Vidéos et citations à l'appui, l'accusation frappe fort au procès de Donald Trump

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Au deuxième jour du procès historique de Donald Trump, l'ancien président des États-Unis a été accusé d'être "l'incitateur en chef" de l'assaut meurtrier du Capitole le 6 janvier par le chef des procureurs démocrates, Jamie Raskin. À coups de vidéos choc et de citations choisies, l'accusation a remonté le fil des événements pour établir la responsabilité du milliardaire.

Des policiers hurlant de douleur, des élus terrifiés, des assaillants menaçants : les procureurs démocrates ont diffusé, mercredi 10 février, des images parfois à la limite du soutenable pour souligner la violence inouïe de l'assaut sur le Capitole, qui vaut à Donald Trump d'être jugé au Sénat pour "incitation à l'insurrection".

Mêlant des extraits de caméra de surveillance, parfois inédits, aux vidéos mises en ligne par les émeutiers, ils ont rappelé aux cent sénateurs, à la fois juges, jurés et témoins de ce procès historique, qu'ils avaient eux-mêmes échappé de peu "au pire".

Les élus démocrates de la Chambre des représentants, chargés de porter l'accusation contre l'ancien président, ont aussi replacé l'assaut dans le contexte de la croisade post-électorale de Donald Trump, qui a toujours refusé de concéder sa défaite face à Joe Biden.

"Incitateur en chef"

"Le président Trump n'a pas été le témoin innocent d'un accident", comme ses avocats le suggèrent, mais il "a abandonné son rôle de commandant en chef pour devenir l'incitateur en chef d'une dangereuse insurrection", a lancé Jamie Raskin, qui supervise cette équipe.

Le coup de force sanglant de ses partisans, au moment où le Congrès certifiait la victoire de son rival, n'est pas survenu "dans le vide" : "la hargne de la foule a été attisée pendant des mois par Donald Trump", a renchéri Joaquin Castro.

Installé en Floride, l'ex-président a refusé de témoigner. Mais sa voix n'a cessé de retentir dans l'hémicycle de la chambre haute du Congrès, où ses accusateurs ont projeté de nombreux extraits de ses discours enflammés, reproduit ses tweets incendiaires, cité ses propos les plus polémiques.

"Le grand mensonge"

Même s'ils ont peu de chances de convaincre deux tiers des sénateurs de le déclarer coupable – le seuil fixé par la Constitution – , les démocrates entendent marquer l'opinion lors de ces audiences retransmises en direct dans tous les États-Unis.

"Le grand mensonge" : c'est ainsi qu'ils ont décrit la longue campagne de désinformation sur l'élection présidentielle entretenue par le 45e président américain qui a répété pendant des semaines, sans preuve, qu'il avait été victime de fraudes électorales massives.

Après l'échec de ses plaintes en justice et de ses multiples pressions sur les agents électoraux des États-clés, "le président Trump s'est retrouvé à court d'options non violentes pour se maintenir au pouvoir", a estimé l'élu Ted Lieu. Il s'est alors tourné vers "des groupes qu'il a cultivés pendant des mois", comme le groupuscule d'extrême droite Proud Boys, dont plusieurs membres se trouvaient parmi les assaillants du Capitole, a ajouté sa consœur Stacey Plaskett, en rappelant que le président les avait appelés, en octobre, à "se tenir prêts".

Et le 6 janvier, il a appelé ses fans, chauffés à blanc, à manifester à Washington. "Battez-vous comme des diables", a-t-il lancé à la foule, juste avant l'intrusion dans le temple de la démocratie américaine.

"Cible dans le dos"

Affirmer que l'ex-président pourrait être responsable des violences d'un "petit groupe de criminels" qui l'ont "absolument mal compris" est "tout simplement absurde", avaient insisté ses avocats par écrit lundi. En soulignant qu'il les avait "exhortés à rester pacifiques".

"On a vérifié les 11 000 mots de son discours, le président n'a utilisé le terme 'pacifique' qu'une seule fois, contre plus de 20 'se battre'", a rétorqué mercredi l'élue Madeleine Dean.

Pire, selon Stacey Plaskett, il a désigné à la vindicte son propre vice-président Mike Pence, qui avait refusé de stopper la certification du résultat des élections, ou la cheffe des démocrates à la Chambre, Nancy Pelosi. Il "a mis une cible sur leur dos et la foule a fait intrusion dans le Capitole pour les chasser", a-t-elle lancé, en montrant des images d'une potence érigée face au bâtiment, de manifestants appelant à "pendre" Mike Pence, d'autres appelant "Naaancy, Naaancy..." dans les couloirs du Congrès. Mais aussi des vidéos du vice-président et de sa famille évacués à la hâte vers un lieu sûr.

Horizon judiciaire chargé

Leur exposé des faits a été salué par le sénateur républicain John Thune. "Ils ont fait un bon travail pour souligner les liens... pour remonter le temps", a-t-il déclaré à des journalistes lors d'une interruption de séance. "Tout l'été, les gens ont fait ce genre de choses", a toutefois minimisé son confrère Roy Blunt, en référence aux grandes manifestations antiracistes qui, parfois, ont été émaillées de violences.

L'audience a été ajournée en début de soirée. L'accusation reprendra son exposé jeudi, avant le tour de la défense qui disposera également d'un maximum de deux jours.

Donald Trump reste très populaire dans une partie de l'électorat et exerce encore une forte influence sur le parti républicain. Si une poignée de sénateurs du "Grand Old Party" se sont dits prêts à le condamner, et que certains lui ont imputé une responsabilité dans l'attaque, il semble peu probable que 17 joignent leur voix aux démocrates pour le déclarer coupable, et in fine le rendre inéligible.

Même s'il est acquitté, comme il y a un an lors de son premier procès en destitution, son horizon judiciaire restera chargé : en plus des investigations sur ses affaires menées à New York, une procureure de Géorgie a annoncé mercredi l'ouverture d'une enquête sur les pressions qu'il a exercées sur des responsables électoraux de cet État-clé.

Avec AFP