Des dizaines de milliers de Polonais manifestent pour le droit à l'avortement

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Défiant les restrictions liées à la pandémie de coronavirus, des dizaines de milliers de Polonais ont manifesté ce vendredi 30 octobre à Varsovie et à travers le pays, pour protester contre une décision de la justice interdisant quasiment tout avortement.

« On en a assez ! », « Mon corps, mon choix ! » Brandissant des drapeaux arc-en-ciel, scandant des slogans anti-gouvernementaux, les manifestants à Varsovie porte massivement le symbole de leur révolte – une foudre rouge – en ce neuvième jour consécutif de manifestations depuis la décision controversée du Tribunal constitutionnel.

Dans le cortège, Victoria est impressionnée par le nombre de manifestants. La Polonaise de 32 ans a fait 300 kilomètres pour participer à ce rassemblement dans la capitale. « Cela me donne plein d’espoir, qu’on arrive à changer quelque chose, enfin. J’aimerais vivre dans un pays en paix, je veux que les gens soient égaux, être ce que je veux, croire ce que je veux croire, confie-t-elle à notre correspondante Sarah Bakaloglou. Mais le gouvernement a commencé la guerre. C’est la guerre. »

« Que va-t-il se passer ? »

Très vite, des tensions apparaissent lorsque des milices nationalistes foncent sur les manifestants. La police tente de les contenir. Le cortège, lui, continue dans une ambiance tendue. Un peu plus loin, Iwona, une habitante de Varsovie, s’interroge sur la suite de cette mobilisation : « J’ai l’impression que la démocratie s’est déjà effondrée en Pologne. Mais que va-t-il se passer après ? Malheureusement, je ne vois pas de leaders qui peuvent faire avancer les choses, et l’opposition n’est pas assez forte encore. »

En dépit de quelques échauffourées provoquées par les contre-manifestants d'extrême droite, les rassemblements ont été pour la plupart pacifiques. Selon la mairie de Varsovie, la manifestation dans le centre-ville a rassemblé « des dizaines de milliers de personnes », alors que la police a procédé à « plusieurs arrestations » dans deux incidents. Les activistes pour la défense des droits des femmes, qui sont derrière ces rassemblements, s'exposent à des poursuites judiciaires car tout regroupement de plus de cinq personnes sur la voie publique est actuellement interdit. Des actions de protestation de relativement moindre envergure se sont tenues dans des dizaines d'autres villes polonaises, dont Cracovie, Lodz, Katowice ou Wroclaw.

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Des manifestations de masse ont commencé la semaine dernière lorsque le Tribunal constitutionnel, réformé par le parti conservateur Droit et Justice (PiS) au pouvoir, et se conformant à ses souhaits, a proscrit l'interruption volontaire de grossesse en cas de malformation grave du foetus, statuant qu'elle est « incompatible » avec la Constitution. Une fois publiée au journal officiel, cette décision aboutira à l'interdiction de tous les avortements, sauf en cas de viol et d'inceste ou lorsque la vie de la mère est en danger.

Contre l'influence de l'Eglise catholique

Mais dans les cortèges des manifestations, les revendications sont désormais nombreuses. En plus du droit à choisir pour l’avortement, les Polonaises et Polonais réclament le départ du gouvernement, mais aussi à mettre fin à l’influence de l’Eglise catholique dans le pays. Une revendication portée aussi par le mouvement La Grève des femmes. Parmi d’autres revendications, il demande que l’Etat arrête de financer l’Eglise et que la religion disparaisse des écoles polonaises.

Dimanche dernier, pour la première fois, des militantes en faveur du droit à l’avortement ont fait irruption dans certaines Eglises, pendant la messe. Des actes qui visent à détruire le pays a dénoncé Le chef du PiS, Jaroslaw Kaczyinski, a dénoncé des actes visant à détruire le pays. Il n’a pas hésité à appeler ses partisans à défendre les Eglises. Les manifestants y ont vu une incitation à la guerre civile.

Depuis dimanche dernier, des groupes d’hommes se sont en tout cas formés pour monter la garde devant certains de ces lieux de culte du pays, faisant craindre des tensions avec les manifestants.