Droits des travailleurs en Chine: un chercheur arrêté dans le sud du pays

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Un chercheur de l’Université de Hong Kong a été arrêté en Chine. Fang Ran travaillait sur la question sensible des droits des travailleurs. Il a été placé à l’isolement dans le sud du pays. Une détention qui souligne la difficulté à travailler des ONG de protection des ouvriers.

Avec notre correspondant à Pékin, Stéphane Lagarde

Voilà six mois que Fang Ran effectuait des recherches sur les conditions de travail dans les usines de Shenzhen. Arrêté par la police de Nanning dans la province méridionale du Guangxi, ce jeune chercheur de l’Université de Hong Kong âgé de 26 ans serait actuellement en résidence surveillée, affirment ses proches contactés par l’AFP. Ce n’est pas la première fois que la question ouvrière en Chine populaire suscite l’intervention des agents de la sécurité publique.

Étudiants marxistes interpellés

Depuis la loi sur la sécurité nationale , Honk Kong n’est plus un sanctuaire, selon Eric Sautedé, chercheur indépendant basé à Hong Kong et correspondant de l’agence Planet Labor : « Le travail sur le mouvement ouvrier et la question ouvrière en Chine a toujours comporté des risques. Il y a une répression importante et des arrestations à partir de décembre 2015. Il y en a eu d’autres à partir de l’été 2018 et notamment l’affaire de l’usine Jasic à Shenzhen où un pont avait été organisé entre le mouvement ouvrier et les étudiants venus soutenir leurs revendications, ce qui avait inquiété le régime. »

Depuis, de nombreux chercheurs ont jeté l’éponge, ou en tous cas ont préféré prendre de la distance avec ce combat dont le rapport de force est encore devenu plus inégal avec la loi de sûreté imposée par Pékin. « Je connais une personne qui s’est orientée vers les organisations caritatives, poursuit le correspondant de Planet Labor. Après avoir passé une nuit d’interrogatoire au commissariat de police avec son téléphone déverrouillé et visité, elle a arrêté car elle pensait que cela mettait en danger ses correspondants et les gens avec qui elle travaillait. Et puis, devant la pression de plus en plus forte sur le monde de la recherche, une autre de mes connaissances a préféré s’orienter sur des organisations bouddhistes. »

Responsabilité des entreprises au Xinjiang

Tenter de rester zen est difficile, sauf à s’éloigner du terrain et de ses sources. Car aller aux contacts des victimes d’employeurs qui ne respectent pas le droit du travail, c’est parfois se retrouver dans des manifestations ou des occupations d’usines, avec le risque de se faire embarquer au poste suite à une intervention de la sécurité publique.

La question ultrasensible du travail forcé dans la région autonome ouïghoure, à l’ouest de la Chine, a encore renforcé la surveillance des ONG. « C’est d’autant plus compliqué que ces organisations non gouvernementales aident parfois les sociétés d’audit à établir des standards dans les entreprises travaillant pour les grandes marques étrangères au Xinjiang, souligne Eric Sautedé. Il s’agit notamment de vérifier qu’il n’y ait pas un recours au travail forcé sur les chaînes de montage [aux ouïghours internés dans les camps de rééducation, NDLR]. Récemment, l’ONG Verité, basée à Shenzhen, qui travaillait pour ces grandes sociétés d’audit américaines, a été fermée. Ce qui pose la question de savoir si le travail de Responsabilité sociale des entreprises peut toujours être effectué en toute transparence et en toute indépendance en Chine. »

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