Dix femmes qui ont marqué l'année 2020

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Au cours de l'année 2020, un peu partout dans le monde, de nombreuses personnalités féminines se sont distinguées par leur engagement ou leur rayonnement. Dirigeantes, sportives, scientifiques ou encore auteures : France 24 a sélectionné les figures les plus marquantes des 12 derniers mois, qu'elles soient connues ou moins connues.

L'année 2020 a été marquée par la pandémie de Covid-19 et par de nombreuses femmes qui se sont illustrées au cours de cette crise sanitaire. Une étude britannique a même démontré que les pays dirigés par des femmes ont mieux géré cette pandémie.

Des mouvements de protestation ont aussi éclaté au cours des douze derniers mois. De Hong Kong aux États-Unis, des figures féminines ont émergé à la tête des manifestations. Dans le milieu scientifique, sportif ou encore culturel, elles ont aussi brillé. France 24 vous propose un retour sur les moments forts de l'année au féminin.

  • Kamala Harris, première femme élue vice-présidente des États-Unis

La colistière de Joe Biden est entrée dans l'Histoire en novembre dernier en devenant la première femme vice-présidente des États-Unis après la victoire du ticket démocrate dans la course à la Maison Blanche. Kamala Harris, métisse de mère indienne et de père jamaïcain, est aussi la première Noire et la première Américaine d’origine asiatique à accéder à cette fonction. "La première, pas la dernière", a-t-elle insisté dans un tweet posté en parallèle de son discours, peu après l’annonce de la victoire de Joe Biden. Sa couleur de peau et son ascension rapide au sein du Parti démocrate lui ont valu de nombreuses comparaisons avec Barack Obama et le surnom d'"Obama au féminin".

Très appréciée des militants démocrates, Kamala Harris aura joué un rôle essentiel dans la campagne de l'ancien vice-président américain. Jouissant d’un charisme impressionnant, elle est aussi connue pour son opiniâtreté et son talent oratoire. Elle ne s’est ainsi pas laissé intimider par les attaques répétées de Donald Trump et du camp républicain, qui l’avaient dépeinte comme un suppôt du communisme. Le magazine Time a choisi de la nommer, conjointement avec Joe Biden, personnalité de l'année.

  • Jacinda Adern, la très populaire Première ministre néo-zélandaise

Alors que le monde a été secoué en 2020 par la pandémie de Covid-19, la Première ministre néo-zélandaise s'est révélée une excellente gestionnaire en temps de crise. Face au coronavirus, Jacinda Adern a décidé de frapper vite et fort en annonçant dès mars la fermeture des frontières et sept semaines de strict confinement. Résultat : la Nouvelle-Zélande, qui compte 5 millions d'habitants, a enregistré seulement 25 décès dus au coronavirus et la stratégie du gouvernement a été saluée par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). La force de caractère de la Première ministre avait déjà été éprouvée en mars 2019, lors de la pire attaque terroriste perpétrée dans l'histoire néo-zélandaise, quand un suprémaciste blanc avait froidement abattu 51 fidèles dans deux mosquées de Christchurch.

Jacinda Ardern avait alors impressionné par son attitude, sa compassion vis-à-vis des victimes et sa réaction politique très vive, notamment sur la question du contrôle des armes et sur celle de la nécessité de pousser les réseaux sociaux à sévir contre la propagation des discours de haine. Excellente communicante, elle a remporté en octobre une victoire éclatante lors des élections générales.

