Procès Heaulme: Patrick Dils revit un nouveau procès

Camille BOUISSOU
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Dessin de presse montrant Francis Heaulme derrière ses avocats, à Metz le 25 avril 2017

Metz (AFP) - Le procès de Francis Heaulme pour le meurtre de deux garçons commis en 1986 près de Metz a tourné mercredi au procès de Patrick Dils, pourtant acquitté depuis 15 ans dans cette affaire.

Patrick Dils, 46 ans, avait été le premier condamné pour les meurtres de Cyril Beining et Alexandre Beckrich, 8 ans, tués à coups de pierres le 28 septembre 1986 sur un talus SNCF de Montigny-lès-Metz. Il a été acquitté en 2002 après 15 années de détention.

Quinze ans plus tard, interrogé en visio-conférence depuis Bordeaux pendant plus de trois heures, il a à nouveau dû faire face au feu roulant des questions des avocats des parties civiles et de la défense de Françis Heaulme.

"C'est la première fois depuis votre acquittement, une chose définitivement acquise, que vous pouvez être interrogé en qualité de témoin", a souligné Me Patrice Buisson, avocat du père de Cyril.

Une chose définitivement acquise mais que six avocats ont, tour à tour, implicitement questionnée: les parties civiles, dont certaines restent convaincues de la culpabilité de Dils, et la défense, qui a commencé ainsi à semer le doute sur la culpabilité de Francis Heaulme.

Arrêté en avril 1987, l'adolescent avait pendant sa garde à vue avoué les meurtres, avec force détails, avant de se rétracter.

Condamné en 1989 à la prison à perpétuité, il a fini par être acquitté en 2002, après 3 procès et 15 années en prison.

- 4e "procès Dils" -

"Est-ce que vous pouvez comprendre que ces aveux ont laissé des traces chez les familles des victimes ? Qu'elles puissent encore avoir des doutes ?", demande Me Dominique Rondu, avocat de la grand-mère d'Alexandre Beckrich.

Avant de lire, lentement, longuement, des passages entiers de ces aveux. Que Patrick Dils explique avoir fait sous la pression des enquêteurs, lui l'adolescent de 16 ans "docile".

"Ce costume de coupable, il a été installé petit à petit par des éléments qui m'ont été plus ou moins suggérés".

Mais avocat après avocat, les précisions des aveux, son dessin de la scène de crime, sont disséqués. "Dans la salle d'interrogatoire, il y avait un plan accroché au mur", explique Dils, patient.

Avant de craquer. "Que voulez-vous ? Vous refaites mon procès ?", finit-il par demander, alors que la salle d'assises s'agite face à ce qui ressemble de plus en plus à un quatrième "procès Dils".

Une heure et quatre avocats plus tard, il soupire de plus en plus. "C'est fou quand même. J'ai vraiment l'impression qu'on est en train de faire mon procès".

Un peu plus tôt, une avocate lui avait lancé: "vous avez fait "perdre" à la justice 15 ans".

"J'ai de la haine aujourd'hui envers les avocats de Francis Heaulme", a déclaré Mme Dils sur RTL après cette journée. "J'ai eu l'impression qu'on le rejugeait", a-t-elle déploré. Mon mari "est un homme qui a assez souffert, et aujourd'hui j'ai l'impression qu'on lui redonne un coup de couteau dans le dos, qu'on remue le couteau dans la plaie".

Pendant tout ce temps Francis Heaulme, calme dans le box des accusés, avait alors comme disparu de la cour d'assises.

L'audition terminée, c'est pourtant à lui de prendre place devant le président. Pantalon noir en velours côtelé, pull bleu marine, il évoque son enfance, sa mère "une sainte", que son père, alcoolique, frappait régulièrement.

C'est quelques mois après la mort de cette femme, en 1984, que le "routard du crime" tue pour la première fois. Il sera arrêté 8 ans plus tard et condamné pour neuf meurtres au total.

Il en raconte certains, mais refuse pour d'autres. "Vous me salissez, vous me salissez", lance-t-il quand on évoque le meurtre de Jean Rémy, en 1992.

Quant aux psychiatres qu'il a beaucoup vus, "eux, ils sont plus fous que moi".

Il a toujours nié avoir tué Cyril et Alexandre. "Montigny c'est pas moi", a-t-il encore répété mardi, à l'ouverture de son procès.

Or, plus de trois décennies après la mort des enfants, "il y a une pression sur les jurés. Parce que si c'est pas Heaulme, ça ne peut plus être personne", regrette Alexandre Bouthier, l'un de ses avocats.

Le verdict est attendu le 18 mai.

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