EN IMAGES - Donald Trump, une année en chute libre

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(Al Drago/Bloomberg via Getty Images)
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Des scandales comme s’il en pleuvait, des erreurs en cascade, un séisme électoral : la dernière année de mandat du 45e président des États-Unis fut un chemin de croix, tracé par l’irresponsabilité d’un chef d’État aux abois. Retour en images sur une triste apothéose.

L’impeachment en hors d’œuvre

L’an IV de l’ère Trump s’est ouvert comme il s’est achevé : sur un bras de fer institutionnel. Le 21 janvier était en effet lancée une procédure d’impeachment à l’encontre du président américain. Dans le viseur des sénateurs démocrates : l’aide militaire cruciale accordée par Donald Trump à l’Ukraine et à son président, Volodymyr Zelensky, conditionnée selon l’accusation à l’ouverture d’enquêtes par Kiev visant les adversaires politiques du président américain, dont l’ancien vice-président Joe Biden. Ouvert pour abus de pouvoir et obstruction au Congrès, ce procès en destitution, qui a duré trois jours, a finalement fait long feu - au grand dam de Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre honnie par les Trumpistes -, révélant s’il en était besoin la profonde fracture entre Républicains et Démocrates.

(Drew Angerer/Getty Images)
(Drew Angerer/Getty Images)

Trump 4EVA

Le mois de février fut sans conteste le plus clément de la dernière année du mandat de Donald Trump. Désormais débarrassé de la menace d'une destitution, le président américain enregistre à l’époque de spectaculaires résultats sur le front de l’emploi. Soit 225 000 emplois créés au cours du premier mois de l'année, un nombre bien supérieur aux projections des analystes (164 000). De quoi donner des ailes au patron des Républicains, qui publie alors un tweet tout en modestie, sous la forme d’un montage vidéo dans lequel ses réélections s’accumulent jusqu’à ce qu’il devienne “président pour toujours”. Sur un nuage, il profite de son discours sur l’état de l’Union pour décorer l’incendiaire animateur radio ultraconservateur Rush Limbaugh. Ouvertement raciste, sexiste et homophobe, le polémiste avait été, dix ans auparavant, le propagateur de la théorie du complot selon laquelle “Barack Hussein Obama” était né au Kenya, et donc un président illégitime. Un mensonge repris à son compte par… Donald Trump.

(Tom Williams/CQ Roll Call)
(Tom Williams/CQ Roll Call)

Coronavirus, acte I

Au printemps, la Covid-19 s’abat sur les Etats-Unis, qui deviendront en mai l’épicentre de la pandémie. Une flambée à laquelle la gestion catastrophique de la crise par l’administration Trump n’est pas étrangère. Après avoir refusé l'entrée sur le territoire aux non-Américains ayant voyagé en Chine, le 31 janvier, le président américain va en effet accumuler les erreurs de jugement et les errements stratégiques. Au mépris des alertes lancées par le CDC, la principale agence fédérale de santé publique, Donald Trump se montre très vite sceptique quant à la dangerosité du “virus chinois”. Le 10 février, en meeting dans le New Hampshire, il prophétise ainsi : “En avril, dès que les températures auront un peu remonté, ce virus disparaîtra.” Réfractaire au port du masque, peu enclin à encourager les mesures de confinement, le président américain multiplie en outre les affirmations erronées - notamment sur l’efficacité de la chloroquine -, et les hypothèses médicales (lunaires) sur l’utilisation des UV et l’injection de produits désinfectants pour traiter la maladie. Résultat de ce laxisme irresponsable : dès le 11 avril, les États-Unis deviennent le pays au monde le plus endeuillé par la pandémie avec plus de 20 000 morts enregistrés, pour plus de 500 000 cas répertoriés. Et ce n’est qu’un début…

(Chip Somodevilla/Getty Images)
(Chip Somodevilla/Getty Images)

Twitter vs. Trump : le choc des titans (en 280 caractères)

