Dr Jill Biden, première professeure des États-Unis

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Enseignante d'anglais passionnée, la future Première dame Jill Biden, épouse de Joe Biden, a déjà prévu de continuer à faire cours et d'œuvrer en faveur de l'éducation. Un style à l'opposé de l'actuelle First Lady, Melania Trump.

Il suffit de voir l'énergie et d'entendre le discours optimiste de Jill Biden lors des meetings de campagne pour la présidentielle américaine pour comprendre que celle qui fera son entrée à la Maison Blanche le 20 janvier prochain ne marchera pas sur les pas de l'actuelle Première Dame, Melania Trump. Durant ces longs mois, l'une a été omniprésente, l'autre a brillé par son absence.

En février et mars, Jill Biden a marqué les esprits en n'hésitant pas à jouer la garde du corps pour son mari, Joe Biden. Au cours de deux meetings, la sexagénaire à la fine silhouette s'est interposée devant deux activistes un peu trop envahissants, avant même l'intervention des services de sécurité.

À l'époque, son courage et sa bienveillance avaient vivement fait réagir les réseaux sociaux, qui voyaient déjà en elle l'anti-Melania. Pendant ce temps, l'actuelle First Lady refusait, elle, de tenir la main de Donald Trump en public ou de l'embrasser.

"Pas un trophée posé sur une étagère"

La différence de style entre les deux femmes est aussi observée par les critiques de mode. "À travers ses tenues, Melania Trump a laissé les plus brillants créateurs s'exprimer, souvent bien plus qu'elle", relève le New York Times. Rien à voir avec le look de Jill Biden qui, selon Vanessa Friedman, du Times, "n'utilisera pas la mode comme un bouclier contre le monde. Elle ne se ceindra pas de glamour et ne s'armera pas de marques européennes dorées. Elle n'est certainement pas un trophée posé sur une étagère".

En effet, la future hôtesse de la Maison Blanche a prévenu : elle sera une Première dame militante, attachée à la promotion de l'éducation et de la santé, sans toutefois participer aux réunions du cabinet. Mais cela restera à prouver. "Elle est une sorte de conseillère en chef", a récemment confié Ted Kaufman, un proche de Joe Biden qui a pris les commandes de l'équipe de transition. C'est elle qui l'aurait convaincu de nommer Kamala Harris au poste de colistière.

"Un vrai rôle de Première dame"

Enseignante passionnée, elle a également prévu de continuer à exercer en tant que professeur d'anglais au Delaware Technical and Community College (université de proximité qui propose des formations en deux ans), où elle travaille depuis 15 ans. "Pour les enseignants américains, c'est un super jour pour vous tous : vous allez en avoir une à la Maison Blanche, et Jill va faire une grande Première dame, je suis si fier d'elle", a déclaré Joe Biden, le soir de sa victoire à la présidentielle.

Le futur 46e président des États-Unis, qui se définit lui-même comme "le mari de Jill", a toujours admiré ses multiples diplômes. Le Dr Biden est titulaire d'une licence, de deux maîtrises et d'un doctorat en éducation de l'Université du Delaware. "Enseigner n'est pas seulement ce qu'elle fait, c'est vraiment ce qu'elle est", a-t-il également déclaré samedi soir.

Celle qui court cinq fois par semaine s'apprête à devenir la première Première dame à poursuivre sa carrière professionnelle – seule Hillary Clinton avait exercé son mandat de sénatrice à la fin de la présidence de son mari Bill. "Elle apportera un vrai rôle de première dame du XXIe siècle", a commenté l'historienne Katherine Jellison, professeur à l'université de l'Ohio, notant qu'aucune "FLOTUS" n'a été jusqu'à présent "autorisée" à mener une vie professionnelle et une vie de famille, comme le font la plupart des femmes américaines aujourd'hui.

"Elle m'a redonné la vie"

Par le passé, Jill Tracy Jacobs Biden s'est longtemps tenue loin des projecteurs. Elle est l'aînée de quatre filles et a grandi à Willow Grove, une banlieue de Philadelphie, en Pennsylvanie. Son père était un employé de banque, devenu président d'une caisse d'épargne et de crédit ; sa mère restait à la maison pour les élever ses enfants. À 15 ans, Jill Biden commence à travailler. "Je voulais mon propre argent, ma propre identité, ma propre carrière", affirmait-elle l'année dernière.

En 1975, Jill rencontre Joe Biden, alors jeune sénateur du Delaware qui a perdu sa première femme et sa fille d'un an dans un accident de voiture deux ans plus tôt. Ce sont les deux fils survivants, Beau et Hunter, encore petits, qui suggèrent à leur père d'épouser Jill, affirme Joe Biden dans ses mémoires. "Elle m'a redonné la vie", a-t-il également écrit.

À l'époque, Joe Biden retourne chaque soir à son domicile de Wilmington, dans le Delaware, en prenant le train depuis Washington. Jill, qui a interrompu sa carrière pour élever leur fille, Ashley, née en 1981, et les deux garçons, ne s'intéresse alors guère à la vie politique.

Le déclic a lieu en 2004, avec la réélection de George W. Bush. Bouleversée, le Dr Biden encourage alors son mari à briguer la présidence quatre ans plus tard. Elle fait alors le choix de s'engager publiquement pour le soutenir. Candidat malheureux à la primaire démocrate, il devient finalement le vice-président de Barack Obama (2009-2017).

Discrète

Durant ses huit années en tant que Seconde Dame, Jill Biden se lie d'amitié avec Michelle Obama. Ensemble, elles œuvrent sur le projet Joining Forces, destiné à soutenir les familles de militaires. En parallèle, elle continue à enseigner dans son collège communautaire. Et, pour être la plus discrète possible, le "Dr B." demande aux membres des services secrets qui l'accompagnent de s'habiller comme des étudiants et de porter des ordinateurs portables.

Lors de ses apparitions, elle s'attache à montrer une image plus intime de son époux. Elle raconte notamment comment Joe Biden a trouvé la force de reprendre ses activités à la Maison Blanche, quelques jours seulement après la mort de son fils Beau, décédé d'un cancer du cerveau en 2015. "Il a appris à guérir une famille, et de la même façon, on guérit un pays : avec amour, compréhension, des petits gestes de gentillesse, du courage et un espoir inébranlable", explique-t-elle durant la campagne, faisant écho aux différentes crises qui touchent les États-Unis.

Elle n'hésite pas non plus à dénoncer des "calomnies" quand elle commente les accusations récentes de corruption portées par le camp Trump contre son époux Joe et son fils Hunter, cadet à problèmes qui a fait des affaires en Chine et en Ukraine.

Elle reste toutefois mutique face à l'accusation de viol dans les années 1990 faite par une femme, Tara Reade – accusation que Joe Biden a catégoriquement niée. Un silence qu'elle partage avec Melania Trump.