Dominique Moïsi : « Le mot d’apartheid appliqué à Israël est problématique »

Dominique Moïsi en 2014.  - Credit:Vincent Isore / MAXPPP / IP3 PRESS/MAXPPP
Dominique Moïsi en 2014. - Credit:Vincent Isore / MAXPPP / IP3 PRESS/MAXPPP

Les mots sont des armes. Ils doivent être maniés avec précaution et discernement. Il y a des mots qui blessent, il y a des mots qui tuent ou qui, tout simplement, loin de contribuer à la résolution d'un problème, le rendent plus inextricable encore. Tel est le cas de l'expression « crime d'apartheid » récemment utilisée dans une tribune, publiée dans Le Monde, écrite par cinq anciens ministres des Affaires étrangères, à l'encontre de l'État d'Israël. Le concept d'apartheid, tout comme celui d'Holocauste, décrit une réalité spécifique, temporelle et historique à nulle autre pareille. Le mot d'apartheid appliqué à Israël est problématique parce qu'il crée une confusion entre le traitement des Arabes israéliens en Israël, et celui des Palestiniens en Cisjordanie.

En Afrique du Sud au temps de l'apartheid, aucun « Noir » n'était président d'une des plus grandes banques du pays. Au temps de l'apartheid, les Noirs ne constituaient pas la moitié ou presque de l'équipe nationale de rugby. Au temps de l'apartheid, Blancs et Noirs ne pouvaient étudier ensemble ou même se retrouver assis les uns à côté des autres sur une même plage. Au temps de l'apartheid, des médecins noirs ne soignaient pas des patients blancs dans le meilleur hôpital du pays. En Israël aujourd'hui, c'est un Arabe israélien qui préside aux destinées de la Banque Leumi. Ce sont des Arabes israéliens qui constituent la moitié ou presque de l'équipe nationale de football du pays. Sur les plages de Tel [...] Lire la suite