Grand adepte du réseau social, sur lequel il compte 80 millions d’abonnés et a publié plus de 160 000 tweets durant son mandat, Donald Trump a vu son arme de communication massive favorite se retourner contre lui en mai dernier. Tout a commencé lorsque le président américain, friand de fake news et autres théories du complot, a publié deux messages affirmant que le vote par correspondance était forcément “frauduleux”. Twitter s’est alors empressé d’ajouter une mention “vérifiez les faits” à ces messages - une première - s’attirant les foudres de leur auteur. Lequel publiait le tweet suivant au lendemain de l’affront : “Les républicains ont le sentiment que les plateformes de réseaux sociaux censurent totalement les voix conservatrices. Nous allons les réglementer sévèrement, ou les fermer, pour ne pas permettre qu'une telle chose se produise.” Joignant le geste à la parole, le locataire de la Maison Blanche signait trois jours plus tard un décret visant à limiter la protection des réseaux sociaux et la latitude dont ils bénéficient dans la modération de leurs contenus. Le début d’une guerre que l’affaire George Floyd n’a pas vraiment apaisé…

(Doug Mills/The New York Times)
(Doug Mills/The New York Times)

“I can’t breathe”

Le 25 mai 2020, George Floyd, un homme noir de 46 ans, décède à la suite de son interpellation par plusieurs policiers, dont Derek Chauvin, à Minneapolis. Filmée, l’arrestation - au cours de laquelle l’homme répète à plusieurs reprises “I can’t breathe”, sans que le policier qui le maintient au sol le genou sur la nuque daigne prêter attention à ses paroles - soulève une vague d’émotion planétaire. La presse américaine évoque unanimement une violence “injustifiée, insupportable et scandaleuse”. Dès le lendemain, plusieurs milliers de personnes se rassemblent à Minneapolis, appelant à ce que la police “cesse de tuer des Noirs” et réclamant “justice”. Après avoir fait part dans un premier temps de sa “tristesse”, Donald Trump change de ton lorsque des manifestations et des émeutes éclatent dans tout le pays. Fidèle à sa manière, il publie une série de tweets incendiaires, masqués par la plateforme pour “apologie de la violence”. L’un d’eux, particulièrement, va mettre le feu aux poudres. Reprenant à son compte l’expression, “When the looting starts, the shooting starts”, connue pour avoir été employée par le chef de la police de Miami lors des violences raciales survenues en Floride dans les années 1960, il prévient : “Si des pillages commencent, on commencera à tirer.” Jamais, depuis des décennies, la société américaine n’a semblé aussi divisée. Une fracture que la campagne à l’élection présidentielle va encore accentuer, sur fond de crise sanitaire hors de contrôle.

VIDÉO - Présidentielle américaine : à Minneapolis, le souvenir de George Floyd est encore omniprésent

(Stephen Maturen/Getty Images)
(Stephen Maturen/Getty Images)

L’Amérique repliée sur elle-même

Au début du mois de juillet, alors que plus de 130 000 personnes sont mortes de la Covid-19 (pour près de 3 millions de contaminations), Donald Trump lance officiellement la procédure de retrait des États-Unis de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), qu'il accuse d'avoir tardé à réagir face à la pandémie (sic), et de se montrer trop indulgente avec la Chine. Un coup dur pour l’agence onusienne, dont le budget est abondé à hauteur de 15 % par l’Oncle Sam. Ce retrait américain sera suivi en novembre d’un second, plus retentissant encore, mais prévisible : la sortie officielle des États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat. “J’ai retiré les États-Unis de l’accord injuste et partial de Paris sur le climat, un accord très injuste pour les États-Unis”, déclare alors Donald Trump, dans une vidéo diffusée à l’occasion d’un sommet virtuel du G20 organisé par l’Arabie saoudite. Fin octobre, un rapport du centre de recherche spécialisé BloombergNEF avait pourtant mis en lumière le fait que le monde était sur une trajectoire de réchauffement de 3,3 degrés d’ici à 2100.