  • Angela Merkel, chancelière depuis 15 ans et une popularité au zénith

La chancelière allemande fait aussi partie des dirigeantes dont la gestion de la crise du Covid-19 a été saluée. Face au virus, décrit par la chancelière comme le "plus grand défi" de l'Allemagne depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, Angela Merkel, scientifique de formation, a réalisé un quasi sans-faute, privilégiant pédagogie et démonstrations rationnelles aux postures lyriques. Le confinement, qui a rappelé à la chancelière sa vie en ex-RDA, a constitué, de son propre aveu, "une des décisions les plus difficiles" à prendre en quinze ans de pouvoir. Partisane d'une ligne dure, Angela Merkel n'a toutefois pas réussi à imposer des mesures plus strictes aux 16 États-régions lors du rebond de la pandémie à l'automne. "Bonne élève" de l'Europe au printemps, l'Allemagne a vu passer au rouge tous ses voyants et battu des records d'infections quotidiennes, l'obligeant à remettre en place un confinement partiel.

Malgré tout, la popularité de la chancelière, que lui envieraient tous les dirigeants européens après quinze ans passés à la tête du pays, est au zénith. Plus de sept Allemands sur dix se disent satisfaits de sa gestion de l'épidémie. Des voix s'élèvent même en Allemagne pour réclamer un cinquième mandat, ce que la chancelière a totalement écarté. En septembre prochain, au moment de sa retraite politique, la première femme à diriger l'Allemagne aura égalé le record de longévité de Helmut Kohl avec seize années au pouvoir.

  • Svetlana Tikhanovskaïa, le visage de la contestation en Biélorussie

L’élection présidentielle biélorusse organisée en août a fait émerger une nouvelle figure. Au pouvoir depuis 1994, l’autoritaire Alexandre Loukachenko a affronté une jeune opposante inattendue. Sortie de l'ombre après l'arrestation en mai de son mari Sergueï Tikhanovski, un blogueur très connu qui s'était porté candidat, Svetlana Tikhanovskaïa, une ancienne professeure d’anglais, a réussi à mobiliser les foules malgré la répression. Mais les résultats officiels du scrutin ont donné Alexandre Loukachenko vainqueur et sa jeune adversaire de 37 ans a dû se réfugier en Lituanie, évoquant des menaces des autorités. Cette réélection a déclenché des protestations de masse, entraînant des milliers d’arrestations. Soutenu par Moscou, Alexandre Loukachenko a refusé de quitter le pouvoir et n'a évoqué que de vagues réformes constitutionnelles.

Devenue la principale cheffe de file de l’opposition biélorusse, Svetlana Tikhanovskaïa a depuis reçu le prix Sakharov "pour la liberté de l’esprit" aux côtés de deux femmes qui avaient fait campagne avec elle, Maria Kolesnikova, aujourd'hui emprisonnée, et Veronika Tsepkalo, vivant elle aussi en exil, ainsi que la lauréate du prix Nobel de littérature Svetlana Alexievitch. En recevant cette distinction le 16 décembre au Parlement européen, elle a salué cette récompense comme une "motivation", un "nouveau départ pour la Biélorussie". Elle a également émis le souhait que "tous les Biélorusses qui sont en prison ou forcés à vivre en exil puissent rentrer à la maison".

  • Agnes Chow, la militante pour la démocratie que Pékin veut faire taire

À Hong Kong, la Chine a continué en 2020 sa reprise en main musclée de l'ex-territoire autonome. Celle-ci s'est accélérée depuis l'entrée en vigueur fin juin de la loi sur la sécurité nationale. Des députés prodémocratie du Parlement local ont été révoqués alors que des dizaines de militants ont été inculpés ou font l'objet d'une enquête. Début décembre, trois d'entre eux, parmi les plus célèbres, Joshua Wong, Agnes Chow et Ivan Lam, ont été condamnés à de la prison ferme.

À 23 ans, Agnes Chow a débuté en politique à l'adolescence en rejoignant le mouvement luttant contre l'introduction de cours de patriotisme chinois. À l'image de Joshua Wong, elle est ensuite devenue une figure de proue du "Mouvement des parapluies". En 2018, elle a été la première à se voir interdire par l'exécutif hongkongais le droit de se présenter à des élections au motif que son parti prônait l'"autodétermination". Son plus grand succès, elle l'a remporté en réussissant à attirer l'attention de la communauté internationale sur le mouvement pour la démocratie de Hong Kong. Son compte Twitter, sur lequel elle publie principalement en japonais, est suivi par près d'un million d'abonnés. Agnes Chow a été l'une des premières figures de l'opposition à être arrêtées au nom de loi sur la sécurité nationale, pour "collusion avec des puissances étrangères". Elle a été condamnée à dix mois de prison pour avoir participé en juin 2019 à un rassemblement interdit contre le gouvernement.

