu'ils servent de nourriture aux animaux.

Le 21 aout, le coupable s'est finalement présenté à la police. Il s'agit d'un volontaire de l'association caritative, qui devait transporter les produits dans une ferme près de la forêt de Mormal. Il n'a pas été en mesure de contacter le propriétaire de la ferme, et a laissé ses produits dans différents endroits en pleine nature. Il risque jusqu'à 1 500 euros d'amende. Selon La Voix du Nord, l'homme aurait affirmé avoir jeté les produits périmés de lui-même.


"Cela aurait pu faire de gros dégâts"

Benoit Tomsen explique l'impact qu'auraient pu avoir ces produits s'ils n'avaient pas été repérés :

On a perdu beaucoup de biodiversité ces dernières décennies et on a l'impression que ce qu'il nous reste, on y tient. Et on n'imagine pas un instant que quelqu'un va prendre des déchets comme ça, des déchets alimentaires et les jeter dans une forêt. Ce n'est pas une forêt tout à fait normale, c'est une forêt qui abrite encore des grands cerfs, beaucoup de sangliers, des biches, des chevreuils, donc il ne faudrait pas que tous ces animaux tombent sur tous ces plastiques. Les sangliers, avec des centaines de pots de tapenade, ils vont vous exploser les pots pour aller manger la tapenade mais ils vont manger le plastique en même temps. Et un sanglier qui mange du plastique ne va pas être en grande forme pendant très longtemps. Ça aurait pu faire de gros dégâts.


La municipalité d'Avesne-sur-Helpe a nettoyé les déchets sans délai, afin d'éviter tout impact sur la faune et la flore. Mais Benoit Tomsen estime que l'intérêt du public pour cette forêt ne devrait pas se limiter à cet incident :

Dans le cas de ce dossier, ça a remué la presse. Mais le vrai danger écologique est sous les yeux des gens : ce sont les dizaines d'arbres qui tombent tous les jours dans cette forêt, et étonnamment, ça percute moins qu'un mètre cube et demi de déchets qui sont déposés. Il est temps d'arrêter, il faut remettre un peu de biodiversité, et se calmer dans les coupes d'arbres.



Article écrit par Pariesa Young