VIDÉO - États-Unis : quand Donald Trump, malade du coronavirus, assurait le spectacle

Une campagne hors norme… et désastreuse

Après avoir été lui-même été infecté par la Covid-19, Donald Trump se relance à corps perdu dans la campagne électorale au début du mois d’octobre. Il multiplie les meetings - sans masque -, et les invectives à l’encontre de son adversaire démocrate, Joe Biden. Le ton avait été donné lors du premier débat entre les deux hommes, le 30 septembre à Cleveland, dans l’Ohio. Une passe d’armes de triste mémoire, au cours de laquelle les insultes fusèrent de part et d’autre. “Clown”, “menteur”, “idiot” : tout le champ lexical de la courtoisie fut exploré par les deux hommes, les grands thèmes du débat (fiscalité, crise sanitaire, question raciale…) étant abordés avec une animosité aussi improductive qu’indigne de leurs enjeux. Le nadir de leur “dialogue” fut sans doute atteint sur la question du vote par correspondance. Faisant planer depuis plusieurs semaines des doutes sur l’intégrité du scrutin, Donald Trump dit alors : “Ne me parlez pas de transition libre. (…) Il va y avoir une fraude comme on n'en a jamais vu. Cela ne va pas bien finir”.

(Scott Olson/Getty Images)
(Scott Olson/Getty Images)

Election présidentielle : de la défaite au déni

Le 4 novembre, alors que de nombreux Etats sont encore en jeu, et que les bulletins continuent d’être comptés, le président sortant clame sa victoire, dénonçant ce qu'il considère comme des manœuvres de ses adversaires : “C'est une fraude envers le peuple américain. Franchement, nous avons gagné cette élection”, affirme-t-il, lors de la conférence de presse la plus tardive qu'il ait jamais donnée (à 2h20 du matin). La suite est désormais connue : en dépit des allégations de fraudes et des demandes de recompte des votes émises par le président Trump - toutes ont été rejetées par la justice des États et par la Cour Suprême -, Joe Biden était officiellement reconnu par les grands électeurs, lundi 14 décembre, comme le vainqueur de l’élection présidentielle américaine (avec 7 millions de voix de plus que son adversaire). Pas de quoi convaincre, toutefois, les 68% d’électeurs républicains convaincus que l’élection a été volée.

(ANDREW CABALLERO-REYNOLDS/AFP via Getty Images)
(ANDREW CABALLERO-REYNOLDS/AFP via Getty Images)

Coronavirus, acte II, III…

“Nous ne fermerons pas le pays à nouveau. Nous n’aurons pas à le faire”, avait estimé Donald Trump, le jeudi 18 juin, lors d’un entretien avec la chaîne de télévision Fox News. Peut-être aurait-il dû se montrer moins péremptoire. Après six mois d’une gestion de crise erratique - en novembre, Donald Trump préférait encore peaufiner son swing plutôt que se rendre à une réunion du G20 consacrée à la Covid-19 -, les Etats-Unis restaient le pays le plus endeuillé au monde. Ainsi, plus de 300 000 personnes étaient-elles décédées, selon un relevé de l'université Johns-Hopkins publié le lundi 14 décembre. Une date à laquelle le pays enregistrait plus de 200 000 cas quotidiens de contamination, et 2 500 décès par jour. De quoi stimuler encore davantage la nécessité du lancement d'une campagne de vaccination massive dans le pays.

(Tasos Katopodis/Getty Images)
(Tasos Katopodis/Getty Images)

Un triste épilogue

Une lente agonie. C’est sans doute à cette aune qu’il faut analyser l’organisation par Donald Trump, vendredi 18 décembre, d’une réunion informelle avec son dernier carré de fidèles. L’ordre du jour : trouver une échappatoire au verdict des urnes, après 59 (vains) recours en justice. Devant des dignitaires épouvantés, le recours à la loi martiale, et la nomination de Sidney Powell - une avocate adepte des théories du complot - à la tête d’une enquête d’Etat sur la prétendue fraude lors des élections ont ouvertement été évoqués. Des discussions surréalistes, même aux yeux des collaborateurs les plus loyaux du Président. Ceux qui s’inquiètent aujourd’hui ne sont plus seulement les bureaucrates faiblards que nous détestons, a ainsi confié un haut dignitaire de la Maison Blanche au site d’information Axios. Ce sont des gens qui ont enduré plus de folie et de chaos que tous les autres membres du gouvernement dans l’histoire des Etats-Unis.” On ne saurait le contredire.

(BRENDAN SMIALOWSKI/AFP via Getty Images)
(BRENDAN SMIALOWSKI/AFP via Getty Images)

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