Investi président des Etats-Unis, Biden appelle au rassemblement

par Trevor Hunnicutt, Jarrett Renshaw, Joseph Ax et Patricia Zengerle
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par Trevor Hunnicutt, Jarrett Renshaw, Joseph Ax et Patricia Zengerle

WASHINGTON (Reuters) - Joe Biden a prêté serment mercredi comme 46e président des Etats-Unis et célébré une victoire de la démocratie après le mandat tumultueux de Donald Trump marqué par des divisions, une gestion jugée désastreuse de l'épidémie de coronavirus et l'assaut du Capitole.

Debout sur les marches du Capitole, à l'endroit même où il y a deux semaines des partisans de Donald Trump avaient envahi cet édifice abritant les deux chambres du Congrès des Etats-Unis, Joe Biden a appelé au rassemblement et à l'apaisement.

"Moi, Joe Biden, je déclare solennellement que je remplirai loyalement les fonctions de président des États-Unis, et que, dans toute la mesure de mes moyens, je sauvegarderai, protégerai et défendrai la Constitution des États-Unis", a-t-il dit, main gauche sur la Bible, main droite levée face au président de la Cour suprême, John Roberts.

"Pour surmonter ces défis, restaurer l'âme et assurer l'avenir de l'Amérique, il faut bien plus que des mots. Cela exige la plus insaisissable de toutes les choses dans une démocratie: l'unité", a poursuivi le démocrate après avoir prêté serment.

Pour son discours d'investiture, Joe Biden a repris les thèmes qu'il avait abordés quand il n'était que candidat et qu'il se présentait comme une alternative à Donald Trump le "partisan de la division".

L'investiture de Joe Biden, qui ne ressemble à aucune autre dans l'histoire des Etats-Unis, en raison notamment du contexte sanitaire, a convoqué à la fois le souvenir du mandat tumultueux de son prédécesseur et la menace posée par la pandémie actuelle.

Quelque 25.000 membres de la Garde nationale avaient été mobilisés pour assurer la sécurité de la capitale fédérale.

Joe Biden a dénoncé l'attaque orchestrée par des partisans de Donald Trump pour empêcher la validation définitive par le Congrès de sa victoire sans jamais nommer le président sortant.

"Nous nous tenons ici, quelques jours à peine après qu'un groupe séditieux a pensé qu'il pouvait utiliser la violence pour museler la volonté du peuple, empêcher le travail démocratique, pour nous chasser de cette terre sacrée", a déclaré Joe Biden. "Cela ne s'est pas produit; cela n'arrivera jamais. Ni aujourd'hui, ni demain, ni jamais."

CÉRÉMONIE SOUS LE SIGNE DU MASQUE

L'esplanade du National Mall, fermée au public alors qu'elle accueille traditionnellement des dizaines, voire des centaines, de milliers d'Américains lors des cérémonies de passation de pouvoirs, a été recouverte d'environ 200.000 drapeaux américains et 56 lanternes représentant les Etats et territoires américains.

Les personnes présentes à la cérémonie portaient toutes un masque et étaient assises entre elles à une distance raisonnable

Malgré des accusations de fraude électorale jamais étayées, Joe Biden a voulu tendre la main aux électeurs de Donald Trump.

"Je vous promets ceci: je serai le président de tous les Américains", a-t-il déclaré. "Et je vous promets que je me battrai aussi dur pour ceux qui ne m'ont pas soutenu que pour ceux qui l'ont fait", a-t-il ajouté.

Le nouveau président américain s'est aussi adressé au reste du monde. Il a promis notamment de rebâtir les alliances détricotées par Trump et d'oeuvrer en tant que partenaire solide pour la paix, le progrès et la sécurité. Il n'a fait aucune mention spécifique des différends en cours avec la Corée du Nord, l'Iran et la Chine.

Peu après cette investiture, qui fait de l'ancien vice-président de Barack Obama âgé de 78 ans, le président le plus vieux de l'histoire des Etats-Unis, Joe Biden a reçu des messages de félicitations du monde entier.

Le président français, Emmanuel Macron, a notamment félicité Joe Biden et salué le retour des Etats-Unis au sein de l'Accord de Paris pour le climat.

Désormais investi président des Etats-Unis, Joe Biden va s'atteler dans l'immédiat à la lutte contre le coronavirus, qui a fait à ce stade plus de 400.000 morts dans son pays et provoqué la pire crise sanitaire jamais enregistrée en plus d'un siècle.

"Nous entrons dans ce qui pourrait être la période la plus difficile et la plus meurtrière liée au virus et devons mettre de côté la politique et enfin faire face à cette pandémie comme une seule nation", a déclaré le nouveau président américain.

Dans le cadre des premières décisions prises par la nouvelle administration, Joe Biden va imposer le port du masque à tous les employés fédéraux et dans les bâtiments fédéraux.

TRUMP PROMET DE REVENIR

Quelques minutes avant la prestation de serment de Joe Biden, Kamala Harris, fille d'immigrants jamaïcain et indien, avait également été investie vice-présidente devant Sonia Sotomayor, la première magistrate d'origine hispanique de la Cour suprême.

Agée de 56 ans, l'ancienne procureure et sénatrice de Californie est la première femme, la première Afro-Américaine et la première Asio-Américaine à accéder à ce poste dans l'histoire du pays.

Donald Trump, qui n'a jamais concédé formellement sa défaite à l'élection présidentielle du 3 novembre, n'a pas assisté à cette cérémonie exceptionnelle à double titre : l'absence de public pour cause de pandémie de coronavirus et des mesures de sécurité draconiennes, deux semaines après l'attaque du siège du Congrès, qui a fait cinq morts dont un policier.

L'ancien président a quitté la Maison blanche dans la matinée pour rejoindre sa résidence de Mar-a-Lago, en Floride.

Main dans la main avec son épouse Melania, il a embarqué peu après 08h00 (13h00 GMT) dans un hélicoptère de la flotte présidentielle pour gagner la base aérienne d'Andrews, dans le Maryland, afin de rejoindre la Floride à bord d'Air Force One.

Il a laissé une lettre à son successeur dans le Bureau ovale, a indiqué un responsable de la Maison blanche, sans en détailler le contenu.

Donald Trump, de plus en plus isolé dans les derniers jours de son mandat, a prononcé sa dernière allocution présidentielle sur la base d'Andrews.

Se refusant toujours à prononcer le nom de son successeur, il a une nouvelle fois vanté son bilan, évoquant notamment le "miracle médical" qui a permis de mettre au point en moins d'un an un vaccin contre le COVID-19, et parlant de "quatre années extraordinaires" à la Maison blanche.

"Nous reviendrons, d'une manière ou d'une autre", a-t-il assuré avant de monter à bord de l'avion présidentiel Air Force One.

A la différence de Donald Trump, le vice-président sortant Mike Pence, les ex-présidents George W. Bush, Barack Obama et Bill Clinton, ainsi que McCarthy et McConnell ont assisté à la cérémonie d'investiture.

(version française Jean-Stéphane Brosse et Claude Chendjou)