Double assassinat de Bastia-Poretta: perpétuité requise contre le "maître d'oeuvre", 25 ans contre la "matonne"

Des membres de la police scientifique près du corps d'Antoine Quilichini tué lors d'une fusillade devant l'aéroport de Bastia, le 5 décembre 2017 en Corse (PASCAL POCHARD-CASABIANCA)
Des membres de la police scientifique près du corps d'Antoine Quilichini tué lors d'une fusillade devant l'aéroport de Bastia, le 5 décembre 2017 en Corse (PASCAL POCHARD-CASABIANCA)

Réclusion criminelle contre le "maître d'oeuvre", 25 ans contre la "matonne" coupable d'avoir décrit une des cibles dans un texto au tueur: de très lourdes peines ont été requises lundi contre les principaux accusés au procès du double assassinat de Bastia-Poretta.

Le 5 décembre 2017, vers 11H20, Jean-Luc Codaccioni et Antoine Quilichini, deux membres du banditisme corse, étaient les cibles de tirs sur le parking de l'aéroport de Bastia. Antoine Quilichini était tué sur le coup. Jean-Luc Codaccioni, détenu de la prison de Borgo de retour d'une permission à Paris, décédait sept jours plus tard.

Sept ans plus tard, aucun des 15 accusés à ce procès fleuve entamé début mai n'a échappé à la sévérité des réquisitions des avocats généraux Christophe Raffin et Yvon Calvet qui ont demandé aux jurés de "répondre oui" aux "68 questions" qui leur seront posées pour juger des faits allant d'assassinats en bande organisée à association de malfaiteurs.

La peine la plus sévère, la réclusion criminelle à perpétuité avec une mesure de sûreté des deux tiers, soit 22 ans, a été requise devant la cour d'assises des Bouches-du-Rhône contre Christophe Guazzelli, présenté comme le "maître d'oeuvre" de ce double meurtre, "l'élément moteur" qui a entraîné son frère pour venger l'assassinat de leur père Francis, en 2009.

Selon l'accusation, son objectif, avec son frère Richard et avec Jacques Mariani, était de venger les morts de leurs pères, fondateurs de la "Brise de Mer", et de "faire renaître" cette bande criminelle historique.

Contre Richard Guazzelli, présenté comme "le chauffeur" le jour des faits, la peine requise est de 30 ans de réclusion criminelle avec une mesure de sûreté des deux tiers. Le parquet a demandé 10 ans de prison contre Jacques Mariani, derrière les barreaux au moment des faits.

Contre Ange-Marie Michelosi, dont le père, membre du banditisme de Corse-du-Sud, a également été assassiné, l'accusation a requis 28 ans de réclusion criminelle. C'est lui qui est accusé d'avoir "démarché" Cathy Châtelain, divorcée Sénéchal, une gardienne de la prison corse de Borgo.

- "Tuer son ennui conjugal" -

Seule accusée à avoir reconnu les faits,  avec son ex-mari, cette quadragénaire avait été vue, arrivant en courant, par les caméras de surveillance de l'aéroport de Bastia, pour embrasser Codaccioni.

Devant les enquêteurs, elle a reconnu avoir participé à ce double assassinat pour mettre du "piquant" à sa vie. Elle a voulu "tuer son ennui conjugal", a résumé l'avocat général.

"C’est la première fois que, dans un dossier de règlement de compte corse, des femmes sont jugées par une cour d’assises", a souligné Yvon Calvet, en évoquant également les épouses des frères Guazzelli.

Contre Christophe Andreani, "un ami essentiel des frères Guazzelli", 28 ans de réclusion criminelle ont été demandés, et "entre 25 et 28 ans" ont été requis contre Abdel-Hafid Bekouche, présenté comme un membre du "quatuor" avec les trois autres. Enfin, contre Jaouad Sebbouba, un pilote d'avion qui a caché la voiture utilisée pour commettre les assassinats et une arme, une peine "pas inférieure à 25 ans de réclusion criminelle" a été requise.

Contre les autres accusés parmi lesquels les compagnes des frères Guazzelli et l'ex-mari de la "matonne", des peines de 15 ans à 5 ans d'emprisonnement dont 4 ans avec sursis ont été requises.

A l'image de ce procès qualifié d'"atypique" par les avocats généraux, car émaillé de refus de comparaître et de récusation des avocats, l'un des accusés, Ange-Marie Michelosi, qui refusait de venir dans le box depuis plusieurs semaines, comme les autres principaux accusés, est subitement apparu lundi à 16H00, en plein réquisitoire, avec une minerve au cou.

Le détenu, victime d'un accident de la route lundi matin dans le convoi pénitentiaire qui l'amenait à son procès, a accusé le président de la cour d'être "un escroc", ce qui a entraîné son expulsion immédiate.

Les plaidoiries de la défense sont prévues mardi et mercredi, le verdict est attendu vendredi.

mc/ol/or