"Droit de cuissage", "promotions canapé" à la mairie de Draveil: Georges Tron et Brigitte Gruel de retour aux assises

Ambre Lepoivre
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Brigitte Gruel et Georges Tron sont jugés en appel pour des faits de viols et agressions sexuelles entre 2007 et 2010. - GEOFFROY VAN DER HASSELT et JACQUES DEMARTHON
Brigitte Gruel et Georges Tron sont jugés en appel pour des faits de viols et agressions sexuelles entre 2007 et 2010. - GEOFFROY VAN DER HASSELT et JACQUES DEMARTHON

Le "climat hyper sexualisé" à la mairie de Draveil va, à nouveau, occuper les débats à la cour d’assises de Paris. Georges Tron et Brigitte Gruel doivent comparaître à partir de ce mardi pour répondre, en appel, aux accusations de viols et agressions sexuelles formulées par deux anciennes collaboratrices. Mais, à peine ouverte, l'audience pourrait être renvoyée car l'ancien Secrétaire d'État a été déclaré cas contact lundi.

Un aléa qui ne change cependant rien aux faits: Eva Loubrieu et Virginie Faux reprochent à l’édile de Draveil (Essonne), ainsi qu’à son ex-adjointe, d’avoir abusé de leur position pour obtenir des faveurs sexuelles de leur part entre 2007 et 2010. Face aux enquêteurs en 2011, Eva Loubrieu dépeint une "sorte de rituel" débutant par des séances de réflexologie plantaire et aboutissant systématiquement à des attouchements et des pénétrations digitales non consentis.

"Rituel" et "droit de cuissage"

Virginie Faux rapporte des faits similaires ayant eu lieu dans le bureau du maire, rideaux tirés, porte fermée à clé, et au domicile de Brigitte Gruel. Elle dénonce un "droit de cuissage" dans lequel elle s’est sentie emprisonnée, tétanisée par la peur de perdre son emploi si elle ne cédait pas aux avances du binôme.

Ce comportement de Georges Tron semble connu de tous à la mairie, d’après les auditions menées lors de l’enquête ouverte il y a dix ans. Outre les multiples relations intimes entretenues par l’ex-secrétaire d’État, Brigitte Gruel et d’autres femmes de la mairie, nombreuses sont les employées de l’hôtel de Ville qui témoignent avoir été soumises à des "promotions canapé".

"Si tu veux être directrice, il va falloir être bien gentille ma petite", raconte l’une d’elles après avoir repoussé la main du maire - toujours en poste - posée sur sa cuisse.

Une autre déclare, au cours d’une conversation téléphonique enregistrée, qu’il lui a encore "proposé un plan à trois (...) Il n’est pas guéri (...) Si l’affaire est classée il recommencera puissance 10".

Mensonges et incohérences

Après un premier classement sans suite, l’affaire est finalement renvoyée devant les juges en 2018. Mais plusieurs failles dans le dossier d’accusation ternissent les dires des plaignantes. En effet, l’un des viols dénoncés par Virginie Faux aurait eu lieu le 12 novembre 2009, à l’issue d’un repas à la mairie de Draveil. Or, les vérifications des emplois du temps démontrent une incohérence, le déjeuner ayant eu lieu le 19 novembre.

Celle-ci a par ailleurs menti au sujet d’un cancer de l’utérus dont elle disait souffrir. Mais, selon elle, il s’agissait d’une invention pour se protéger des agressions commises par le duo. Quant à Eva Loubrieu, des SMS "tendres" et "suggestifs" envoyés à Georges Tron lui sont opposés.

"Je vous embrasse et plus…", "Appelez-moi si vous éprouvez la moindre envie", "Je vous suis entièrement disponible", lui écrivait-elle.

Des mots qui remettent en cause la contrainte qu’elle dénonce au moment des faits reprochés. Pour elle, au contraire, il s’agit de l’expression de sa soumission pour conserver son emploi.

Acquittement en 2018

Pas convaincu par leur défense, l'avocat général avait, au premier procès, requis six ans de prison ferme contre Georges Tron et quatre contre Brigitte Gruel, finalement acquittés au motif que la contrainte - qui caractérise le viol et l'agression sexuelle dans le code pénal - n’était pas démontrée.

"En première instance, la cour d’assises a reconnu la réalité des faits dénoncés. Cette fois-ci, on va tout faire pour obtenir la reconnaissance de la contrainte", explique à BFMTV.com Me Loïc Guérin, avocat d’Eva Loubrieu, qui estime qu’elle "mène le combat avec beaucoup de courage".

Et de poursuivre: "Il faut sortir de la définition basique de la contrainte. Elle n’est pas caractérisée uniquement quand un inconnu vous saute dessus et a recours à la force physique."

Vengeance ou complot?

Cette affaire, qui a éclaté dans le sillage de celle du Sofitel de New York impliquant Dominique Strauss-Kahn en mai 2011, a poussé Georges Tron à démissionner du secrétariat d'État à la Fonction publique dans le gouvernement Fillon. Il a néanmoins toujours nié les faits, arguant d’un complot politique.

De la même manière, Brigitte Gruel continue de tout rejeter en bloc. Elle affirme, lors de ses auditions, que les plaignantes ont voulu se venger d’elle car elle avait remarqué que "Virginie Faux ne travaillait pas et qu’Eva Loubrieu avait détourné des fonds". Cette dernière, âgée de 63 ans, "entend réaffirmer à la barre de la cour d'assises son innocence et défendra son honneur", indique à l'AFP son avocat, Me Frank Natali. Le procès doit se tenir jusqu'au 12 février.

Article original publié sur BFMTV.com