  • Breonna Taylor, l'autre affaire de violences policières aux États-Unis

Les États-Unis ont connu en 2020 la plus grande mobilisation antiraciste du pays depuis le mouvement des droits civiques dans les années 1960. La contestation a pris de l'ampleur après la mort de George Floyd, un Afro-Américain tué le 25 mai lors d'une interpellation policière. Quelques semaines auparavant, des policiers avaient également été impliqués dans la mort de Breonna Taylor. Cette infirmière de 26 ans a été abattue en pleine nuit le 13 mars à son domicile quand trois policiers s'y sont présentés munis d'un mandat d'arrêt dit "no knock" qui leur permet d'entrer chez un suspect sans s'annoncer. Les agents enquêtaient sur un trafic de drogue impliquant l'ancien petit ami de la jeune femme.

Rapidement, son nom a aussi été scandée lors des manifestations organisées un peu partout dans le pays et est devenu indissociable du hashtag #SayHerName né en 2015 dans la lignée du mouvement Black Lives Matter et destiné à rappeler que les femmes noires aux États-Unis sont tout aussi victimes de violences policières que les hommes. Des personnalités telles que les actrices Millie Bobby Brown, Emily Ratajkowski ou encore la chanteuse Cardi B se sont jointes à cette mobilisation sur la Toile. En septembre, la colère a été ravivée après l'annonce que deux des trois policiers blancs impliqués dans la mort de Breonna Taylor ne seraient pas poursuivis en justice.

  • Naomi Osaka, championne de tennis et militante de la lutte antiracisme

Actuellement troisième du classement WTA, la championne de tennis nippo-haïtienne a pris elle aussi position cette année en faveur du mouvement Black Lives Matter. Lors de compétitions, Naomi Osaka a porté sur ses masques les noms de victimes noires de la brutalité policière aux États-Unis. Au tournoi de Cincinnati, elle a également décidé de ne pas jouer sa demi-finale pour protester contre les tirs de la police sur l'Afro-Américain Jacob Blake, provoquant la décision des organisateurs d'annuler toute une journée du tournoi et de décaler de 24 heures la fin de la compétition.

Militante en dehors des courts de tennis, elle a aussi connu une année phare sportivement en décrochant en septembre son deuxième US Open. Égérie de nombreuses marques, Naomi Osaka a détrôné Serena Williams au sommet du classement des athlètes les mieux payées. Malgré son immense popularité, elle doit faire face au Japon – dont elle espère porter les couleurs aux Jeux olympiques de Tokyo l'été prochain – à un manque de sensibilité envers les questions raciales. Certains de ses compatriotes lui reprochent son engagement et préféreraient qu'elle n'exprime pas ses opinions politiques. L'an dernier, la société japonaise de nouilles instantanées Nissi avait également dû retirer un dessin animé publicitaire la mettant en scène après avoir été accusée de blanchir sciemment la peau de la sportive métisse.

  • Stéphanie Frappart, l'arbitre française qui ouvre toutes les portes

L'arbitre française Stéphanie Frappart n'en finit plus d'écrire l'Histoire. Après avoir été la première femme au sifflet en deuxième division française (2014) puis en Ligue 1 masculine (2019), puis la première à diriger une rencontre internationale masculine officielle et un match de Supercoupe d'Europe, elle a été désignée en décembre par l'UEFA pour arbitrer la rencontre Juventus Turin-Dynamo Kiev en Ligue des champions. Elle est ainsi devenue la première femme à assumer cette responsabilité dans la prestigieuse compétition continentale.

