Dominique Abel et Fiona Gordon, deux doux barjos sur un îlot

Libération.fr

Dans «Paris pieds nus», le duo burlesque, inventif sans être mièvre, se promène à travers une réduction kitsch de la capitale.

Fiona Gordon et Dominique Abel appartiennent à une famille très rare, dans laquelle ils ont su trouver une place singulière en quatre longs métrages attachants : le burlesque français (bien qu’elle soit canadienne et lui belge). Paris pieds nus fait inévitablement songer à Jacques Tati, mais aussi à René Clair (auquel il est rendu ici un petit hommage), à Pierre Etaix (qui aurait dû jouer dans ce film un rôle finalement attribué à Pierre Richard, autre membre de la famille) et peut-être surtout au théâtre de Jérôme Deschamps (celui de Lapin chasseur et des Frères Zénith plutôt que des Deschiens).

Trivialité. Ce qui caractérise avant tout le cinéma d’Abel et Gordon est la façon dont tout (même l’érotisme) y est tendu vers la danse, jusqu’à nous offrir à chaque fois de belles scènes chorégraphiques (ici, un formidable tango sur un bateau-mouche). Le danger du burlesque est de sombrer dans l’artificialité ou la poésie mièvre. Abel et Gordon en sont conscients, et ils n’hésitent pas à contrebalancer leur gentillesse par un peu de cruauté ou de malaise, comme dans cette scène où un éloge funèbre déraille jusqu’à se terminer par des insultes. Et ils assument leur raideur en la frottant parfois à un peu de trivialité. Dans leur nouveau film, ils se permettent de filmer certaines scènes au milieu de la foule, y compris dans le métro, ce qui ne fait que souligner l’incongruité totale de leurs personnages. Si Tati était si grand, c’est que chez lui les artifices du burlesque devenaient des éléments plus réalistes que le réalisme en révélant la part mécanique de l’être social et une certaine inhumanité du monde contemporain.

Dans Paris pieds nus, au moins un élément parvient à dépasser ainsi le simple jeu burlesque pour nous donner à voir de façon inédite une parcelle du réel. C’est l’utilisation qui est faite d’un point très précis de Paris, l’île aux (...)

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