Dries Van Noten fait ses adieux aux podiums et au monde de la mode

Le styliste belge Dries Van Noten salue le public après un défilé à Paris, le 28 février 2024 (JULIEN DE ROSA)
Le styliste belge Dries Van Noten salue le public après un défilé à Paris, le 28 février 2024 (JULIEN DE ROSA)

"Je ne réalise pas encore. Je suis juste heureux": la 150e et dernière collection du couturier belge Dries Van Noten, qui a décidé de prendre sa retraite à 66 ans, a été présentée samedi lors d'une émouvante "célébration" réunissant le monde de la mode.

Des centaines de personnes ont été invités dans un hangar de La Courneuve, en Seine Saint-Denis, pour ce défilé, organisé sur un podium de béton recouvert d'un gigantesque tapis de confettis argentés, volant au gré des pas des mannequins.

"Oui j'avais des choses à prouver, je voulais terminer sur une lancée", a déclaré le couturier adoré du monde de la mode, dans les premières minutes qui ont suivi la standing ovation.

Toutes les signatures du styliste anversois, aussi appelé le "maitre flamand", sont présentes dans cette collection pour homme, mais également portée par des femmes: du costume impeccablement coupé, de l'audace de matière, une évidence des associations et un univers poétique.

La transparence, des vêtements de pluie comme une seconde peau beige habilllent des shorts de costume. Des tops en organza et des silhouettes semblent flotter.

Le dernier modèle présenté, la conclusion de 38 ans dans la mode, est une silhouette d'homme entièrement dorée, avec un long manteau noir, jusqu'au pied. Comme un noir de fin, comme au cinéma.

Le nom de la collection est "pas de début, pas de fin".

A la presse, quelques minutes après le défilé, le couturier belge annonce qu'il compte prendre une semaine de vacances et se mettre "à préparer la suite".

Rares sont les créateurs à prendre leur retraite à 66 ans, en pleine forme et avec une entreprise en bonne santé.

"Je sens qu'il est temps de laisser la place à une nouvelle génération de talents pour apporter leur vision à la griffe", avait écrit Dries Van Noten au printemps.

- Rôle de conseiller -

Une décision difficile d'autant plus que la marque portant son nom - vêtements, accessoires, parfums - continuera à vivre sans lui, même s'il pense garder un rôle de conseiller pour le secteur beauté ou le design des boutiques.

"C'est un moment très émouvant, une page d'histoire, le début de la fin d'une icône", affirme Jakub Szczepaniak, acheteur pour le magasin Aera+001 à Toronto.

Le créateur Alexandre Mattiussi (Ami) a rendu hommage à "un maître de la couleur, de la matière. Et surtout "quelqu'un qui semble avoir trouvé un équilibre parfait dans sa vie de créateur et sa vie personnelle, avec son jardin où on l'imagine en train de cueillir et de jardiner".

Pour la journaliste Sophie Fontanel, "Dries part parce qu'il n'aime pas vraiment ce que c'est devenu la mode. (...) Il a vu le Met Ball (le gala new-yorkais), ces filles qu'on doit porter pour monter des marches. Ce n'est plus son monde".

Le créateur a fait de la discrétion une des marques de fabrique. Avec pour conséquence de ne pas être connu au-delà d'un cercle d'admirateurs.

"C'est comme cela que ça doit être. Tout n'est pas pour tout le monde, sinon vous êtes une marque comme Nike", estime Jakub Szczepaniak.

Les prochaines collections seront réalisées par l'équipe de son studio avec laquelle il travaille depuis des années.

Seule condition posée avant sa mise en retrait: que le groupe reste à Anvers, où il vit. Le groupe Puig, qui a pris une participation majoritaire dans la griffe en 2018, a donné son accord.

Installé depuis les années 1980, Dries Van Noten a présenté sa première collection à Londres en 1986, avec le groupe des "Six d'Anvers" (Dirk Bikkembergs, Ann Demeulemeester, Dirk Van Saene, Walter Van Beirendonck et Marina Yee), aujourd'hui encore synonyme d'avant-garde.

Fils et petit-fils de tailleurs, il a ouvert sa première boutique en 1989 dans la capitale mondiale du diamant. La griffe s'appuie désormais sur 500 points de vente à travers le monde.

dar/may/or