L'ancienne joueuse de l'AS Herblay en région parisienne, qui a commencé à arbitrer dès 13 ans, a gravi marche après marche dans le sillage de deux pionnières, la Suissesse Nicole Petignat, première femme à officier en Coupe de l'UEFA en 2003, et l'Allemande Bibiana Steinhaus, première arbitre femme dans un grand championnat européen. "Nous devons prouver physiquement, techniquement et tactiquement que nous sommes les mêmes que les hommes. Je n'ai pas peur de ça. Rien ne change pour moi", avait-elle déclaré en août 2019 à la veille du match de Supercoupe d'Europe entre Liverpool et Chelsea. Pari largement réussi.

  • Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna, un prix Nobel de Chimie 100 % féminin

La Française Emmanuelle Charpentier et l'Américaine Jennifer Doudna, toutes deux généticiennes, ont obtenu en octobre le prestigieux prix Nobel de chimie pour leur travail sur le développement d'une méthode de séquençage et découpage de gènes. C'est la première fois qu'un prix scientifique va à un duo exclusivement féminin, donnant à ce Nobel une importance supplémentaire.

Cette récompense leur a été décernée pour avoir mis au point "un outil pour réécrire le code de la vie", a souligné le jury à Stockholm en annonçant la récompense. En juin 2012, les deux généticiennes et des collègues avaient décrit dans la revue Science un nouvel outil capable de simplifier la modification du génome. Le mécanisme s'appelle Crispr/Cas9 et est surnommé "ciseaux moléculaires". Il est facile d'emploi, peu coûteux, et permet aux scientifiques d'aller couper l'ADN exactement là où ils le veulent, pour par exemple créer ou corriger une mutation génétique et soigner des maladies rares. La Française, 51 ans, et l'Américaine, 56 ans, sont devenues les sixième et septième femmes à remporter un Nobel de chimie depuis 1901. Avant elles, cinq femmes seulement l'avaient remporté pour 183 hommes : Marie Curie (1911), sa fille Irène Joliot-Curie (1935), Dorothy Crowfoot Hodgkin (1964), Ada Yonath (2009) et Frances Arnold (2018).

  • Djaïli Amadou Amal, la voix des femmes du Sud-Sahel

L'écrivaine camerounaise à succès dans son pays a remporté début décembre le 33e Goncourt des lycéens pour "Les Impatientes", roman poignant sur la condition des femmes dans le Sud-Sahel. "L'écriture est simple et touchante et sonne juste, sans lyrisme superflu. C'est un livre subtil qui permet d'observer la question du mariage forcé par le prisme de ce témoignage émouvant", a déclaré par visioconférence la présidente du jury lycéen, Clémence Nominé. Née dans le nord du Cameroun d'une mère égyptienne et d'un père camerounais, Djaïli Amadou Amal est mariée à l'âge de 17 ans à un quinquagénaire qu'elle ne connaît pas. Après avoir réussi à divorcer de son premier mari, elle se remarie dix ans après mais est victime de violences conjugales. Alors qu'elle parvient à s'échapper de l'emprise de cet homme, celui-ci kidnappe ses deux filles pour la faire revenir. Dans le même temps, elle s'accroche pour terminer un BTS en gestion. Elle trouve son salut dans la lecture puis dans l'écriture.

S'inspirant de sa propre expérience de femme mariée de force, Djaïli Amadou Amal met en scène dans son livre plusieurs de ces femmes contraintes, comme elle, d'accepter les codes d'une société patriarcale oppressante. Émue, l'auteure, que la presse camerounaise surnomme "la voix des sans-voix", s'est dite "très sensible" au choix des lycéens. Pour elle, l'intérêt porté par les jeunes au sujet des violences faites aux femmes "signifie un espoir pour l'avenir". Djaïli Amadou Amal a créé en 2012 l'association Femmes du Sahel, qui œuvre en faveur de l'éducation des filles de la région.