D'où vient le "roucisme", le racisme anti-roux ?

La Journée mondiale des roux a été créée sur Facebook en 2009 pour dénoncer la stigmatisation dont sont victimes les hommes et les femmes aux cheveux roux.

Le 12 janvier, c’est la Journée mondiale des roux. Un événement né sur Facebook pour dénoncer le “roucisme”, le racisme dont sont souvent victimes les hommes et les femmes aux cheveux roux, une discrimination qui dure depuis des siècles.

Comme depuis maintenant 12 ans, le 12 janvier est la Journée mondiale des roux. Un événement créé en 2009 sur Facebook par le Canadien Derek Forgie. Il a décidé de créer cette journée il y a maintenant plus de 11 ans, en réaction à un épisode de la célèbre série télévisée South Park qui avait sorti un épisode intituléKick a Ginger Day”, soit Journée pour tabasser un roux en français.

Du coup, Derek Forgie a décidé de “contrer” la série en créant le “Kiss a Ginger Day”, c’est-à-dire Journée pour embrasser un roux. Même si la série South Park est à prendre au second degré, cet épisode témoigne d’une discrimination dont ont souvent été victimes les personnes aux cheveux roux depuis toujours. Mais pourquoi ces 2% de la population mondiale sont-ils si souvent moqués ?

Depuis que l’humanité existe

Il est impossible de savoir à quand remonte exactement les discriminations envers les roux. Pour Valérie André, auteure de La rousseur infamante : histoire littéraire d'un préjugé, sorti aux éditions de l’académie en poche, et de Réflexions sur la question rousse (ed. Tallandier), elles ont toujours existé : “Elles remontent aux débuts de l’histoire de l’humanité. La rousseur est un phénomène assimilable à une anomalie au sens propre du terme, c’est-à-dire quelque chose de pas dans la norme. Nous ne sommes pas programmés pour être roux”.

La professeure d’histoire de la littérature à l'Université libre de Bruxelles clarifie ses propos par une explication scientifique : “La pigmentation de la peau, des yeux et des cheveux s’élabore pendant la gestation et donc il y a un chromosome, le 16ème, qui est en charge de la détermination des couleurs. Ce pigment, appelé la mélanine, apparaît pendant la grossesse, et au départ, il y a deux types de mélanine : l’eumélanine et la phéomélanine. Cette mélanine va se synthétiser pendant la gestation, ce qui fait que l’on va être brun, blond, châtain aux yeux verts, marrons ou bleus... c’est une question de dosage de synthèse de ce pigment entre l’eumélanine et la phéomélanine. Dans le cas des roux, ils restent ‘bloqués’ à la phéomélanine et il n’y a donc pas les autres pigments”. C’est pour cette raison que les roux ont un teint très pâle, des cheveux roux, des yeux très clairs et des tâches de rousseur.

Un élément responsable de la destruction

Sauf que dans l’antiquité, il n’y avait pas ces explications scientifiques. Alors, quand un enfant naissait roux, on se disait qu’il y avait quelque chose de pas normal sans trop en savoir la raison, comme l’explique l’auteure belge : “Quand on a pas d’explications on cherche dans l’analogie. Que représente cette couleur de cheveux ? Le feu. Un élément responsable de la destruction mais aussi de la vie, qui est dévastateur mais aussi purificateur”.

Une ambivalence est alors née autour de la rousseur qui est donc jugé comme positive et négative, mais c’est surtout le négatif qui a été retenu : “Dans le bassin méditerranéen et même la civilisation judéo-chrétienne, un préjugé négatif va se construire et il va culminer au Moyen-Âge et à la Renaissance”, explique la professeure d’histoire de la littérature. Preuve en est avec les personnages bibliques : “Le Roi David, élu du seigneur, est roux dans la version originale de la Bible. Mais dans notre patrimoine culturel, il n’était pas accepté qu’un personnage roux soit positif, alors il était représenté en tant que blond, avant qu’on ne lui rende sa rousseur au début du XXe siècle”.

Il n’est d’ailleurs pas le seul personnage biblique associé à la couleur de cheveux rousse, preuve en est avec la plupart des Judas qui sont représentés en tant que roux. De plus, jusqu’au début du XXe siècle, on entendait dans plusieurs langues européennes l'expression “roux comme Judas”. C’est également le cas de Marie-Madeleine : alors qu’aucun texte ne mentionne la couleur de ses cheveux, elle est presque systématiquement représentée en tant que femme rousse. Elle est en effet “associée à la prétendue sexualité exacerbée des femmes rousses qui fait partie des préjugés, Marie-Madeleine étant une prostituée repentie”, comme l’explique Valérie André.

Ancré dans les mentalités

Il est légitime de se poser la question pourquoi ces discriminations débutent dès le plus jeune âge dans les cours de récréation, alors que les enfants ignorent totalement ces préjugés. Sans doute parce que l’enfant n’aime pas ce qui est différent. Les roux, les enfants à lunettes ou ceux en surpoids sont ainsi très souvent moqués. “C’est une démarche instinctive de protection par rapport à ce qui n’est pas rassurant (...) Mais la verbalisation de la stigmatisation vient du préjugé des adultes. L’enfant ne va pas dire directement au roux : ‘tu pues’. Il le dira parce qu’il l’a entendu. C’est un phénomène de mode dont les gens se sont imprégnés sans le savoir”, ajoute-t-elle.

Une souffrance réelle

Le fait que les roux n’appartiennent pas à une ethnie est sans doute aussi une raison de cette discrimination, juge Valérie André. Pour elle, c’est pour cette raison que les gens se permettent d’être horribles avec les personnes rousses sans aucun retour, parce qu’ils ne touchent pas au politiquement correct : “De nombreux groupes Facebook anti-roux ont été créés sans jamais être dénoncés comme ils l’auraient été s’ils avaient touché n’importe quelle ethnie. Tout simplement parce que les roux peuvent être blancs, jaunes, noirs ou d’une autre couleur. Et ça, ce n’est pas juste, car il y a une souffrance réelle pour certaines de ces personnes”.

Si la discrimination envers les roux n’est pas encore assez dénoncée malgré le mal qu’elle peut faire, plusieurs événements ont été créés pour mettre en valeur les personnes rousses comme cette Journée mondiale des roux, qui se déroule chaque 12 janvier depuis 2009. Plusieurs festivals des roux existent également comme aux Pays-Bas ou en Suisse.