Donald Tusk, pro-européen convaincu et mal-aimé de Varsovie

Céline LE PRIOUX
Le Polonais Donald Tusk, président du Conseil européen, le 8 février 2017 à Bruxelles

Bruxelles (AFP) - Le Polonais Donald Tusk, reconduit jeudi à la tête du Conseil européen en dépit de la vive résistance de son propre pays, incarne le retour dans la famille européenne des anciens pays sous domination communiste.

Âgé de 59 ans, ce natif de Gdansk, la ville des chantiers navals berceau du syndicat Solidarnosc, occupe depuis décembre 2014 ce poste clé des institutions européennes.

Avant d'endosser cette fonction, qui consiste principalement à coordonner les sommets des chefs d'État ou de gouvernement fixant les priorités politiques de l'UE, M. Tusk a été pendant sept ans Premier ministre du gouvernement de centre-droit polonais.

Il a dû apprendre à marche forcée l'anglais, qu'il maîtrisait à peine et qui est, de loin, la principale langue de travail des institutions européennes.

Il a en revanche de bonnes notions de russe, qu'il a appris à l'école, mais aussi d'allemand, que lui a enseigné sa grand-mère kachoube, une minorité slave de la région de Gdansk (ou Dantzig), ancien territoire allemand.

Depuis son entrée en fonction à Bruxelles, Donald Tusk a dû faire face à une série de crises majeures : d'abord celle de la Grèce, lourdement endettée, qui a failli devoir quitter la zone euro en juillet 2015, puis celle des migrants et enfin le Brexit, à la suite du référendum du 23 juin dernier où 52% des Britanniques se sont prononcés en faveur d'une sortie de l'UE.

Aucune de ces crises n'est d'ailleurs vraiment résolue, un atout pour le Polonais : la majorité des 28 États membres de l'UE le soutenaient, convaincus que l'Union ne pouvait se payer le luxe de nouvelles divisions, de surcroît à propos de l'un de ses hauts dirigeants.

Varsovie a dénoncé, après cette réélection, le "diktat de Berlin". Le parti conservateur Droit et Justice (PiS) au pouvoir en Pologne reproche à M. Tusk d'avoir "lutté contre son propre gouvernement" à Bruxelles.

Le président du Conseil européen, soutenu par les principaux leaders européens, s'en est défendu mercredi, assurant "s'être efforcé durant son mandat de rester neutre et impartial". "Je pense y être parvenu", a-t-il dit. "En même temps, je suis responsable de la protection des valeurs européennes et des principes, c'est mon rôle et ma profonde conviction", a lancé l'ex-Premier ministre.

- Mandat contrasté -

Au cours de son premier mandat, cet homme à la mâchoire carrée et au regard bleu acier, grand amateur de foot - limite "hooligan" de son propre aveu - n'a pas toujours été incontesté.

"Au début, on avait vraiment l'impression que c'était difficile pour lui. Il ne voulait pas vraiment s'impliquer dans la crise grecque", remarque Janis Emmanouilidis, analyste du think tank bruxellois European Policy Center (EPC). "C'est seulement en juillet 2015 qu'il a pris les choses en main et a poussé tous les dirigeants à trouver un compromis", observe-t-il.

Lors du pic d'afflux des migrants en 2015, M. Tusk a pris ses distances avec la généreuse politique d'accueil prônée par la chancelière allemande Angela Merkel, insistant davantage sur la nécessité de protéger les frontières extérieures européennes.

"Cela n'a pas plu à Merkel qu'il se démarque si ouvertement d'elle", rappelle M. Emmanouilidis. Mais, finalement, "il avait misé sur le bon cheval et Merkel a dû recalibrer sa politique", ajoute-t-il.

Cette dernière lui avait d'ailleurs apporté son soutien jeudi, estimant que sa réélection serait "un signe de stabilité" pour l'ensemble de l'UE et déclarant "se réjouir de poursuivre le travail avec lui".

Après le référendum sur le Brexit, M. Tusk, en première ligne, a multiplié les avertissements, sur un ton parfois sombre, prévenant qu'"il n'y aurait aucun biscuit sur la table, seulement du sel et du vinaigre".

Face à Londres, refusant un divorce "à la carte", il a alors rapidement défini les lignes rouges pour empêcher l'UE de se diviser sur les difficiles négociations de sortie à venir.

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