Douze jours après s'être enfermée dans une grotte, l'équipe de la Mission Deep Time a perdu la notion du temps

Ambre Lepoivre
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L'entrée de la grotte choisie pour la Mission Deep Time, dans l'Ariège.  - GEORGES GOBET
L'entrée de la grotte choisie pour la Mission Deep Time, dans l'Ariège. - GEORGES GOBET

Une expérience "fabuleuse" mais "très compliquée à vivre". Ils sont joaillier, médecin anesthésiste, agent de sécurité ou encore cordiste et doivent vivre en vase clos pendant 40 jours dans une grotte de l'Ariège, sans lumière ni notion du temps, pour compléter la Mission Deep Time. Douze jours après s'être immergés à plusieurs centaines de mètres sous terre, les "deeptimers" font un premier état des lieux de cette épreuve hors du temps.

"Voilà neuf cycles [un cycle correspond à une période d'éveil et une période de sommeil, ndlr] selon moi que nous sommes entrés dans la grotte de Lombrives. Les débuts se sont bien déroulés. Nous y avons trouvé notre 'lieu de vie' (...) avec une cuisine, un coin repas, de la nourriture et les équipements nécessaires à notre vie sous terre", écrit le chef d'expédition, Christian Clot, le 23 mars dans une lettre qu'il a déposée dans un sas et qu'une équipe - qui les suit depuis l'extérieur - a pu récupérer.

Perte de repères

Ensevelis à plus de 800 mètres sous la surface de la Terre, ces huit hommes et sept femmes - tous bénévoles, à l'exception du chef d'expédition - ont pour objectif d'étudier les capacités d'adaptation de l'être humain à la perte de repères spatio-temporels, une question notamment soulevée avec la crise sanitaire et les confinements.

Près de deux semaines après le début de l'expérience, les heures semblent avoir déjà suspendu leur cours pour les "deeptimers". L'équipe a d'abord tenté de vivre sur le même rythme mais "très rapidement, les premiers décalages sont apparus (...) Si je suis à mon 9è cycle veille/sommeil, d'autres en sont à leur 10è, 7è ou 8è".

"Nous ne savons pas si nous sommes éveillés 15 heures, 20 heures ou plus mais nous n'avons clairement pas les mêmes timings biologiques ou mentaux", décrit le chef d'expédition.

"Des conditions insidieuses"

Avec un tel hiatus, difficile d'organiser la vie en collectivité. Au gré de ces tempos individuels, les premières tensions apparaissent, amplifiées par un foisonnement d'éléments perturbateurs. L'équipe se retrouve en effet confrontée à l'incomfort des faibles températures, qui "oscillent entre 10,2°C et 10,7°C et à 100% d’humidité. Des conditions insidieuses, non extrêmes, mais difficiles à vivre au quotidien".

Les discordes sont cependant "vite apaisées", rassure Christian Clot, qui se demande si les "deeptimers" parviendront un jour à "trouver une synchronisation collective".

Plus encore: réussiront-ils à vivre "dans ces conditions, sans heure, sans soleil, dans ce froid humide, les 40 jours prévus, et sans heurts majeurs entre nous?"

Les volontaires ont déjà effectué un quart de leur mission, mais la route est encore longue avant de rejoindre la surface et la civilisation - qui se reconfine elle aussi, petit à petit.

Article original publié sur BFMTV.com