Dans le Donbass entre séquelles du passé et peur du présent

Le ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, a prévenu des dangers « réels » selon lui d'une troisième guerre mondiale suite au conflit Ukrainien. Une menace particulièrement concrète dans l'esprit des habitants du Donbass entre les traces des guerres passées et l'horreur bien concrète de l'actuelle. Reportage à Droujkivka, une ville de l'est ukrainien au cœur de l'étau russe.

Avec nos envoyées spéciales à Droujkivka, Oriane Verdier et Aabla Jounaïdi

À Droujkivka, les plus âgés mélangent parfois les dates et les souvenirs de souffrance. Il suffit de marcher dans l'un des jardins où nous emmène Ihor, pour sentir le passé prendre vie.

Les anciens racontent que les occupants allemands, pendant la Deuxième Guerre mondiale, arrêtaient des gens et les tuaient pour les jeter ensuite dans un charnier qui se trouverait sous nos pieds. Quand l'Ukraine est devenue indépendante, à la chute de l'Union soviétique, la communauté a décidé de construire ce mémorial. Aussi bien pour les victimes des nazis que pour celles de la répression de la période soviétique et de la famine organisée sous Staline. Dans le collège technique qui est ici, des juifs ont été séquestrés par les nazis pendant plusieurs jours, avant d'être eux aussi exécutés. Ce palais de la culture là, a été construit par des prisonniers allemands après la guerre. La ville avait été presque entièrement rasée.

Ce palais abrite depuis deux mois un centre de collecte de nourriture et de vêtements pour les familles fuyant l'invasion russe. La responsable Olexandra Pokhomova craint que Droujkivka soit bientôt à nouveau le théâtre d'horreurs

Chaque jour, nous guettons l'avancée des combats sur la carte et nous voyons que les Russes se rapprochent de nous. Nous recevons aussi des témoignages de personnes qui sont maintenant sous occupation. Ils disent que les Russes sont très agressifs et qu'ils tuent des civils et les gens qui soutiennent l'Ukraine.

Sur le terrain, les forces russes continuent leur offensive sur le Donbass en refermant petit à petit leur emprise depuis le Nord, l'Est et l'Ouest. Les bombardements se sont intensifiés, mais les positions n'avancent que très lentement. Olexandra Pokhomova est conseillère municipale à Droujkivka et elle s'inquiète du nombre d'habitants toujours présents dans la ville.

L'évacuation n'est pas aussi importante que nous le voudrions. C'est le printemps, les gens veulent semer leurs champs et s'occuper de leur jardin. Il y a même des familles qui reviennent. Il y a deux semaines, environ 800 enfants ont quitté la ville avec leurs proches. Pourtant, une semaine plus tard, selon notre recensement, il y avait toujours autant d'enfants qu'avant leur départ. Cela nous inquiète, mais nous comprenons les raisons de ce retour. Certains sont fatigués d'être loin de leur foyer et surtout n'ont plus de quoi louer un logement. Ils ont l'impression que la situation est stable même si c'est faux. La municipalité et le gouvernement continuent d'inciter les gens à évacuer. Il y a toute une coopération avec des ONG. Et nous pouvons aider les gens à aller dans d'autres villes en Ukraine ou même à l'étranger.

Ceux qui restent à Droujkivka semblent pourtant s'être fait une raison. Que la ville devienne russe ou reste ukrainienne, ils n'abandonneront pas leur foyer, seul gage de stabilité.

►Lire aussi : Contre la Russie, la cyberarmée ukrainienne se mobilise

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles