"Le dossier des oubliées de Moulay", ou "les ratés" d’une instruction pour viols et agressions sexuelles

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Palais de justice (PHOTO D'ILLUSTRATION). - Thomas SAMSON
Palais de justice (PHOTO D'ILLUSTRATION). - Thomas SAMSON

"On est face à un déni de justice que les magistrats essayent de rattraper." Ce lundi devait avoir lieu le procès de Maurice Moulay devant le tribunal correctionnel de Nanterre. Ce psychologue spécialiste de la "psychothérapie corporelle" est poursuivi pour agressions sexuelles entre 2013 et 2015 sur trois patientes. Mais l’audience a été renvoyée au 21 mars 2022 en raison, notamment, de l’absence du prévenu, qui n’a pas été extrait de sa cellule située à Saint-Martin-de-Ré. Un coup dur pour les plaignantes, qui sont ressorties en larmes de la salle.

"C’est horrible, on les fait venir ici, puis rentrer chez elles bredouilles, alors que certaines ont déjà vécu le fiasco des assises", fustige Me Sandie Boudin, l’avocate de l’une des parties civiles.

Car derrière ce renvoi difficile à digérer, se cachent "les ratés" d’une instruction vieille de plusieurs années. Maurice Moulay a été condamné en appel, en 2018, à 15 ans de réclusion criminelle pour des viols sur trois patientes. Problème: il semble que d’autres victimes déclarées n’aient pas été prises en compte dans la procédure. C’est le cas de la cliente de Me Boudin, qui avait pourtant déposé plainte en 2015 contre le psychologue.

"Une situation insensée"

"Ils l’ont fait comparaître en qualité de témoin et non de victime lors du procès devant les assises. C’est une boulette du parquet qui a été absolument horrible pour elle. Vous déposez plainte, on vous oublie, alors on vous fait venir en tant que témoin…", tempête l’avocate, qui a donc demandé au parquet d’instruire à nouveau l’affaire, amenant ainsi à ce nouveau procès, cette fois-ci en correctionnelle.

"Pour moi, c’est le dossier des oubliées de Moulay", lance Me Boudin.

Car sa cliente n’est pas la seule à être passée entre les mailles du filet de la première enquête. Une deuxième femme a dénoncé des faits similaires lors de la nouvelle instruction et une troisième, Lorraine, s’est manifestée d’elle-même auprès du procureur après avoir découvert dans la presse que Maurice Moulay avait été condamné.

"C’est une situation insensée, s’insurge Me Sarah Mauger-Poliak, avocate de la défense. On se retrouve avec une multitude de procès alors que, s’il n’y avait pas eu de tels dysfonctionnements, tout aurait pu être jugé lors d’une seule et même audience. C’est un scandale pour mon client, car la machine judiciaire lui semble interminable", ajoute l’avocate du septuagénaire.

Et de poursuivre: "D’un côté, la justice fait des économies de bouts de ficelle en refusant son extraction aujourd’hui, ce qui nous conduit à un renvoi, de l’autre, elle multiplie les procès à cause d’une instruction mal faite."

"Il m'a discréditée"

Les parties civiles ont bien tenté de convaincre le tribunal de juger le prévenu ce lundi, pour enfin tirer un trait sur cette affaire et ses atermoiements. "Cela fait des années que ça me hante et là, il faut que je rentre chez moi?", a demandé Lorraine, émue, au président de la chambre.

"Aujourd’hui, je vois les gros dysfonctionnements de cette affaire. Je ne comprends pas qu’on s’attache à ces détails d’extraction alors que moi, j’ai rendez-vous pour une échographie parce que depuis qu’il a abusé de moi j’ai sans cesse des saignements [au niveau du sexe, ndlr] que je n’explique pas", souffle-t-elle, interrogée par BFMTV.com.

En 2012, alors qu’elle traverse une crise dans son couple, elle prend rendez-vous avec le psychologue pour tenter d’arranger sa situation maritale. Après une première séance avec son mari, le praticien les convoque séparément. C’est à ce moment-là, dit-elle, qu’il abuse d’elle.

"J’avais confiance en lui. Je n’ai pas réagi tout de suite. J’étais comme hypnotisée."

"Tout est déplorable"

Mais quelques jours plus tard, Lorraine commence à ressentir des douleurs. "J’ai commencé à me poser des questions et j’ai raconté ce qu’il m’avait fait à mon ex-mari, qui a appelé M.Moulay. Mais ce dernier lui a dit que c’était moi qui avais demandé qu’il me fasse ces choses. Il m’a discréditée, alors j’ai tout mis de côté", raconte-t-elle, fébrile.

Quand, en 2017, elle découvre par la presse que le psychologue a été condamné en première instance pour viol, elle prend alors part à la procédure. Elle souhaite désormais faire entendre son histoire "pour aider d’autres patientes de Moulay qui, comme [elle], n’auraient pas été contactées par la police et qui voudraient se manifester".

Me Sarah Mauger-Poliak ne doute pas que son client sera de nouveau confronté à d'autres procès, puisqu’il a encore été mis en examen le 18 mai 2021 pour des viols commis entre 2013 et 2015 sur des patientes. "C’est un scandale, tout est déplorable dans cette affaire."

Article original publié sur BFMTV.com

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